Choc idéologique à Droits et Démocratie

Distribution d’aide alimentaire dans la bande de Gaza. Le président du conseil d’administration de Droits et Démocratie s’oppose au soutien financier de certaines ONG engagées au Moyen-Orient.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mohammed Abed Distribution d’aide alimentaire dans la bande de Gaza. Le président du conseil d’administration de Droits et Démocratie s’oppose au soutien financier de certaines ONG engagées au Moyen-Orient.

Ottawa — La tempête à Droits et Démocratie se poursuit. Hier, trois de ses directeurs ont été suspendus «indéfiniment» sous prétexte qu'ils sont les cerveaux de la rébellion visant le président du conseil d'administration, Aurel Braun. À l'origine du conflit: les liens de M. Braun, l'homme fort d'Ottawa, avec un farouche militant de la cause israélienne, Gerald Steinberg, et l'influence de ceux-ci sur l'orientation idéologique de Droits et Démocratie.

Droits et Démocratie, un organisme de défense des droits de la personne fondé par le Parlement canadien en 1988, est en crise de leadership. Les 47 employés ont exigé par lettre le départ de M. Braun. Il a réussi à se maintenir en poste parce qu'Ottawa a nommé de nouveaux membres du conseil d'administration lui étant favorables.

Aurel Braun était en conflit avec le président de l'organisme aujourd'hui décédé, Rémy Beauregard, à propos de trois subventions de 10 000 $ chacune accordées aux groupes al Haq, Bt'selem et al Mazan engagés au Moyen-Orient. M. Braun est d'avis qu'il s'agit d'organismes qui, sous le couvert de défense des droits humanitaires des Palestiniens, attaquent la légitimité de l'État d'Israël.

«Il s'agit d'organisations très, très vicieuses impliquées dans de viles activités», a-t-il déclaré la semaine dernière au National Post. «Même en faisant preuve d'imagination, on ne peut les qualifier d'organisations humanitaires. [...] Il n'y a aucune ambiguïté à propos d'al Haq et al Mazan.» Il a ajouté qu'al Mazan étant située à Gaza, «nous n'avons aucun moyen de savoir» si l'argent ne finit pas entre les mains du Hamas. Quant à Bt'selem, il s'agit d'une organisation israélienne «de nom seulement». Le fait que Rémy Beauregard ait accordé ces subventions prouve selon M. Braun son manque de jugement.

L'influence de Steinberg à Droits et Démocratie

Ce que peu savent, c'est qu'Aurel Braun est un «ami très proche» de Gerald Steinberg, professeur d'université à Ramat Gan, en Israël. M. Steinberg a fondé le groupe NGO Monitor qui, comme son nom l'indique, décortique le discours politique tenu par les ONG à l'oeuvre au Moyen-Orient. Sa thèse est la suivante: ces ONG utilisent le paravent de l'aide humanitaire pour critiquer Israël et saper son droit même d'exister. Les agences internationales comme l'ACDI et Droits et Démocratie leur accordent, déplore-t-il, une légitimité en les finançant. (Le Devoir a publié une entrevue avec Gerald Steinberg le 22 septembre 2008.)

Au nom de cette théorie, M. Steinberg a critiqué des organismes aussi réputés qu'OXFAM. Comme par hasard, son site contient une section complète sur Bt'selem et les raisons pour lesquelles il ne devrait pas recevoir de financement international. Idem pour al Haq et son président Shawan Jabarin. Récemment, il s'est réjoui de ce que les organismes canadiens KAIROS et Alternatives aient vu leurs subventions fédérales coupées. Le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Jason Kenney, avait évoqué les positions anti-Israël de KAIROS.

Aurel Braun et Gerald Steinberg se sont croisés au sein de l'organisme Scholars for Peace in the Middle-East. M. Braun accorde à ce point d'importance aux idées de M. Steinberg qu'il l'a invité à venir les présenter à Montréal aux membres du conseil d'administration de Droits et Démocratie, a appris Le Devoir. Le conseil a refusé.

Aurel Braun est lui-même militant pour la cause israélienne, ayant déjà siégé au conseil d'administration du B'nai Brith. Lors d'une rencontre du conseil d'administration de Droits et Démocratie en juin dernier, il a déclaré être «fier d'être Juif et d'appuyer l'État d'Israël», indique le procès-verbal.

Si les positions d'Aurel Braun et de Gerald Steinberg sont à ce point similaires, cela ne signifie pas pour autant qu'elles sont partagées par la communauté internationale. L'Agence canadienne de développement international (ACDI) verse régulièrement des subventions à al Haq: 30 000 $ en 1995, 50 000 $ en 2004 et plus de 8000 $ en 2005 (l'inventaire n'est pas exhaustif). Les Pays-Bas avaient publiquement dénoncé Israël lorsqu'il avait refusé de délivrer un document de voyage au président d'al Haq, l'empêchant du coup d'aller chercher en personne un prestigieux prix pour les droits de la personne.

D'autres mesures

Le poste de président du conseil d'administration est un poste à temps partiel. Aurel Braun continue d'enseigner à l'Université de Toronto. Il sera à Montréal aujourd'hui pour rencontrer l'équipe de Droits et Démocraties. Les employés s'attendent à d'autres mesures en plus des trois suspensions avec salaire annoncées hier.

Les trois personnes suspendues sont le directeur des communications, Charles Vallerand, la directrice à l'administration et aux ressources, Marie-France Cloutier, et le directeur des politiques, des programmes et de la planification, Razmik Panossian. Aucune raison n'a été fournie. Dans les coulisses, on dit qu'ils seront suspendus le temps qu'une enquête soit menée sur leur rôle dans la «rébellion» contre Aurel Braun et le président qu'il a nommé pour remplacer feu Rémy Beauregard, Jacques Gauthier.

Le NPD a indiqué hier qu'il demandera au comité parlementaire des Affaires étrangères de faire enquête sur Droits et Démocratie au retour de la Chambre des communes.
12 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 2 février 2010 07 h 10

    Pas de place à l'idéologie!

    Une donne incontournable; l'idéologie ne doit pas avoir sa place dans un organisme voué à la défense des droits et libertés. L'incompatibilté est et doit demeurer totale entre les deux. Maintenir une telle opposition de principe entre les deux n'est pas chose facile, mais si elle n'est pas faite, c'est foutu. Foutu en termes de crédililité, de pertinence et d'efficacité. Droits et Démocratie ne doit pas l'oublier.

  • Michèle Dorais - Abonnée 2 février 2010 07 h 51

    Bravo Hélène Buzetti

    Merci pour cet article des plus éclairants... un beau papier... nous attendons la suite.

  • Sanzalure - Inscrit 2 février 2010 08 h 36

    Et la légitimité de la Palestine ?

    Si Israël veut que l'on reconnaisse sa légitimité, qu'elle commence par reconnaître celle des autres. Si Israël veut être reconnu comme un État démocratique, qu'il commence par se comporter de façon démocratique : une personne = un vote. Ça veut dire qu'il n'y a pas deux sortes de personnes (le peuple élu et les autres), mais une seule sorte (les êtres humains).

  • Karim Jbeili - Abonné 2 février 2010 09 h 46

    La paranoïa de l'étrangleur

    Il y a là une haine insistante et pathologique contre des gens dont le seul crime est d'avoir survécu sur les décombres de leur maison. Une paranoïa démesurée qui ne cessera même pas après les avoir étranglés. Elle s'en prendra alors à d'autres parce que personne n'aura eu le courage de lui mettre des limites.

  • Guylaine St-Pierre - Inscrit 2 février 2010 09 h 56

    La palestine doit vivvre sans terrorisme si on veut les aider.

    Il ne faut pas confondre parti pour Israel lorsque on parle de dire NON aux Palestiniens qui continu de s'armer. Mais personne de parle des Égyptiens qui sont en train de construire un mur en acier sous la terre pour des milles et des milles à la ronde,, signe qui veut tout dire, L'Égypte ne veulent pas des palestiniens et là ben on n'en parle pas , bizarre , mais le devoir, c'est votre devoir de tout dire n'est-ceq pas ?
    Lasser pas les terrorisme s'armer en plus ! Non mais c'est quoi ça ?