Assurance emploi: l'opposition talonne Harper - «S'ils font quelque chose qui est bon cet automne, c'est mieux que rien.

Stephen Harper, jeudi, à Cambridge
Photo: Agence Reuters Stephen Harper, jeudi, à Cambridge

Ottawa — Au lendemain du discours du premier ministre Stephen Harper sur l'économie et la réalisation de son plan de relance, les partis d'opposition ont talonné le gouvernement sur une réforme de l'assurance emploi, exigeant des modifications dès maintenant et pas seulement à l'automne.

Par ailleurs, le chef libéral Michael Ignatieff, qui a fait d'une réforme de l'assurance emploi un thème important depuis le début du printemps — tout comme le Bloc québécois et le NPD — a annoncé hier qu'il allait faire connaître lundi ses intentions sur un possible renversement du gouvernement.

Le Bloc québécois et le NPD ont soutenu hier être à l'aise avec la tenue d'élections générales à la fin du mois de juillet. Les deux formations évoquent des questions de principe pour voter contre les crédits budgétaires, la semaine prochaine.

Jeudi, à Cambridge (Ontario), Stephen Harper a ouvert la porte à de possibles modifications apportées à l'assurance emploi cet automne, sans toutefois en dévoiler la teneur. «L'assurance emploi n'est pas parfaite», a affirmé le premier ministre, se disant néanmoins convaincu que le système actuel répond «très bien» à la crise économique.

Hier matin, Diane Finley, ministre des Ressources humaines, a laissé entendre qu'une réforme à l'automne était loin d'être assurée. La ministre a affirmé que tout dépendra de la situation de l'emploi à l'automne.

Mais, quelques heures après les déclarations de la ministre, le porte-parole de Stephen Harper, Dimitri Soudas, a tenu à corriger Mme Finley. La promesse de changements à l'automne est bien réelle, a-t-il dit lors d'une entrevue téléphonique donnée à La Presse canadienne. Selon M. Soudas, le gouvernement conservateur s'attend à une augmentation du chômage cet automne, ce qui rendrait nécessaire un programme d'assurance emploi plus généreux.

Le gouvernement refuse toutefois catégoriquement de rendre les prestations d'assurance emploi accessibles à toute personne ayant travaillé 360 heures, une demande répétée de la part des partis d'opposition.

Pourquoi attendre?

Le Parti libéral, le Bloc québécois et le NPD ont sauté sur la confusion entre la ministre et le bureau de Harper pour dénoncer le gouvernement. «On essaie de gagner du temps, a soutenu Christiane Gagnon, députée du Bloc. On attend de voir si la crise va durer, mais en même temps on reconnaît qu'il y a des problèmes à l'assurance emploi. Pourquoi on les règle pas maintenant?»

Le libéral John McCallum, porte-parole de son parti en matière de finances, a dit ne pas comprendre pourquoi le gouvernement veut attendre. «S'ils font quelque chose qui est bon cet automne, c'est mieux que rien. Mais notre préférence irait à des changements avant l'été. Je suis sûr qu'il y aura plus d'emplois perdus au cours de l'été, donc pourquoi attendre?»

M. McCallum a dit douter du «sérieux» du gouvernement. «Peut-être que le gouvernement ne veut pas vraiment faire ces changements.»

Paul Dewar, du NPD, estime que le gouvernement entretient la confusion. «D'un côté, le premier ministre nous dit que le système a besoin de changements, mais dans le même discours il affirme que tout fonctionne très bien.»

En Chambre, la ministre Diane Finley a soutenu que son gouvernement avait déjà apporté plusieurs changements à l'assurance emploi, notamment une prolongation de cinq semaines des prestations. Des sommes ont aussi été débloquées pour faciliter le temps partagé en entreprise, alors que le programme de formation de la main-d'oeuvre a été bonifié. L'admissibilité et le délai de carence n'ont toutefois pas été modifiés.

Depuis le début de la crise économique, l'automne dernier, le Canada a perdu 363 000 emplois. Le taux de chômage est passé de 6,1 % à 8,4 %.

À voir en vidéo