Rapport sur le plan de relance - N'importe où sauf à Ottawa

Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper a poussé à l'extrême sa stratégie d'annoncer les initiatives de son gouvernement le plus loin possible de l'enceinte parlementaire. Cette fois, il s'est rendu de l'autre côté du globe pour faire rapport au Parlement sur l'état d'avancement du plan de relance économique.

C'est en effet en Chine, où il a atterri hier, que Stephen Harper a présenté le quatrième et dernier rapport d'étape sur le plan d'action économique de son gouvernement. Son ministre des Finances, Jim Flaherty, s'est envolé d'Ottawa pour répéter l'exercice... à Winnipeg.

«Le gouvernement peut-il nous dire combien il en a coûté de faire voyager le ministre des Finances à Winnipeg pour dévoiler un rapport secrètement déposé la veille et que le premier ministre a annoncé alors qu'il volait à 30 000 pieds au-dessus de la Sibérie? a demandé en Chambre le député libéral John McCallum. Doit-on voir ici un appui du premier ministre à un type de reddition des comptes à la sibérienne?»

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, pense au sujet de Stephen Harper que «c'est dans ses habitudes de mépriser non seulement le Parlement mais aussi les représentants de la presse». Les journalistes à Ottawa ont reçu un courriel à 22h mardi soir leur enjoignant de téléphoner au ministère des Finances pour obtenir les détails de l'annonce.

Le chef du NPD, Jack Layton, en a aussi fait ses choux gras. «Le premier ministre a dévoilé sa plateforme économique dans le ciel de Sibérie, le plus loin qu'il pouvait aller des Canadiens et de la Chambre des communes. Leur refrain disant que leur plan est mis en ¶uvre est démenti par les leaders municipaux qui affirment que l'argent n'arrive pas jusqu'à eux. Où sont l'obligation de rendre des comptes et la vérité?»

On apprend dans le rapport que ce sont maintenant 97 % des fonds promis dans le dernier budget qui ont été «engagés». Cela se traduit, affirme Ottawa, par 12 000 projets. De ce nombre, 8000 auraient commencé. Par «commencé», Ottawa entend tout projet pour lequel au minimum un appel d'offres a été lancé. Le travail n'a pas besoin d'avoir débuté.

Les partis d'opposition doutent de ce chiffre. Une liste de projets approuvés leur ayant été soumise à la fin de septembre démontrait qu'à peine 7 % d'entre eux avaient débuté.

Par ailleurs, Ottawa ne sait pas avec précision combien d'emplois son programme d'investissement dans les infrastructures permet de créer ou de préserver. Le ministre Flaherty a seulement parlé de 220 000 emplois au total, incluant 50 000 emplois préservés dans l'industrie automobile. Il dit penser que la grande majorité des 170 000 emplois restants sont liés à l'infrastructure.

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Avec La Presse canadienne