Changements climatiques - Charest met Harper en garde

Bruxelles — En visite à Bruxelles avec le premier ministre du Manitoba, Gary Doer, le premier ministre québécois Jean Charest a exigé une place pour les provinces et tous les États fédérés lors du prochain sommet international de Copenhague sur les changements climatiques. Dans une conférence réunissant le Québec, la Catalogne, le Manitoba et l'Assemblée des régions d'Europe, qui représente 270 régions européennes, Jean Charest s'est fait le défenseur du rôle des régions et des États fédérés sans lesquels, dit-il, les décisions qui seront prises à Copenhague en décembre 2009 demeureront lettre morte.

«Les États fédérés, les provinces, les régions sont au coeur de tout ce qui se fera sur la réduction des gaz à effets de serre», dit le premier ministre. Joignant le geste à la parole, il réclame une place pour les provinces dans la délégation canadienne à Copenhague et surtout la possibilité pour celles-ci d'influencer directement les négociations. Selon le premier ministre, au Canada, l'application des décisions de la conférence de Copenhague dépendra principalement des provinces. Elles doivent donc être associées à tout le processus.

«Au Canada, le gouvernement fédéral ne peut pas engager les provinces dans leurs domaines de compétences», dit-il. «Quand le Canada arrivera à Copenhague, il devra avoir consulté les provinces pour déterminer une position commune. [...] C'est incontournable!» Jean Charest compare même la concertation qu'il réclame d'Ottawa à celle des 27 pays souverains membres de l'Union européenne qui devront eux aussi s'être «entendus à l'avance sur une position commune».

Jean Charest ne désespère pas de convaincre le ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, qui a déjà accepté une présence des provinces et des territoires dans la délégation canadienne à Copenhague. «Les discussions vont bon train», dit-il. Reste quand même à trouver une façon de concilier des positions aussi radicalement opposées que celles du Québec et de l'Alberta.

Jean Charest s'avance même à proposer un mode de fonctionnement «semblable» à celui qui a été mis en place pour les négociations de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne. Le premier ministre reconnaît cependant que, si les provinces ont été associées à ces négociations, c'est aussi parce que l'Union européenne l'avait exigé, l'ouverture des marchés publics provinciaux étant au coeur de la négociation.

Prenant acte des divergences qui persistent au Canada sur la réduction des gaz à effets de serre, Jean Charest ne serait pas étonné qu'après Copenhague, le Québec «décide d'aller plus loin» que le gouvernement fédéral. D'ailleurs, dit-il, beaucoup de choses ont évolué dans la position canadienne depuis l'élection de Barack Obama.

Avec ses collègues manitobain et catalan, Jean Charest a aussi exigé «une reconnaissance dans le texte de Copenhague du rôle des États fédérés». Il souhaite aussi que le mode d'organisation du sommet permette leur participation. D'ailleurs, dit-il, «on y sera» puisque se tiendra à Copenhague le troisième Sommet des leaders sur les changements climatiques, qui regroupe des représentants des États fédérés, des régions et de grandes corporations. Le premier sommet s'était tenu à Montréal en 2005.

Hier matin, au Crown Plaza de Bruxelles, Jean Charest a été le seul conférencier à prononcer un discours bilingue dans lequel le français et l'anglais étaient à égalité. À l'exception de Gary Doer, qui s'est exprimé en anglais, la représentante de l'Assemblée des régions d'Europe, Michèle Sabban, et le ministre de l'Environnement de la Catalogne, Francesc Baltasar i Albesa, se sont exprimés uniquement en français.

Dans l'après-midi, Jean Charest et Gary Doer ont signé une déclaration d'intention afin d'adhérer au programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Le Québec et le Manitoba sont les deux premiers États fédérés nord-américains à se joindre à ce programme qui soutient des régions de pays en développement dans leurs efforts pour s'adapter aux changements climatiques. D'ici les trois prochaines années, le Québec contribuera au PNUD en offrant des services-conseils pour un montant d'un million de dollars.

Selon le représentant du PNUD en matière d'environnement, Christophe Nuttall, les régions contribuent souvent à «montrer la voie» et à «donner le la» aux États nationaux.

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Correspondant du Devoir à Paris

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