Ignatieff sera ferme sur la question des sables bitumineux

En instaurant des plafonds d’émissions de gaz à effet de serre, le secteur pétrolier aura une croissance plus lente, mais plus prévisible, croit Michael Ignatieff, le chef du Parti libéral du Canada.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie En instaurant des plafonds d’émissions de gaz à effet de serre, le secteur pétrolier aura une croissance plus lente, mais plus prévisible, croit Michael Ignatieff, le chef du Parti libéral du Canada.

Ottawa — Le chef libéral Michael Ignatieff n'a pas l'intention d'accorder de passe-droit à l'industrie des sables bitumineux de l'ouest du pays. Il promet de mettre en place un plan de réduction des gaz à effet de serre (GES) «pancanadien» traitant chaque industrie équitablement.

S'il dit ne pas vouloir stopper la croissance de cette industrie de l'Alberta et de la Saskatchewan, il reconnaît que des plafonds absolus d'émission de GES ralentiront cette croissance. Et il n'y voit aucun problème.

La nouvelle a fait beaucoup jaser cette semaine, à Ottawa comme à Copenhague, où se déroule la conférence internationale sur le réchauffement climatique. Les journalistes ont mis la main sur un document du ministre de l'Environnement, Jim Prentice, indiquant que l'effort de réduction de GES exigé de l'industrie du pétrole et des sables bitumineux d'ici 2020 pourrait être réduit des deux tiers. De plus, les nouveaux joueurs qui s'ajouteraient bénéficieraient de crédits d'émission gratuits.

Qu'en pense le chef libéral et aspirant premier ministre? «Je ne suis pas d'accord [avec cette position], affirme Michael Ignatieff au cours d'une entrevue accordée hier au Devoir. Il ne faut pas faire des exceptions pour les sables bitumineux. Un plan canadien veut justement dire ça. Il faut que ce soit bien équilibré. Le Québec ne doit pas payer pour son avance. L'Alberta et les endroits qui produisent beaucoup d'énergie doivent collaborer.» À propos des crédits gratuits, il répond: «Je ne suis pas pour les crédits gratuits, je préfère un système de vente de crédits.»

Selon M. Ignatieff, «il faut trouver des limites qui sont absolues, mais aussi raisonnables, et par là, j'entends qui ne causent pas la cessation totale de l'activité économique et des investissements». Toutefois, ajoute-t-il, cela ne veut pas dire abdiquer ses responsabilités parce que ce moteur économique est en pleine expansion. Or l'Association canadienne des produits du pétrole prédit justement que la production de ses membres passera de 1,4 million de barils par jour à l'heure actuelle à 3,3 millions en 2025. Une augmentation de 136 %. Imposer aujourd'hui des plafonds d'émission absolus à une industrie appelée à voir son activité plus que doubler nécessiterait soit des réductions de GES radicales pour chaque joueur, soit un arrêt de la croissance prévue.

Michael Ignatieff n'a pas peur. «Il faut trouver des cibles qui permettent le développement de ce secteur, mais de façon raisonnable. Il ne faut pas anticiper une croissance déchaînée», croit-il. Mimant une montagne russe, il rappelle que l'économie albertaine ne cesse de fluctuer à cause de l'imprévisibilité du secteur pétrolier, qu'il juge néfaste. Il croit donc qu'en instaurant des plafonds d'émissions, le secteur aura une croissance peut-être plus lente, mais plus prévisible.


Bilan positif, mais pas d'élection

Malgré le renversement raté du gouvernement de Stephen Harper en octobre, la bisbille dans Outremont et le départ de Denis Coderre, Michael Ignatieff dresse un bilan positif de sa première année à la tête du Parti libéral du Canada. «J'ai beaucoup appris; c'était une année d'apprentissage, avec de grandes décisions difficiles sur la coalition d'abord, sur le budget ensuite, sur la question de maintenir ou non le gouvernement ou le projet de loi sur la taxe de vente harmonisée. On a maintenu l'unité du parti, on a rebâti les finances du parti, on a triplé le nombre de membres.»

Il dit avoir appris «que les Canadiens ne veulent pas d'une élection» et n'en voudront pas aussi longtemps que la récession leur pendra au bout du nez, récession qui «va durer en 2010», à son avis. «Dès que les gens sentiront qu'il y a une solution de remplacement claire à M. Harper, je crois qu'à ce moment-là je serai prêt pour des élections. Pour le moment, je suis en train de former, de créer cette solution de remplacement. Je crois que M. Harper a atteint son seuil d'admissibilité et que maintenant les gens cherchent cette solution de rechange.»

M. Ignatieff dit vouloir profiter de la grande conférence de réflexion prévue pour mars à Montréal afin de bonifier le programme électoral libéral. «Je veux ouvrir la fenêtre, dit-il, pour faire entrer de l'air frais.» Il veut notamment que les conférenciers se penchent sur la restructuration de l'économie et le rôle du Canada dans le monde. «Nous avons tout ce qu'il faut pour une plateforme s'il y a une élection, assure-t-il, mais ce que j'aimerais faire, c'est quelque chose de plus ambitieux.»


Afghanistan

Sur la question du traitement réservé aux prisonniers afghans par le Canada, enfin, Michael Ignatieff s'engage à tenir l'enquête publique qu'il réclame du gouvernement Harper si lui-même accède un jour au pouvoir. «On est prêts à faire une enquête sur la conduite des Forces canadiennes et sur toute la politique des détenus depuis le début de la mission, en 2002 si nécessaire; ça veut dire une enquête sur la conduite du gouvernement libéral. [...] Il en va de l'avenir des Forces canadiennes. Nous participerons à d'autres missions. Il faut régler ce problème lié aux détenus une fois pour toutes.»

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