Le gouvernement conservateur affiche ses réalisations - L'opposition s'offusque des millions dépensés en autopromotion

Le coût élevé des pancartes installées par le gouvernement pour vanter le plan d'action économique a fait bondir l'opposition hier. Le gouvernement, lui, défend sa stratégie.

Ottawa — «Illégitime», «loufoque», «inadmissible» et «épouvantable»: les partis d'opposition n'ont pas ménagé leur frappe hier pour décrier les coûteuses pancartes que le gouvernement conservateur installe sur le site des projets financés par le plan d'action économique.

Hier, Le Devoir révélait que 2500 grandes pancartes ont été installées un peu partout au Canada, et que 4000 autres ont été commandées. Ces affiches indiquent généralement la teneur des travaux en cours, et font référence au plan de relance du gouvernement.

Or, selon nos informations, chacune de ces pancartes coûte de 800 $ à 7000 $, pour une facture totale oscillant entre 5 millions et 45 millions.

«C'est complètement illégitime, estime Gilles Duceppe. C'est de l'argent des contribuables, c'est inacceptable. Il y a certaines fois où les annonces coûtent plus cher que les réparations», a indiqué le chef bloquiste. Il y a deux semaines, le député libéral Wayne Easter avait révélé qu'une pancarte du plan d'action avait été érigée devant l'édifice de la Gendarmerie royale du Canada, à Charlottetown, alors que l'on n'y remplaçait que des poignées de porte.

Pour le chef adjoint du NPD, Thomas Mulcair, les pancartes sont la «démonstration concluante que le projet de dépense des conservateurs vise d'abord et avant tout des dépenses électoralistes pour des fins politiques et partisanes. [...] Alors que l'on connaît la pire récession et le plus grand déficit de l'histoire canadienne [...], ça n'empêche pas les conservateurs d'utiliser des dizaines de millions de l'argent des contribuables pour faire leur autopromotion.»

Même réaction outrée chez les libéraux. «Indéfendable et épouvantable», a lancé le député David McGuinty, qui calcule maintenant que le gouvernement a dépensé «probablement 100 millions en publicités partisanes» autour du plan d'action économique.

Mais le gouvernement défend la stratégie: selon le ministre Jean-Pierre Blackburn, «ce sont des sommes extrêmement importantes que le gouvernement a investies un peu partout pour faire des travaux» et cela mérite «que les gens puissent voir qu'effectivement, le gouvernement dépense ces sommes-là».

«Il n'y a rien d'irrégulier là, estime M. Blakcburn. Ce sont des choses qui se font, ce n'est pas d'aujourd'hui que les gens affichent les travaux qu'ils font.» Le ministre du Revenu a cité l'exemple du Québec, où le gouvernement affiche fréquemment que «les impôts font du chemin».

Publicité légale

La question a aussi rebondi devant le comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires, qui étudiait hier la politique de communication du gouvernement par rapport au plan d'action économique.

Des représentants du Conseil du Trésor et du Conseil privé ont fait valoir que «la publicité, le site Web et la signalisation relatifs au plan d'action respectent les engagements et les modalités d'application énoncés dans la politique de communication».

Selon Simon Kennedy, fonctionnaire au Conseil privé, les pancartes installées devant les projets ne brisent aucune règle, pour autant que leur contenu soit lié aux investissements et que la grosseur de l'affiche soit cohérente avec le montant de la subvention. Il a précisé que le coût total de la campagne d'affichage serait long à obtenir, chaque ministère gérant au cas par cas ces dépenses.


Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti

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