La survie du gouvernement entre les mains d'Ignatieff

Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper a soutenu hier que le plan de relance économique du gouvernement fonctionne bien, que l'argent se rend à bon port et que la récession se stabilise. Le Bloc québécois et le NPD ont qualifié ces propos de «fumisterie». Les municipalités du Québec affirment, de leur côté, que l'argent du fédéral se fait toujours attendre.

Michael Ignatieff, le chef du Parti libéral du Canada (PLC), s'est dit «déçu» du document gouvernemental présenté hier, qui retrace les mesures de mise en oeuvre du dernier budget. Il a dit vouloir l'étudier pendant quelques jours avant de décider s'il assurera la survie du gouvernement Harper la semaine prochaine, lors du vote de confiance sur les crédits budgétaires.

Le Bloc québécois et le NPD ont annoncé hier que les conservateurs ne pourront pas compter sur leurs votes. Une défaite du gouvernement aux Communes signifierait la tenue d'élections à la fin du mois de juillet. Les seules élections estivales de l'Histoire ont eu lieu le 10 juillet 1974 sous le règne de Pierre Elliott Trudeau.

Michael Ignatieff a assuré que l'intérêt des Canadiens sera au coeur de ses préoccupations. «Est-ce que [les contribuables] ont besoin d'une élection maintenant? Je suis en réflexion sur cette question. [...] Est-ce que ça contribue à aider le Canada à sortir de la récession d'avoir une élection maintenant?» a-t-il dit hier après-midi, lors d'un point de presse tenu à Montréal, accusant Gilles Duceppe et Jack Layton de balayer du revers de la main le document sans l'avoir lu.

Lors de son discours, Stephen Harper a affirmé hier que «l'instabilité» d'une élection serait néfaste pour l'économie du pays.

Le premier ministre a toutefois tendu une perche à son adversaire libéral, se disant prêt à étudier de nouvelles modifications au système d'assurance-emploi cet automne. La réforme de l'assurance-emploi est la principale revendication du PLC.

«L'assurance-emploi n'est pas parfaite. On va regarder la possibilité d'effectuer des améliorations cet automne», a affirmé M. Harper, se disant néanmoins convaincu que le système actuel répond «très bien» à la crise économique.

Mais pourquoi pas tout de suite?, ont répliqué le Bloc québécois et le NPD. «Demandez aux chômeurs qui n'ont pas une cent actuellement s'ils sont prêts à attendre à l'automne», a lancé Gilles Duceppe.

80 % des sommes en route?

C'est à Cambridge (Ontario), devant une salle de partisans conservateurs triés sur le volet, que Stephen Harper a prononcé son discours sur l'état de l'économie et la mise en oeuvre du budget.

Le premier ministre a soutenu que 80 % des sommes du plan de relance économique prévues cette année ont été «engagées et mises en oeuvre». «Notre plan d'action économique aide. Il fait une différence», a-t-il dit, ajoutant qu'il n'a pas oublié ceux qui souffrent de la crise. «On met nos mesures en application plus rapidement» que les autres pays, a dit M. Harper.

Pour arriver à 80 %, le gouvernement Harper inclut plusieurs volets du plan d'action qui ne touchent pas les travaux d'infrastructure. Par exemple, l'aide à l'industrie automobile, le versement de l'assurance-emploi et les réductions fiscales font partie du lot.

Dans le domaine des infrastructures, créateur d'emplois mais plus long à démarrer, Ottawa affirme que 73 % des sommes sont mises en oeuvre. Mais dans les villes du Québec, on est sceptique. Le gouvernement sait peut-être déjà où vont aller les montants, mais l'argent n'est pas encore arrivé sur le terrain, dit-on.

«En ce qui concerne les travaux municipaux qui visent à combattre la crise, je commence à me demander si la crise ne sera pas passée quand on va recevoir l'argent!», affirme au Devoir Bernard Généreux, président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), qui représente plus de 900 villes. «On est en train de passer à côté de l'objectif, qui est de faire travailler notre monde.» La Fédération canadienne des municipalités avait formulé une plainte semblable il y a une semaine.

À l'Union des municipalités du Québec (UMQ), on affirme que les villes de la province ont jusqu'à présent reçu 60 millions de dollars du gouvernement fédéral, alors que l'enveloppe promise pour les infrastructures municipales du Québec renferme un milliard de dollars. À peine 6 % de la somme a donc été octroyée. «Il reste beaucoup d'argent encore à venir», dit Robert Coulombe, président de l'UMQ.

L'UMQ et la FQM ne blâment pas uniquement Ottawa, mais aussi Québec pour la lenteur bureaucratique, puisque les projets sont cofinancés. «L'argent est encore dans la machine. Il faudra être vigilant pour ne pas trop retarder les travaux», dit Bernard Généreux.

Robert Coulombe, qui est aussi maire de Maniwaki, affirme toutefois que «ça commence à bouger», même si la majorité des projets devront néanmoins attendre à l'automne ou même en 2010 avant de démarrer.

L'économie se stabilise

Les infrastructures municipales ne représentent toutefois qu'une partie du plan d'action du gouvernement, qui est de 62 milliards de dollars sur deux ans (y compris les nouvelles sommes consenties à l'industrie automobile). Le déficit, quant à lui, sera de 50,2 milliards de dollars en 2009-10.

Stephen Harper a soutenu que l'économie canadienne se «stabilise». Il a affirmé que le Canada avait été le dernier pays à entrer en récession et qu'il sera le premier à en sortir. «Si nous maintenons le cap, le Canada devrait sortir de cette récession plus tôt et plus fort que bien d'autres pays», a-t-il dit en énumérant une longue liste des réalisations de son gouvernement.

Le Bloc québécois et le NPD ont qualifié de «fumisterie» et de «mythe» les chiffres du gouvernement. «Le premier ministre vient de remettre ses lunettes roses, a dit Jack Layton. Après avoir dit qu'il n'y aurait pas de récession, qu'il n'y aurait pas de déficit, voilà qu'il affirme, sans rire, que le travail est fait. Mais les projets d'infrastructure n'avancent pas.»

Avec la collaboration de Marco Bélair-Cirino

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