À la défense de Droits et Démocratie

Les anciens présidents de Droits et Démocratie demandent au gouvernement Harper de prendre au sérieux la crise qui secoue l'organisme. De plus, le Parti libéral du Canada souhaite que le gouvernement nomme un administrateur indépendant pour éclaircir la situation.

Dans une lettre envoyée au premier ministre Stephen Harper et dont Le Devoir a obtenu copie, les quatre anciens présidents de Droits et Démocratie affirment qu'une enquête indépendante est nécessaire, surtout depuis la mort du président de l'organisme, Rémy Beauregard, décédé la semaine dernière. «Cette enquête devrait porter une attention particulière au rôle et aux agissements du conseil d'administration», écrivent Ed Broadbent, Warren Allmand, Jean-Louis Roy et Jean-Paul Hubert.

Ils ajoutent: «Compte tenu des informations qui nous sont parvenues relativement aux circonstances qui ont entouré le décès de monsieur Beauregard, nous croyons que le comportement de certains membres du conseil d'administration soulève de sérieuses interrogations qui méritent l'attention du gouvernement.» Selon eux, il pourrait s'agir d'une «atteinte à l'indépendance et à l'intégrité de l'institution».

Comme l'a révélé Le Devoir mardi, les 47 employés de Droits et Démocratie ont signé une lettre pour exiger la démission de trois membres du conseil d'administration de l'organisme, dont le président du CA, Aurel Braun. Dans une lettre publiée hier dans Le Devoir, les employés précisaient avoir «perdu confiance» en ces administrateurs en raison de leurs agissements. On leur reproche notamment d'avoir usé de harcèlement psychologique contre certains employés et d'avoir exercé une pression injustifiée sur Rémy Beauregard, le président de Droits et Démocratie, décédé d'une crise cardiaque.

Crise d'identité

Cette crise de confiance est doublée d'une crise d'identité au sein de l'organisme, qui fait du développement international depuis sa création par le Parlement, en 1988. Vendredi dernier, deux membres du CA ont démissionné pour protester contre le virage idéologique que certains membres du CA, dont le président Braun, veulent imposer à l'organisme. Sept des treize membres sont pour l'idéologie plus à droite que le gouvernement Harper souhaiterait imposer à l'organisme, alors que six autres membres (dont les deux démissionnaires) voulaient préserver l'autonomie de Droits et Démocratie.

«Nous devons aller au fond de ce qui se passe à Droits et Démocratie, a déclaré hier Michael Ignatieff. Quelque chose de très grave se passe lorsque l'ensemble du personnel d'une organisation réputée est en révolte ouverte.»

Le gouvernement fédéral n'a pas d'autorité directe sur Droits et Démocratie. C'est le conseil d'administration qui décide de ses orientations. Par contre, le gouvernement nomme 10 des 13 membres du CA. Tous ont été nommés par le Parti conservateur dans les dernières années.

Le chef adjoint du NPD, Thomas Mulcair, juge la crise actuelle «très préoccupante». Même son de cloche au Bloc québécois. «Le gouvernement tente de noyauter le CA pour mettre Droits et Démocratie au pas. C'est déplorable», dit le député Pierre Paquette. Au ministère des Affaires étrangères, on affirme depuis quelques jours que Droits et Démocratie est un organisme «non partisan» et que le CA est souverain.
3 commentaires
  • Martin Dufresne - Abonné 14 janvier 2010 01 h 05

    Est-ce la Reichskristallnacht de Stephen Harper?

    Après Alternatives et KAIROS dont le budget a subi les foudres d'un Parti conservateur, voici que Droits et Démocratie, un des organismes les plus respectés à Ottawa, se voit détourné de son mandat par les nominations partisanes signées Stephen Harper.
    Assistins-nous à une nouvelle Nuit de Cristal où le régime dévoile ses couleurs en détruisant tous les organismes internationaux susceptibles de désigner ce que ce gouvernement a fait de l'aide internationale canadienne, de plus en plus dévolue à la guerre contre l'Afghanistan?
    Bien commode un Parlement fermé pour éviter toute question sur le détournement du budget de l'ACDI...

  • Eric Allard - Inscrit 14 janvier 2010 12 h 26

    Plus facile de japper que d'agir!

    Je me répète, les principaux responsables du fiasco politique et démocratique présent sont les partis d'opposition, incapables de défaire ce gouvernement minoritaire.

    Comme nous l'a enseigné M. Dion, il est plus facile de japper que de mordre.

  • Richard Larouche - Inscrit 14 janvier 2010 13 h 11

    @ Eric Allard

    Les responsables, ce sont d'abord les conservateurs pour leurs dérives idéologiques et les libéraux (et particulièrement leur chef) pour avoir rejeté la proposition de coalition avec le NPD.

    Quant au bloc québécois et aux autres partis, ils n'ont rien à se reprocher sur cet enjeu.