Propos controversés tenus en privé mais rendus publics - Raitt refuse de s'excuser

La ministre des Ressources naturelles, Lisa Raitt, a été la cible des attaques des trois partis d’opposition, dont celles du chef libéral, Michael Ignatieff.
Photo: La ministre des Ressources naturelles, Lisa Raitt, a été la cible des attaques des trois partis d’opposition, dont celles du chef libéral, Michael Ignatieff.

Opposition et gouvernement se sont querellés hier à propos des déclarations de la ministre fédérale Lisa Raitt. Qui est le plus cynique: la ministre ou ses adversaires qui interprètent ses propos enregistrés?

Ottawa — Les trois partis d'opposition ont mitraillé la ministre des Ressources naturelles, Lisa Raitt, pour avoir suggéré en privé que le dossier de la centrale nucléaire de Chalk River était «sexy» et lui permettrait de faire avancer sa carrière. Ils n'ont obtenu ni démission ni excuse: le premier ministre Stephen Harper s'est plutôt porté à sa défense, accusant ses adversaires de faire de la «petite politique».

«Comment le premier ministre peut-il expliquer les propos de sa ministre à une femme qui vient de découvrir qu'elle a un cancer du sein, qui attend de passer un test, mais qui ne peut pas l'avoir à cause de la crise des isotopes?» a demandé le chef libéral, Michael Ignatieff.

Stephen Harper a fait remarquer que son gouvernement tentait de consolider le délicat approvisionnement en isotopes médicaux depuis 2007. «Personne n'a été plus actif dans ce dossier que la ministre des Ressources naturelles et ses fonctionnaires, qui travaillent jour et nuit, à l'échelle de la planète, pour régler ce problème.»

L'opposition aurait souhaité que Mme Raitt s'excuse devant la Chambre, ce qu'elle n'a pas fait. «En tant que personne dont la famille a aussi été affectée par le cancer, je peux certainement comprendre la douleur et avoir de l'empathie», a-t-elle quand même fini par dire. Elle a rappelé que ses propos dévastateurs sont antérieurs à la pénurie actuelle d'isotopes.

L'enregistrement rendu public lundi a été effectué, apparemment par inadvertance, par son ex-attachée de presse le 30 janvier. La ministre Raitt était fâchée contre sa collègue de la Santé, Leona Aglukkaq, qui refusait d'ajouter une citation de son cru à un communiqué de presse concernant les isotopes. Le réacteur nucléaire n'était pas encore fermé, mais depuis son redémarrage forcé en décembre 2007, il restait d'actualité.

La ministre Raitt suppose alors que Mme Aglukkaq a peur du dossier. «Et tu sais quoi? Tant mieux, parce que lorsqu'on réglera ce dossier, c'est nous qui aurons tout le crédit. Je suis prête à rouler les dés là-dessus. C'est facile. Tu sais quelle est la solution à ce problème? L'argent. C'est juste une question d'argent, alors on va trouver une solution. Ce n'est pas une question morale.»

Son attachée de presse souligne alors que le dossier est complexe à gérer dans les médias parce que «difficile à comprendre». Ce à quoi la ministre Raitt réplique: «Oui, mais ça frappe l'imaginaire [it's sexy]. Fuite radioactive. Cancer.»

Dans la bouche des députés de l'opposition, c'est le cancer que la ministre a qualifié de «sexy», une ministre par ailleurs dépeinte comme étant dévorée par l'ambition. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a parlé de «propos irresponsables» tandis que celui du NPD, Jack Layton, y a vu une «attitude dégoûtante envers les gens qui souffrent du cancer». Seraient-ils personnellement à l'aise si leurs propos tenus en privé étaient rendus publics? «J'ai l'impression, moi, qu'elle est suffisamment fière pour ne pas s'excuser», a répondu M. Duceppe. «Si je dis quelque chose qui cause des problèmes, j'essaie de m'excuser», a pour sa part indiqué M. Layton.

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