Les troupes canadiennes en ont plein les bras

Des militaires canadiens patrouillent dans une rue de Léogâne. Les Canadiens sont fiers de voir leurs soldats partir pour Haïti où ils aideront un peuple de sinistrés à se relever. Mais ce déploiement s’ajoute à d’autres missions qui risquent de compromettre la qualité d’une éventuelle intervention au pays, en cas de catastrophe.
Photo: Agence France-Presse (photo) Stan Honda Des militaires canadiens patrouillent dans une rue de Léogâne. Les Canadiens sont fiers de voir leurs soldats partir pour Haïti où ils aideront un peuple de sinistrés à se relever. Mais ce déploiement s’ajoute à d’autres missions qui risquent de compromettre la qualité d’une éventuelle intervention au pays, en cas de catastrophe.

L'intervention militaire canadienne en Haïti pousse l'armée de terre à sa capacité opérationnelle maximale. Au point où les Forces canadiennes auraient de la difficulté à gérer une catastrophe au Canada dans les deux prochains mois, affirment des experts consultés par Le Devoir.

C'est que la mission humanitaire en Haïti, qui déploie 2000 soldats, survient au moment où l'armée mobilise 4500 militaires pour assurer la sécurité des Jeux olympiques de Vancouver, qui commencent à la mi-février. Il faut ajouter à cela les 2850 soldats qui participent à la mission en Afghanistan et les 2000 autres qui s'entraînent intensément en vue d'un déploiement à Kandahar dans les prochains mois.

Même si la marine donne un bon coup de main dans la mission haïtienne, reste qu'une grosse partie de la pression est mise sur les soldats et le quartier général de l'armée de terre. «On en demande beaucoup à notre armée présentement. Les ressources sont tendues au maximum, comme un élastique», affirme Gaston Côté, brigadier général à la retraite et vice-président de la Conférence des associations de la défense, basée à Ottawa.

Même son de cloche du côté du lieutenant-colonel à la retraite Rémi Landry, devenu expert militaire au sein du Groupe d'étude et de recherche sur la sécurité internationale de l'Université de Montréal. Il rappelle que les 20 000 soldats permanents de l'armée de terre ne peuvent pas tous être déployés, puisque plusieurs sont des employés de bureau, des analystes ou du personnel de quartier général. Lorsqu'on ajoute les blessés et les formateurs pour les recrues, il en reste beaucoup moins pour les missions, dit-il. «C'est énorme, l'effort actuel. On est au max du max.»

Les deux analystes estiment d'ailleurs que le commandement des Forces canadiennes a voulu envoyer un message clair en affirmant dès le départ que la mission en Haïti sera de courte durée, soit entre 30 et 60 jours. «Le Canada ne peut tout simplement pas faire plus, dit Rémi Landry. On n'est pas là à long terme.» Il ajoute: «Je pense que ça arrange le Canada que nos soldats soient déployés à Jacmel et Léogâne, deux endroits moins touchés que Port-au-Prince. Dans la capitale, il y aurait eu des pressions pour qu'on reste plus longtemps.»


Impact au Canada

Avec de gros déploiements simultanés en Afghanistan, à Haïti et aux Olympiques, quelle est la capacité de réponse de l'armée à une catastrophe au Canada, que ce soit une inondation majeure ou une autre crise du verglas? Les deux experts affirment que les Forces canadiennes pourraient répondre à la demande, mais avec peine.

«Ce serait un casse-tête incroyable, car les Forces opèrent à la limite présentement, dit Gaston Côté. On serait capable d'agir, mais le temps de réponse serait plus lent, donc moins efficace.»

Un ajustement de taille serait nécessaire, affirme Rémi Landry. «Il faudrait certainement changer des priorités. Par exemple, il faudrait peut-être fermer les écoles militaires et envoyer tout le monde sur le terrain. Ou encore arrêter temporairement l'entraînement des soldats qui vont partir en Afghanistan», dit-il, avant d'ajouter: «L'ampleur de l'intervention militaire au Canada serait probablement moindre en raison des déploiements à l'étranger.»

Toutes ces missions d'importance ont aussi un effet sur la formation des recrues, puisque les officiers d'expérience sont occupés sur le terrain et ne peuvent pas transmettre leur savoir, notamment ceux qui sont de retour d'Afghanistan.
1 commentaire
  • jacques noel - Inscrit 22 janvier 2010 10 h 21

    A quel prix?

    On charge présentement dans le port de Québec les camions et grattes, à bord d'un bateau polonais (nos frégates et nos sous-marins sont inutiles....) qu'on va envoyer en République Dominicaine. De là, on va transporter le matériel overland parce que les ports haitiens sont inaccessible. Ensuite on va tout retourner au Québec.
    Avez-vous idée du cout du transport?
    Pourquoi ne pas acheter des camions en République dominicaine et les laisser ensuite aux Haitiens après la mission?