Le Parlement prorogé devra-t-il faire des heures supplémentaires?

Ottawa — Après la prorogation, les heures supplémentaires: le gouvernement a indiqué hier vouloir ajouter deux semaines de travaux à la session qu'il a amputée de 22 jours.

Critiqués de toutes parts pour avoir prorogé le Parlement le 30 décembre — un geste qui leur a coûté plusieurs points dans les sondages —, les conservateurs veulent maintenant accélérer le rythme de travail à la reprise. On songe ainsi à rayer du calendrier deux semaines de congé prévues après la rentrée du 3 mars. «Les deux semaines, on veut les enlever pour être capable d'optimiser notre travail parlementaire, a indiqué le ministre Christian Paradis. On veut siéger le plus possible pour passer les mesures auxquelles les Canadiens s'attendent.»

Le chef libéral, Michael Ignatieff, a mentionné hier être prêt à annuler les congés de mars et d'avril. «Si le gouvernement veut qu'on travaille pendant les congés de mars et avril, ça me va. Mais en bout de piste, il n'avait aucune bonne raison de fermer le Parlement.»

Le gouvernement doit obtenir l'appui unanime des trois partis d'opposition pour aller de l'avant. Le Bloc québécois et le NPD ne sont pas fermés à l'idée, mais exigent certaines conditions.

Cette demande du gouvernement s'inscrit dans une stratégie plus large où l'on souhaite faire la preuve d'un travail soutenu malgré la prorogation. Devant les initiatives des partis de l'opposition — les libéraux tiennent des discussions thématiques tous les jours, le comité sur l'Afghanistan a siégé de manière informelle —, les conservateurs font maintenant valoir devant les médias qu'eux aussi travaillent avec assiduité.

Hier, pour la deuxième journée consécutive, des ministres ont tenu un point de presse pour dire que le premier ministre «a dirigé des discussions sur la façon dont le budget et notre planification à plus long terme refléteront les priorités exprimées par les Canadiens». Aucune annonce n'était au programme.

Selon Christian Paradis, il est important de maintenir le contact avec la population. «On le dit depuis le début, la prorogation [sert] à recalibrer [le programme du gouvernement]. L'ouvrage qu'on fait est très sérieux.» Il estime que le gouvernement ne peut laisser l'opposition «véhiculer des faussetés».

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Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti
2 commentaires
  • Jean-Pierre Aubry - Abonné 5 février 2010 10 h 14

    Pour qui nous prend-t-on ?

    Le gouvernement Harper nous a donné de fausses raisons pour proroger la session parlementaire. L’idée d’avoir plus de temps pour préparer un budget complexe a été réfuté par le ministre des Finances lui-même qui nous a dit que le prochain budget serait dans la même foulée que son dernier budget et que c’est le suivant qui sera plus restrictif et qui impliquera des choix plus difficiles. Les stratégistes et les « spin doctors » (conseillers en communication) ont manqué leur coup.

    Contre toute attente, une révolte contre la prorogation a émergé du monde des internautes et une pétition e « en ligne» a lancé un mouvement national de protestation qui a résulté en des manifestations d’un océan à l’autre et en des sondages défavorables au Parti Conservateur du Canada.

    Maintenant les stratégistes et les « spin doctors » sont en mode « damage control ». Le gouvernement alimente les média d’information démontrant qu’il est au travail, malgré la fermeture du parlement. Il nous informe qu’il désire même abolir les congés parlementaires de mars et avril pour promouvoir l’image d’un gouvernement qui travaille très fort. Mais pour qui nous prend-t-on ?

    Il est clair que l’abolition des jours de congé de mars et avril ne faisait pas partie de la stratégie initiale menant à la prorogation de la session parlementaire, car le gouvernement en aurait informé le public lorsqu’il a annoncé la prorogation.

    Cet épisode est une victoire pour la démocratie et pour le respect des électeurs. Elle reflète également la capacité de l’Internet comme médium pour rassembler et faire proliférer l’opinion de millions d’électeurs. Cet événement me fait penser aux milliards de dollars collectés via l’Internet pour la campagne de Barack Obama à la présidence des États-Unis.


    Jean-Pierre Aubry

  • Roland Berger - Inscrit 5 février 2010 16 h 43

    Bien cogné

    Merci à Monsieur Aubry. Bien cogné ce texte.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario