Spermophiles à la rescousse!

Ottawa — L'ancien chef du Parti réformiste Preston Manning a fait de la refonte du système parlementaire canadien la pièce maîtresse de son action politique. Pour lui, la solution au désintérêt politique passe par l'expulsion des caméras de télévision de la Chambre des communes et davantage de votes libres.

«L'image la plus fréquente que nous avons de notre Parlement à la télévision est la période de questions, ce moment le moins séduisant de notre activité parlementaire, explique-t-il au cours d'une longue entrevue avec Le Devoir. Aux États-Unis, l'image qu'on a est celle des commissions du Congrès, où on peut entendre de brillants témoins et voir des élus se comporter dignement. Ils montrent le meilleur de leur vie politique, nous montrons le pire.»

Selon lui, impossible de dissocier le problème politique du problème médiatique. Il aimerait bien expulser pendant un an les caméras de la période de questions pour qu'elles s'intéressent à autre chose.

Preston Manning aimerait donner davantage de liberté aux députés lors des votes afin de réduire les tensions partisanes. «En obligeant les députés à suivre la ligne de parti sur presque tout, cela rend caducs les débats à la Chambre des communes, fait-il remarquer. On assiste à une suite de soliloques, les députés ne pouvant pas adapter leur discours pour répondre, voire prendre en considération les arguments de leur adversaire.» D'ailleurs, il n'est pas rare que les partis politiques fournissent à leurs députés un canevas de discours pour un projet de loi donné auquel ils n'ajoutent que quelques notes personnelles. Les discours prononcés à la Chambre sont si similaires que plus personne ne se donne la peine d'aller les écouter.

Les rongeurs comme exemple

Preston Manning aime bien raconter l'anecdote des spermophiles. Le député conservateur Leon Benoit tentait en 2001 de ramener à 5 % le niveau de poison dans les pesticides contre les spermophiles. Le gouvernement fédéral l'avait ramené à 3 %, au grand dam des agriculteurs qui ne trouvaient plus le produit aussi efficace.

«C'était un des derniers votes auxquels j'ai participé», se rappelle M. Manning. Les députés venaient de voter des crédits gouvernementaux de six milliards de dollars. Tels des automates, les élus du gouvernement avaient appuyé les crédits, ceux de l'opposition s'y étaient opposés, raconte-t-il. Puis, le vote sur la motion de Leon Benoit arrive.

«Leon avait contacté toutes sortes de députés représentant des régions rurales: des libéraux, des bloquistes, des néodémocrates, des francophones et des anglophones, des fédéralistes et des souverainistes. Finalement, la motion a été adoptée à 134 contre 123, ce qui est très rare pour une motion de l'opposition en situation de gouvernement majoritaire. Les gens lançaient des papiers dans les airs pour célébrer!»

Selon lui, c'est ainsi que le Parlement devrait fonctionner. À part les questions engageant véritablement la confiance du gouvernement, les élus devraient être libres de tisser des alliances ponctuelles pour refléter les intérêts de leurs électeurs. «J'ai voté pour la motion, mais on sait qu'il y a un problème quand une telle motion intéresse plus les élus qu'un vote sur des dépenses de six milliards de dollars!»
1 commentaire
  • Geoffroi - Inscrit 14 novembre 2009 00 h 53

    République !

    Vive la république