Conflit israélo-palestinien - Ignatieff accuse Harper d'être trop proche d'Israël

Le premier ministre Stephen Harper a reçu en mai dernier le prix Saul-Hayes des droits de la personne du Congrès juif canadien.
Photo: Agence Reuters Mike Cassese Le premier ministre Stephen Harper a reçu en mai dernier le prix Saul-Hayes des droits de la personne du Congrès juif canadien.

Ottawa — Alors que l'organisme Droits et Démocratie se déchire sur fond de conflit au Moyen-Orient, le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, saute dans l'arène en accusant le gouvernement conservateur de manquer d'équilibre en se collant trop à Israël.

Le chef libéral s'est prononcé pour la première fois de manière substantielle sur le conflit opposant Juifs et Palestiniens et sur l'attitude que devrait adopter le Canada par rapport aux revendications des deux parties. Il reproche au gouvernement de Stephen Harper d'avoir utilisé cet enjeu international à des fins politiques canadiennes.

«Les conservateurs ont essayé de faire de la politique au Moyen-Orient un enjeu de politique interne du Canada et c'était une grave erreur, a-t-il déclaré. C'est un enjeu où il ne faut pas avoir de partis pris.»

Pour Michael Ignatieff, «le Canada est pour un Israël libre, sécuritaire, démocratique et vivant en paix à côté de ses proches, et nous sommes aussi et depuis longtemps pour un État palestinien vivant en sécurité et en liberté à côté de ses proches. Ce sont les conservateurs qui ont essayé de briser le consensus pancanadien en faveur de cette position. C'était ça, l'erreur.» M. Ignatieff n'a pas donné plus de détails sur les gestes des conservateurs dont il disait qu'ils avaient brisé ce consensus.

Rapprochements

Le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Jason Kenney, s'est beaucoup approché de la communauté juive. Il a prononcé encore en décembre un discours senti à Jérusalem au Forum mondial sur l'antisémitisme, où il a critiqué cet «équilibre» plaçant sur un pied d'égalité «la tolérance et la haine, le terrorisme et le contre-terrorisme». Le premier ministre Stephen Harper a reçu en mai dernier le prix Saul-Hayes des droits de la personne du Congrès juif canadien et celui du leadership international Simon Wiesenthal de l'organisation du même nom.

Depuis des semaines, l'organisme canadien Droits et Démocratie affronte une tempête parce que la totalité de ses employés est en guerre avec une partie du conseil d'administration (maintenant majoritaire). Il semble que la question du Moyen-Orient soit à l'origine de cet affrontement idéologique: le nouveau conseil d'administration a annulé trois subventions accordées, par la précédente administration, à des groupes palestiniens accusés d'entretenir des affinités terroristes.

Au Comité Canada-Israël, on n'a pas fait grand cas des propos de Michael Ignatieff. «Il dit que l'erreur, c'est d'en faire un enjeu partisan, pas qu'il y a un changement de position», analyse Richard Marceau, conseiller politique principal.

Par ailleurs, quatre anciens employés de Droits et Démocratie ont envoyé une lettre ouverte dans laquelle ils reprochent au gouvernement d'utiliser l'organisme pour promouvoir la politique étrangère du Canada. «Dès qu'un gouvernement [...] entreprend de faire taire le débat public, que ce soit par les coupures de financement ou par l'ingérence dans l'exécution de son mandat, une lumière rouge devrait s'allumer, car ceci est le signe du début de la pente glissante de l'autoritarisme.»

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