Duceppe veut relancer le discours souverainiste

Gilles Duceppe va s’inspirer des chantiers de réflexion déjà lancés par le Bloc dans le passé pour ressasser tout le discours du parti.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gilles Duceppe va s’inspirer des chantiers de réflexion déjà lancés par le Bloc dans le passé pour ressasser tout le discours du parti.

Ottawa — En 2010, le mouvement souverainiste soulignera le 30e anniversaire du premier référendum pour l'indépendance du Québec, le 20e de l'échec de l'accord du lac Meech sur le renouvellement du fédéralisme canadien, le 20e anniversaire aussi de l'élection de Gilles Duceppe à la Chambre des communes, et le 15e anniversaire du second référendum sur la séparation. Entendant exploiter cette convergence historique, le chef du Bloc québécois lancera une série de chantiers de réflexion pour faire avancer la cause souverainiste.

En entrevue avec Le Devoir cette semaine, le chef du Bloc québécois a indiqué qu'il voulait multiplier les activités au cours de la prochaine année pour faire la promotion de la souveraineté. Selon lui, le débat qui couve au Québec sur le statut de la langue française (avec l'invalidation par la Cour suprême de la loi 104 sur l'accès à l'école anglaise) et le traitement — inéquitable à son avis — réservé au Québec dans la lutte contre les changements climatiques créent une situation propice.

«Ça nous amène à la nécessité de choisir. Il est temps qu'on prenne une décision», dit-il. Selon lui, le temps est parfait pour commencer un exercice qui se prolongera dans le temps. Il ne s'inquiète donc pas du fait que le gouvernement libéral de Jean Charest vient à peine d'obtenir une majorité à Québec. «En 1987, ce n'était pas particulièrement le nirvana de la souveraineté», rappelle-t-il. Robert Bourassa avait relancé le débat sur la langue et Brian Mulroney, celui sur la Constitution. «Et on sait où tout cela nous a amenés. Il y a des décennies qui ne valent pas une journée et il y a des heures qui valent une décennie.»

M. Duceppe ne veut pas encore révéler la teneur de la programmation de 2010. Il annonce toutefois que des colloques seront organisés, des «moments de réflexion». Il dit aussi qu'il s'inspirera des chantiers de réflexion déjà lancés par le Bloc dans le passé pour ressasser tout le discours. «On va refaire cet exercice.»


Attention! Gouvernement dangereux!

Invité à faire le bilan des cinq dernières années passées en contexte minoritaire à Ottawa, Gilles Duceppe refuse de qualifier la performance du Parlement, rappelant que la situation minoritaire a été la norme plus que l'exception dans les années 1960. Il n'en concède pas moins que «l'ambiance est différente».

«Ce gouvernement-là est dangereux pour la démocratie, avec la mentalité qu'il crée.» Le chef bloquiste en a contre l'intimidation qu'exercent les conservateurs pour forcer les partis d'opposition à appuyer leurs projets de loi. «Toutes leurs lois mal faites sur le crime, je trouve cela pénible. Le NPD et les libéraux nous disent qu'ils sont souvent d'accord avec nous, mais expliquent que, s'ils votent contre les lois, ils se feront décrire comme des pédophiles. Alors ils votent pour. [...] C'est de l'intimidation et c'est mauvais pour la qualité de notre débat démocratique.»

Quant à la coalition de l'opposition qui n'a finalement pas vu le jour, il se dit déçu, mais pas surpris. «Michael Ignatieff a commis une grave erreur, je crois. C'est sûr qu'il aurait subi des coups de vent solides [s'il était allé de l'avant], mais quand on est premier ministre, on est peut-être plus à l'aise quand il vente que si on est un chef de l'opposition officielle qui a manqué son coup.»

Le chef bloquiste ne s'inquiète pas des sondages, et encore moins des prétentions du NPD au Québec. «Il faut prendre cela toujours au sérieux, mais la menace orange a fait 3-4 % dans Rivière-du-Loup à l'élection partielle. Alors, la tornade Mulcair devrait se méfier du Cauchon qui sommeille [dans Outremont].»


Pas de successeur en vue

En ce qui concerne son poste de chef, Gilles Duceppe dit y tenir encore. «Je n'ai pas le goût de partir. J'entends certains commentateurs politiques dire que je suis là depuis longtemps, mais ils étaient là à l'époque de Pierre Elliott Trudeau! Je crois en ce que je fais.» Et à ceux qui voient en Pierre Paquette ou en la nouvelle recrue Daniel Paillé des successeurs potentiels, le chef bloquiste répond ceci: «Je ne suis pas dans l'élevage de "Flippers" [une référence à l'attachant dauphin-vedette de la télé]. Je ne suis pas dans cette logique du tout.»

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