Fonds de l'infrastructure - Deux pancartes par projet, aux frais de la Ville

Le ministre John Baird
Photo: - Le Devoir Le ministre John Baird

Ottawa — Deux pancartes par projet, et le tout aux frais du «bénéficiaire»: le gouvernement conservateur impose aux municipalités la responsabilité d'installer et de payer pour les pancartes géantes vantant le plan d'action économique du Canada, révèle un document officiel.

Les libéraux ont en effet mis en lumière hier le fait que tous les investissements du Fonds de stimulation de l'infrastructure (la pierre angulaire du plan de relance) faits en Ontario sont assujettis à des directives de signalisation très précises.

Selon le site Internet de Financement de l'infrastructure Canada-Ontario, les municipalités doivent ainsi «produire et installer des panneaux reconnaissant le financement consenti par les gouvernements du Canada et de l'Ontario» pour tout projet financé.

Une «stratégie signalétique» établit ensuite que deux grandes pancartes doivent être installées pour signaler chaque projet. Des photos des pancartes doivent être envoyées au gouvernement pour prouver le respect des normes, indique-t-on.

Les directives sont claires: un panneau fédéral et un autre provincial doivent être produits et installés pour chaque projet, dans un endroit visible (on prévoit même une stratégie si le projet se «déroule essentiellement sous terre»); si un panneau a déjà été produit, de nouvelles affiches doivent néanmoins être installées; les coûts d'installation sont assumés par la municipalité faisant partie du partenariat, payés à même l'enveloppe octroyée. Finalement, l'affichage doit demeurer en place au moins 90 jours après la fin des travaux.

Ailleurs, on peut lire que les coûts estimés de production de chacune des pancartes exigées oscillent entre 2250 $ et 4250 $. Ces chiffres confirment les informations publiées mardi dans Le Devoir: on y révélait que 2500 pancartes ont été installées au Canada, que 4000 autres ont été commandées et que chacune d'entre elles coûte entre 800 $ et 7000 $. La facture totale pourrait donc atteindre 45 millions, chiffre qui a été repris par le NPD et le PLC hier.

Selon les libéraux, cette façon de procéder est partout la même au Canada, mais l'entente-cadre sur l'infrastructure signée entre Québec et Ottawa n'est toutefois pas explicite à ce sujet. «C'est un dédoublement honteux,» estime le député Marcel Proulx. Le doigt sur une photo présentant deux affiches côte à côte en bordure d'un projet (l'une partagée par l'Ontario et la Ville d'Ottawa, l'autre occupée seule par le gouvernement fédéral), M. Proulx juge «que le gouvernement aurait facilement pu faire installer son logo sur la même pancarte que la province et la Ville.»

Son collègue Ralph Goodale a ironisé sur le fait que «le Canada veut sa propre pancarte, séparée des autres partenaires qui subventionnent le projet. Le gouvernement ne peut supporter de coopérer et il double les coûts de signalisation.» M. Goodale estime que les «45 millions auraient pu servir à acheter beaucoup plus de vaccins pour la grippe» H1N1.

Le chef adjoint du NPD, Thomas Mulcair, a joint sa voix à celle des libéraux pour dénoncer le «culot monstre» des conservateurs. «Ils refilent la facture de leurs pancartes hautement partisanes des dépenses d'infrastructure aux provinces et aux municipalités qui n'ont pas assez d'argent pour les services directs à la population, mais qui sont censées trouver de l'argent pour faire la promotion du gouvernement», a-t-il dit.

M. Mulcair a souligné que le ministre John Baird, responsable des infrastructures, n'a jamais cherché à nier que la facture globale de cette campagne d'affichage coûtera «plusieurs dizaines de millions».

En Chambre, M. Baird a répliqué que le gouvernement a «la responsabilité d'être imputable et transparent dans ses investissements. C'est la raison pour laquelle c'est obligatoire pour nous d'être sûrs que tous les Canadiens sont au courant de nos investissements».

Livraison express

Par ailleurs, Le Devoir a appris hier qu'une compagnie culturelle de Montréal a reçu au surlendemain de la tenue d'une conférence de presse annonçant ses travaux d'agrandissement un colis pour le moins inhabituel: un panneau de 4 pieds sur 8 pieds, livré par courrier express à la porte de l'établissement. Une fois déballé, le panneau s'est révélé être l'une des affiches du plan d'action du Canada, déjà prête à l'emploi.

«Ça n'a pas pris 48 heures après l'annonce que nous avions déjà reçu la pancarte, de très belle qualité, et le kit d'installation en métal», confie une source, qui s'étonne d'une aussi grande rapidité, alors que le «protocole d'entente n'est pas encore signé...»

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