Revue de presse - Droits oubliés

L'intention du premier ministre Stephen Harper de mobiliser le G8 pour soutenir la santé maternelle et infantile dans le Tiers-Monde continue de susciter un certain scepticisme. Frances Russell, du Winnipeg Free Press, note qu'on ne connaît toujours pas les sommes en jeu.

De plus, la portée du projet est limitée au point de lui enlever toute crédibilité. Russell fait écho à l'ancien ambassadeur canadien Stephen Lewis qui jugeait récemment que le plan Harper sentait «l'opportunisme crasse», réduisant les femmes à leur fonction de mère et oubliant l'ensemble des problèmes qui font que ces femmes sont si vulnérables. Russell n'est pas vraiment surprise puisque le gouvernement Harper n'a cessé depuis qu'il est au pouvoir de miner des programmes donnant plus de pouvoir aux femmes. Il a mis fin au programme de contestation judiciaire pour tous les groupes désavantagés, sauf les minorités linguistiques. Il a rayé du mandat de Condition féminine Canada la notion de promotion de l'égalité. Et on apprenait cette semaine qu'il se peut que la contraception et l'accès à l'avortement soient exclus du nouveau programme canadien pour la santé maternelle. «Toutes ces actions mettent en relief le pouvoir et l'influence dont la droite religieuse jouit dans le Parti conservateur», conclut Russell avec inquiétude.

Brouillard

L'interférence politique dans le processus d'accès à l'information n'a vraiment pas la cote dans les médias. On apprenait en début de semaine qu'un adjoint du ministre Christian Paradis avait intercepté un document et exigé qu'il soit expurgé avant d'être remis à la Presse canadienne, un cas assez grave pour que la commissaire à l'information entreprenne une enquête prioritaire, comme le révélait Le Devoir. L'affaire a fait jaser.

Le National Post, habituellement clément à l'égard du gouvernement conservateur, dit, avec un certain dépit, que les Canadiens ont maintenant compris, après quatre ans de règne conservateur, que les promesses de transparence des conservateurs ne valent pas plus cher que celles des libéraux en matière de garde d'enfants. Le Post se dit «constamment déçu», mais cette nouvelle affaire relève du vaudeville, avec la course au bureau de poste du ministère. Et ce prétexte des économies de quelques dollars à faire réaliser à l'agence de presse est une insulte à l'intelligence. L'enquête de la commissaire s'imposait, car la décision de divulguer des documents doit demeurer apolitique. «L'ingérence politique est d'autant plus préoccupante quand on constate la banalité des documents visés. [...] La question dérangeante qui demeure est la suivante: jusqu'où irait le gouvernement pour supprimer de l'information vraiment compromettante?» Selon le Post, l'enjeu n'a rien de partisan et la commissaire, dit le Post, devrait lancer une enquête plus large pour déterminer l'étendue de ces pratiques. Cette information, après tout, appartient aux Canadiens.

En réponse à cette controverse, le bureau du premier ministre a averti les bureaux ministériels de respecter la Loi d'accès à l'information, un avertissement qui a bien fait rigoler Greg Weston, de SunMedia. Et pas seulement lui, dit-il, mais à peu près toute la capitale fédérale. «Venant du bureau d'un premier ministre obsédé par le secret, qui dirige un gouvernement qui muselle ses ministres, censure tout ce qui paraît bien en noir et qui, jusqu'à présent, a amené deux commissaires à l'information à quitter leur poste, dégoûtés», il y a de quoi rire, dit Weston, qui parle de «délicieuse hypocrisie». Comme le Post, Weston pense que, si on met autant d'énergie à vouloir garder secret un rapport anodin, on peut s'imaginer «combien loin l'administration Harper s'est éloignée de sa grande promesse de renforcer les lois assurant au public l'accès à l'information gouvernementale». En fait, tous les engagements à ce chapitre ont été oubliés.

Politburo

Et il n'y a pas que la presse parlementaire qui se plaint des méthodes de l'équipe Harper. De passage à Vancouver cette semaine, le premier ministre a assisté à plusieurs événements importants, mais sans jamais interagir avec les médias locaux. Photographes et caméramans étaient les bienvenus, note Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, mais pas les journalistes. En plus, les médias ont reçu des photos prises par le photographe de M. Harper. «Avec tout ce contrôle qui a entouré les activités de M. Harper en Colombie-Britannique, le premier ministre aurait pu tout aussi bien être un membre du Parti communiste chinois à Pékin», écrit Yaffe. Tout est fait pour éviter les questions embarrassantes. Certains diront que Stephen Harper a droit à un moment de répit, mais Yaffe n'est pas de cet avis. Un premier ministre ne cesse pas de l'être quand bon lui semble. «Quand Harper chorégraphie ses apparitions de façon aussi rigide, il ne se rend pas service et offre des munitions à l'opposition.»

Haïti pour longtemps

Si suivre la reconstruction d'Haïti vous intéresse, le Globe and Mail a décidé de garder une équipe à Jacmel pour suivre au jour le jour les efforts faits par cette communauté pour se reconstruire. L'essentiel du matériel sera accessible sur le Web (http://www.theglobeandmail.com/news/world/haiti/project-jacmel/). À suivre.