Le Canada veut remplacer ses CF-18: une facture de quatre milliards au bas mot

Remplacer la flotte de CF-18 représentera l'une des plus importantes dépenses des Forces armées canadiennes dans les prochaines années
Photo: Défense nationale Remplacer la flotte de CF-18 représentera l'une des plus importantes dépenses des Forces armées canadiennes dans les prochaines années

Les Forces canadiennes accélèrent les préparatifs pour remplacer leur flotte d'avions de chasse CF-18. Et la facture sera salée. Selon les informations obtenues par Le Devoir, les analystes du ministère de la Défense estiment que le gouvernement devra débourser un minimum de 4 milliards de dollars pour acheter 65 nouveaux avions de combat.

La Force aérienne a récemment mis en place une équipe chargée d'analyser les options qui s'offrent à l'armée pour remplacer ses CF-18 vieillissants. Le Bureau de la capacité de la nouvelle génération de chasseurs (le nom officiel de l'équipe) a déjà contacté certains gouvernements étrangers et plusieurs entreprises pour tâter le pouls du marché.

Les Forces canadiennes ont actuellement 80 chasseurs CF-18. Ces avions terminent une mise à niveau de 1,7 milliard de dollars qui leur permettra d'étirer leur vie utile jusqu'en 2017.

Pour les remplacer, les Forces canadiennes souhaitent acheter 65 appareils. Selon un document d'information rédigé le 25 septembre 2008 par la Force aérienne, Ottawa devrait lancer le processus d'acquisition dans les prochains mois s'il veut être en mesure d'acheter les nouveaux avions à temps.

Ainsi, selon les analystes militaires, les négociations avec un manufacturier devraient commencer en 2010 ou au plus tard en 2011, question de pouvoir signer un contrat en 2012. Le premier avion serait alors livré 36 mois plus tard, c'est-à-dire en 2015. L'entraînement des pilotes et la livraison de quelques avions permettront ensuite d'avoir une capacité opérationnelle en 2017, au moment où les premiers CF-18 seront retirés.

Remplacer la flotte des avions de combat sera l'une des plus importantes dépenses des Forces canadiennes au cours des 20 prochaines années. Les analyses du ministère de la Défense font état d'une facture minimale de 4 milliards de dollars pour 65 nouveaux appareils. Deux autres options à l'étude pourraient faire grimper la facture à 6,5 milliards ou même 8 milliards de dollars.

Des chiffres qui excluent l'entretien des avions sur une période de 20 ans. Très coûteux, l'entretien et les pièces de rechange feront gonfler la facture d'environ 50 % (il est impossible de connaître le chiffre précis avant le choix de l'appareil).

Interrogées sur les coûts, les Forces canadiennes ont préféré ne pas commenter. «Étant donné que le ministère de la Défense n'a toujours pas présenté le projet d'acquisition de la nouvelle génération de chasseurs au gouvernement, il serait prématuré d'aborder l'analyse et le processus», explique Lianne Lebel, officier d'affaires publiques à la Défense.

Trois manufacturiers en lice

Selon nos informations, trois entreprises peuvent espérer remporter ce lucratif contrat: les américaines Lockheed Martin et Boeing, ainsi que l'européenne EADS.

Jusqu'à tout récemment, le consortium dirigé par Lockheed Martin — et son appareil Joint Strike Fighter F-35 — était largement favori, puisque le gouvernement canadien participe depuis 1997 au perfectionnement de cet avion, en collaboration avec d'autres pays (États-Unis, Grande-Bretagne, Australie, etc.).

Depuis 1997, Ottawa a injecté 710 millions de dollars dans le projet, selon les derniers chiffres du ministère de la Défense. Le budget total de mise au point du F-35 (assumé en grande partie par les États-Unis) est de 280 milliards $US.

Au ministère de la Défense, on assure que ce partenariat a été conclu avec un objectif strictement commercial, afin de permettre aux industries canadiennes d'obtenir des contrats lorsque le F-35 sera en production. «La participation du Canada au programme n'oblige pas le ministère de la Défense à acquérir des avions de combat», affirme Lianne Lebel.

N'empêche, le F-35 avait une longueur d'avance jusqu'à récemment, mais la date de production a été repoussée. Depuis, c'est un casse-tête pour Ottawa. Au moment où les Forces canadiennes souhaitent signer le contrat d'achat, vers 2012, le F-35 en sera à ses débuts, ce qui augmente les risques de défectuosité. Or l'armée déteste acheter ce qu'elle nomme des «avions de papier», soit des appareils qui n'ont jamais été mis à l'épreuve. La production en série du F-35 devrait débuter entre 2012 et 2014.

De plus, on prévoit que le coût unitaire du F-35 oscillera entre 80 et 100 millions de dollars. Pour 65 chasseurs, on parle donc d'une facture de plus de 6 milliards pour le gouvernement canadien.

Autre faiblesse: l'avion n'a qu'un seul moteur. Lorsque les Forces canadiennes ont choisi le CF-18 dans les années 80, le fait de posséder deux moteurs avait joué en sa faveur dans un pays aux grands espaces comme le Canada. Aucun porte-parole du projet JSF n'a rappelé Le Devoir à ce sujet.

Au sein de l'appareil militaire, certains voudraient que le contrat soit accordé sans appel d'offres au consortium piloté par Lockheed Martin, puisque le Canada est déjà partenaire du projet et que procéder ainsi réduirait les délais. La porte-parole des Forces canadiennes affirme toutefois qu'il est trop tôt pour parler de l'octroi du contrat. «À ce jour, aucune décision n'a été prise par le gouvernement du Canada quant au type d'appareil qui sera choisi, ni quant au processus d'acquisition», dit Lianne Lebel.

Boeing souhaite un véritable appel d'offres

L'entreprise américaine Boeing souhaite au contraire que le gouvernement lance un véritable appel d'offres pour ce contrat. «On souhaite une compétition ouverte parce que c'est toujours à l'avantage des contribuables. Et on pense qu'on a une bonne solution pour le Canada», explique au Devoir Mark Kronenberg, vice-président au développement international chez Boeing Integrated Defense Systems.

Boeing offre une nouvelle version du F-18 acheté par le Canada au début des années 80: le Super Hornet. L'avion, 30 % plus gros que l'actuel CF-18, renferme un système électronique à la fine pointe de la technologie, notamment avec un radar très performant. Le Super Hornet a deux moteurs.

Le Super Hornet est en production depuis 1999. La US Navy a acheté 400 Super Hornet, alors que l'Australie en a acquis 24. «Notre avion a été testé, il est fiable et on sait ce qu'il peut donner. Il est déjà en production, alors on peut le vendre moins cher», dit Mark Kronenberg. Boeing estime que le prix unitaire pour le Canada oscillerait entre 55 et 70 millions de dollars. Pour obtenir 65 chasseurs, il en coûterait donc environ 4 milliards de dollars.

Le troisième concurrent en lice est le consortium européen EADS-BAE System, qui produit l'Eurofighter Typhoon, un chasseur à deux moteurs déjà en production. La Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne ont acquis le Typhoon dans les dernières années.

Ces pays ont toutefois reconsidéré des commandes dernièrement, puisque l'appareil se vend près de 120 millions de dollars, selon le ministère de la Défense de la Grande-Bretagne. À ce prix, le Canada devrait débourser près de 8 milliards de dollars pour acquérir 65 chasseurs.

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