Censure: «c’est une erreur de jugement», dit Paradis

Le ministre Christian Paradis admet une erreur de jugement de son personnel
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministre Christian Paradis admet une erreur de jugement de son personnel

Le ministre et lieutenant de Stephen Harper au Québec, Christian Paradis, affirme que les employés de son bureau ont commis une «erreur de jugement» en s’ingérant dans le travail des fonctionnaires responsables de l’accès à l’information, et en refusant de dévoiler un document pour des raisons politiques.

Le ministre Paradis a brisé le silence sur les ondes de la radio 98,5 FM, à Montréal, pendant l’émission «Dutrizac l’après-midi». Le bureau de Christian Paradis fait l’objet d’une enquête prioritaire de la part de la commissaire à l’information du Canada, Suzanne Legault, comme l’a révélé Le Devoir dans son édition de ce matin.

Le ministre n’a pas cherché à défendre son employé fautif, qui est toujours à son emploi. «C’est une erreur de jugement de sa part. Je ne suis pas content de ça, mais il s’agit de faits avec lesquels je dois vivre», a-t-il dit lors de cette entrevue radiophonique. Le Devoir a tenté de joindre Christian Paradis à plusieurs reprises depuis hier midi, mais il a toujours refusé de commenter.

Selon M. Paradis, cette ingérence est un «incident isolé» qui ne reflète pas sa conduite en tant que ministre. «J’ai toujours demandé à mon cabinet d’être coopératif. [...] Je ne défendrai pas ce geste et je ne donnerais jamais une telle directive. La transparence est une de mes valeurs fondamentales. C’est important pour moi et c’est pour ça que je suis choqué. Il y a une loi à suivre et c’est très sérieux.»

Le ministre n’a pas l’intention de congédier son employé, Sébastien Togneri, qui est son directeur des affaires parlementaires. «J’ai confiance à mon employé, il a de grandes compétences en affaires gouvernementales, mais pas en accès à l’information. Il m’a avoué son erreur», a dit M. Paradis. «Maintenant, je l’assume. Je vais vivre avec l’enquête et attendre les résultats», a-t-il poursuivi.

Layton furieux

À Ottawa, le chef du NPD, Jack Layton, a dénoncé en conférence de presse le «manque de transparence» du gouvernement et «l’ingérence» du cabinet de Christian Paradis pour empêcher la diffusion de certains documents à la Presse canadienne.

Selon M. Layton, le gouvernement a érigé un «système d’obstruction et de délai» en matière d’accès à l’information, une situation qui devrait «inquiéter les Canadiens».

Il a cité en exemple le refus initial du gouvernement de répondre à une demande d’information déposée par le NPD ce printemps. Les néo-démocrates voulaient avoir une mise à jour des coûts de la mission en Afghanistan. Ce type d’information avait déjà été divulgué dans le passé.

Or, en juin, le NPD s’est fait répondre que des questions de «sécurité nationale» empêchaient désormais la divulgation de tels chiffres. Un document caviardé avait donc été remis au NPD. Quelques jours plus tard, le ministère de la Défense nationale avait toutefois indiqué avoir fait une «erreur humaine» et accepté de divulguer les chiffres demandés.

N’empêche, Jack Layton persiste aujourd’hui à croire que ces chiffres ont été momentanément «transformés en secret d’État parce qu’ils étaient embarrassants pour le gouvernement».

Une enquête importante

Ce matin, Le Devoir révélait que la commissaire à l'information du Canada par intérim, Suzanne Legault, a ouvert une enquête sur l'ingérence du bureau du ministre fédéral Christian Paradis dans une affaire d'accès à l'information. Selon les informations obtenues, l'enquête a obtenu la cote «prioritaire», soit la plus élevée.

Lors d'une courte déclaration envoyée au Devoir hier, la commissaire Suzanne Legault a soutenu que cette interférence du bureau de Christian Paradis mérite une attention particulière de la part de son organisme, qui est responsable de l'application de la Loi sur l'accès à l'information. «Ce sont des allégations très sérieuses, affirme-t-elle. C'est ce qui nous a amenés à lancer cette enquête prioritaire.» L'enquête étant en cours, le Commissariat à l'information s'est refusé à tout autre commentaire hier.

5 commentaires
  • Geoffroi - Inscrit 9 février 2010 15 h 34

    Naïfs et responsable

    Nous ne sommes pas des naïfs M. Paradis. Vous êtes un ministre "responsable".
    Assumez svp.

  • dreault - Abonné 9 février 2010 16 h 18

    Et les syndicats de fonctionnaires?

    Enseignant dans l'Outaouais, je suis au courant de l'enfer que vivent présentement les responsables des communications dans les ministères et autres agences fédérales, pris ainsi entre leur devoir et les consignes partisanes. Je souhaite vivement que les syndicats qui les représentent montent aux barricades et se fassent une des voix majeures de l'indignation extrême que nous partageons dans ce blog.

  • undiego - Inscrit 9 février 2010 16 h 46

    Un peu de retenu svp...

    Voici le statut Facebook de Sébastien Togneri:

    Sébastien Togneri is happy to have been shuffled to Natural Resources Canada with Minister Paradis. Will miss Public Works.

    J'imagine qu'il va s'ennuyer

  • Gebe Tremblay - Inscrit 9 février 2010 18 h 55

    Une erreur !?

    Aller empêcher l'envoi d'un document est une erreur ?

    Bein voyons, c'est prémédité !

    C'est un acte de traïson envers les citoyens de la part d'un fonctionaire suposé être au service de ces citoyens ! Ce n'est pas une erreur de jugement, mais un acte bien réfléchi !

    Que le ministre Paradis déclare avoir toujours confiance en son employé est une admission que sa loyauté n'est pas envers les citoyens mais envers des groupes d'intérêts !

    Cette pourriture noséabonde on la sent de partout en occident. Les valeurs piétinées, l'éthique du relativisme, le chacun pour soi.

    La médiocrité crasse aux parlements et dans les universités.

    La décadence.

  • jacques noel - Inscrit 9 février 2010 19 h 09

    MENTEUR

    Un attaché politique ne va pas appliquer une telle politique sans en avoir reçu la directive. Si ça chauffe, il va consulter son directeur de cabinet qui lui va consulter le ministre ou le chef de cabinet du PM.
    Bref, Paradis nous ment en pleine face.

    La preuve c'est qu'il ne congédit pas Togneri. Si Togneri ne l'avait pas informé, s'il avait vraiment commis la gaffe qu'on lui reproche, il aurait perdu son emploi.