Fermeture de la raffinerie Shell - Layton accuse Harper de financer l'exode des emplois

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

La fermeture prochaine de la raffinerie Shell ne titille pas beaucoup les élites politiques et économiques de Montréal. Pourtant, c'est 240 millions par année qui risquent de disparaître du bilan économique de la métropole, soit beaucoup plus que les 75 millions liés au retour de la F1, dont la disparition était perçue comme une catastrophe!

La fermeture annoncée de la raffinerie Shell dans l'est de Montréal au profit d'un centre de distribution de pétrole importé est un maillon de plus de la stratégie énergétique du gouvernement Harper qui stimule les multinationales et pays étrangers à siphonner les emplois et le pétrole du Canada pour nous le revendre une fois traité chez eux.

C'est ce qu'a affirmé hier le chef du NPD, Jack Layton, de passage au local syndical des employés de Shell. Il appuie d'ailleurs leurs efforts pour relancer cette énorme entreprise afin, dit-il, qu'elle continue de contribuer à l'indépendance énergétique du Québec et du Canada grâce à ses installations et un marché rentables.

Le 1er janvier dernier, ajoute le chef du NPD, le gouvernement Harper a consenti une nouvelle réduction d'impôts aux pétrolières, ce qui leur fournit des dizaines, voire des centaines de millions pour financer la construction de nouveaux pipelines «par lesquels s'enfuient notre pétrole brut et nos emplois» à l'étranger, dit-il.

Quatre grands projets sont présentement approuvés ou sont en phase de l'être. Le projet Keystone, d'une valeur de 664 millions, enverra 590 000 barils par jour de l'Alberta à l'Illinois. Le projet Alberta Clipper de la société Enbridge s'étendra de son côté sur 1600 km et transportera jusqu'à 800 000 barils par jour jusqu'à Superior dans le Wisconsin.

Quant au projet Southern Lights, de la société Enbridge, il va transporter 180 000 barils par jour de brut des sables bitumineux avec un pipeline de 50 centimètres vers les raffineries du Midwest étatsunien. Un quatrième projet d'Enbridge prévoit d'inverser le cours du pipeline qui approvisionne Sarnia en Ontario à partir de Portland dans le Maine en passant par Montréal. Ainsi, le pétrole de l'Ouest pourra atteindre la Nouvelle-Angleterre et les raffineries de Montréal, qui pourraient, selon le syndicat de Shell, perdre leur marché au profit des raffineurs de l'est des États-Unis.

Et un cinquième projet, pour l'instant sur la planche à dessin, prévoit faire franchir les Rocheuses au pétrole des sables bitumineux jusqu'à Kitimat en Colombie-Britannique au profit du marché chinois.

Et, ajoute Thomas Mulcair, le lieutenant québécois de Jack Layton, 34 autres projets de pipelines sont en instance d'approbation ou en construction entre les deux pays.

Or, rappelle Tom Mulcair, la clause de proportionnalité de l'ALENA «fait en sorte qu'on creuse la tombe de notre autonomie énergétique chaque fois qu'on augmente nos livraisons aux Américains» puisqu'il faudra en cas de crise leur assurer une proportion fixe des livraisons antérieures.

Pour le président des travailleurs syndiqués (FTQ) de la raffinerie, Jean-Claude Rocheleau, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui a inventé le concept de grappes industrielles, ne semble pas accorder une grande importance à la sauvegarde de cette raffinerie, qui traite chaque jour 132 000 barils et dont dépendent plusieurs entreprises des secteurs du plastique, de la pharmacologie, de l'aviation, etc. Il craint aussi que la fermeture de Shell n'ouvre la porte à celle de Petro-Canada, qui partage avec Shell les coûts de la désulfuration des essences et du pipeline de Portland.

Le syndicat veut intéresser d'autres investisseurs, notamment Power Corporation et Total. Il propose aussi de «réveiller» le projet de société d'État Pétrobec, qui avait été soulevé dans les années 1980 quand quatre raffineries de l'est ont fermé leurs portes. Cela, dit-il, permettrait d'augmenter sensiblement la sécurité énergétique du Québec, jugée prioritaire par Québec dans le débat sur Rabaska.
3 commentaires
  • T. Julien - Inscrit 23 janvier 2010 08 h 34

    Le pétrole = GES

    Ça démontre bien que plusieurs 'Québécois' devraient toujours réfléchir avant de s'arracher la chemise...

    Les Québécois ne cessent de critiquer l'Alberta pour son pétrole (GES) mais boff faut garder les raffinerie 'polluante' de l'Est de la métropole québécoise parce que ça va "déranger "notre" économie".

    Comme toute c'est l'incohérence et le deux poids deux mesures au Qc.

  • Paul Gavazzi - Inscrit 24 janvier 2010 15 h 52

    C'est le temps de passer à autre chose...

    Sérieux, on peut-tu raser le parc de raffinerie, planter du gazon et monter des éoliennes? Me semble que ça serait plus beau a voir et on deviendrait pas mal plus indépendant du pétrole et énergiquement. En plus, envoyer les chimistes vers d'autres industries et créer des emplois en énergies renouvelables(batteries, éoliennes, moteurs électriques, etc.)

    Petrobec!!! sérieux, si c'était pas rentable dans le temps, c'est vraiment ridicule aujourd'hui.

    Si on est pas capable de convertir cette industrie dans une industrie d'énergie renouvelables, la ça va être triste. En ce moment, les emplois possibles c'est juste un contre-temps, qui devrait nous permettre de nous rendre compte que Montréal est trop dépendant du pétrole et ça va être pire dans 10, 20 ans si on saute pas sur ces occasions de nous renouveler!

  • Annick Corriveau - Inscrite 25 janvier 2010 08 h 15

    Il y a tout de même un problème!

    Je suis d'accord pour investir dans les énergies vertes. Il est effectivement grand temps de diversifier nos sources d'énergies. Cependant, voyons les choses en face: nos ressources naturelles sont pillées par nos voisins.
    Je vous mets au défi de n'acheter que des produits exempts de pétrole, dès aujourd'hui! Pensons à nos enfants et à nos petits enfants! Ils auront sûrement encore besoin, de pétrole. Comment pouvons-nous nous laisser siphonner de la sorte, sans rien dire?
    Et attention... la prochaine ressource la plus convoitée sera l'eau douce. Là, il n'y aura pas d'alternative.
    Nous avons le pouvoir de choisir des gouvernements qui seront plus soucieux de protéger nos intérêts à long terme. Je félicite Jack Layton de soulever ce problème sérieux et de travailler à trouver des solutions.