Ottawa est «déçu», mais n'exigera pas plus de français pour la clôture

Ottawa — «Déçu» de la faible présence du français durant la cérémonie d'ouverture des Jeux de Vancouver, le gouvernement ne demandera pas pour autant aux organisateurs de faire un effort supplémentaire pour la cérémonie de clôture. Ce n'est pas son rôle, dit-on à Ottawa, alors que des critiques ont continué de fuser hier autour d'un couac annoncé.

Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, s'attendait à entendre plus de français qu'il n'y en a eu, vendredi, comme le comité organisateur l'avait promis. Mais le contenu de la cérémonie d'ouverture demeure jusqu'ici le «seul hic» d'un événement autrement complètement bilingue, estime son attachée de presse, Deirdra McCracken.

«Jusqu'à maintenant, on est satisfaits», a-t-elle indiqué hier au Devoir. À l'aéroport, dans les rues de la ville, «il n'y a aucun problème» et M. Moore «donnerait 20 sur 20 pour le bilinguisme à Vancouver, surtout que ce n'est pas une ville bilingue. Le français est la huitième langue parlée ici, et [les organisateurs] ont fait de bons efforts», dit-elle en ciblant une seule exception: la cérémonie d'ouverture.

James Moore a donc parlé directement aux organisateurs pour «exprimer sa déception», mais il n'a pas fait de demandes officielles pour les inciter à rectifier le tir lors de la cérémonie de clôture. «Ce n'est pas le gouvernement qui va décider du contenu d'une cérémonie comme ça, explique Mme McCracken. Ce n'est pas notre rôle, il y a une équipe créative pour ça. On a confiance qu'on verra lors de [la clôture] le même niveau de bilinguisme qu'on a observé» depuis trois jours.

Patrimoine canadien a investi 20 millions dans la cérémonie d'ouverture. Le gouvernement estimait que c'était une occasion de «mettre en vedette notre culture», la cérémonie servant notamment à «mettre en valeur la dualité linguistique» du pays. Une autre somme de 7,7 millions a été investie par Patrimoine canadien pour que les Jeux soient bilingues.

Prévisible?

Or, la cérémonie de vendredi a laissé une place très étroite à la langue française. À part une chanson interprétée par Garou et quelques présentations, l'essentiel du spectacle s'est déroulé en anglais. Un poème de François-Xavier Garneau n'a par exemple été lu qu'en version traduite. La vasque olympique était à peine allumée que les protestations se faisaient entendre.

Hier, le directeur général du Comité organisateur (COVAN), John Furlong, a défendu les choix faits en rappelant que Garou a chanté à un moment-clé du spectacle. «L'hymne olympique a été chanté dans les deux langues, il y avait des artistes québécois dans les tableaux du spectacle, le serment des officiels a été livré en français tandis que celui des athlètes l'a été en anglais. Tout au long du spectacle, nous tentions d'avoir les deux cultures bien représentées», a-t-il dit avant de défendre les efforts faits par le COVAN pour présenter des Jeux le plus bilingues possible.

Mais le couac de vendredi aurait-il pu être évité? Le gouvernement aurait-il pu se montrer plus sévère envers le COVAN pour s'assurer que le français ait sa place dans la cérémonie? Le rapport de suivi Vancouver 2010: une occasion en or sur la dualité linguistique présenté en septembre 2009 par le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, le laisse entendre.

M. Fraser notait alors que les exigences linguistiques rattachées à l'octroi des subventions de Patrimoine canadien n'étaient pas claires. Notamment, «la clause selon laquelle le programme des cérémonies d'ouverture et de clôture "inclut des participants et des activités représentant les deux groupes de langue officielle" pourrait signifier que la seule présence d'artistes d'un groupe linguistique dans les activités visuelles (danse, cirque) permet de satisfaire à cette exigence», remarquait M. Fraser.

Le commissaire affirmait qu'il fallait plutôt que «la présence de chaque groupe linguistique se concrétise aussi par des éléments où la langue est le moyen d'expression». Les craintes soulevées par M. Fraser semblent s'être concrétisées: hier, le grand manitou des cérémonies, David Atkins, s'étonnait de la polémique en soulignant «que tout le côté esthétique de la cérémonie laissait transparaître l'influence de la culture francophone».

Graham Fraser s'est plaint de la situation à Patrimoine canadien et au COVAN, disait-on hier à son bureau. M. Fraser s'est assuré que le COVAN a «bien compris sa réaction». Comme James Moore, il s'attendait à beaucoup plus: il avait eu dans les derniers mois plusieurs rencontres «au plus haut niveau» pour s'assurer que les cérémonies feraient une place importante à la culture francophone.

Le commissaire croyait aussi que le COVAN avait compris le message, après un premier accroc survenu il y a un an. Un spectacle lançant le compte à rebours avant les Jeux n'avait alors accordé au français qu'une place «minime», ce qui avait «suscité des réflexions et des discussions intenses au sein du COVAN et de Patrimoine canadien au sujet du principe» du bilinguisme lors des cérémonies des Jeux.

Incompréhension

Au Bloc québécois, on se montre «extrêmement choqué» par la situation, mais «pas surpris». Le leader parlementaire, Pierre Paquette, rejette une bonne partie de la faute sur le gouvernement conservateur. «Ça fait un an qu'on questionne James Moore et qu'il nous répond que ce seront les jeux les plus bilingues de l'histoire [...]. Soit il a échoué dans sa capacité d'influencer les organisateurs, soit c'était de la poudre aux yeux des francophones». Selon M. Paquette, la situation démontre une «dynamique où le français est devenu une langue quasi folklorique pour le Canada».

Joint hier matin par téléphone, le chef libéral, Michael Ignatieff, a dit espérer que «les organisateurs vont faire mieux à la clôture [...]. J'attends un geste important, il faut qu'ils répondent». Selon lui, «les intentions [des organisateurs] sont bonnes, mais il y a un manque d'attention à ce point de notre identité nationale», dit-il. Le NPD a lui aussi exprimé sa déception devant l'absence du français, et son souhait de voir la situation corrigée.

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Avec La Presse canadienne

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