Des blindés deux fois plus cher, qui ne servent toujours pas

Un projet d'acquisition militaire de 118 millions de dollars n'a pas été mené selon les règles par le ministère de la Défense. La mauvaise planification a causé un retard dans la livraison des véhicules terrestres destinés à l'Afghanistan et a fait doubler le coût d'achat, selon le plus récent rapport de la vérificatrice générale, Sheila Fraser.

Le rapport dévoilé hier par Mme Fraser montre du doigt un projet d'acquisition qui a été mal planifié et n'a pas suivi les règles. Il s'agit de la modification de 33 véhicules blindés légers (VBL) pour offrir un système d'arme télécommandé (SAT). Le SAT, qui remplace la tourelle dont sont munis les VBL traditionnels, allège le véhicule de plusieurs milliers de livres, ce qui permet de renforcer le blindage contre les explosifs des insurgés. Le VBL est un véhicule de transport de troupe muni d'un canon.

Le projet des VBL SAT a été approuvé par le gouvernement en octobre 2006 au coût de

55 millions de dollars. À ce jour, aucun n'a encore été envoyé en Afghanistan, malgré l'urgence évoquée par les Forces canadiennes. Les premiers véhicules devraient arriver sur le champ de bataille plus tard en 2009, selon la Défense.

Moins de véhicules

De plus, le coût du projet a doublé en cours de route, passant de 55 à 118 millions de dollars. «Le projet d'achat du véhicule blindé léger muni d'un système d'armes télécommandé accuse un retard de près de deux ans par rapport au calendrier prévu et coûtera au moins le double de ce qu'on avait d'abord annoncé au gouvernement», écrit la vérificatrice générale.

Non seulement la modification des VBL est plus complexe que prévu, mais le ministère n'a pas tenu compte des besoins à l'entraînement des soldats. «Le ministère a omis de prévoir l'achat de véhicules destinés à l'entraînement. De ce fait, le nombre de véhicules disponibles pour les opérations s'en est trouvé grandement diminué», peut-on lire dans le rapport. Résultat: seulement 18 des 33 chars vont se retrouver en Afghanistan.

Le rapport relève que le projet a été mené sans jamais fournir les documents pertinents au Conseil du trésor, notamment le «Profil de projet et évaluation des risques», un document essentiel. Lorsque le Conseil du trésor a reçu une demande de fonds supplémentaires pour ce projet, il a «omis de demander à la Défense s'il croyait toujours que ce projet constituait la meilleure option pour livrer les capacités requises, de même que s'il le considérait toujours comme urgent», peut-on lire.

Sheila Fraser ajoute: «Le projet du VBL SAT constitue un cas où la Défense nationale a omis de fournir toute l'information pertinente au gouvernement pour lui permettre de prendre des décisions éclairées.»

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