Changements climatiques - Le Canada rejette le consensus de Bali

Le Canada a confirmé hier qu'il estimait «non réaliste» le consensus intervenu à la conférence internationale de Bali, en 2007, auquel il s'était officiellement rallié avec les États-Unis sous l'administration Bush.

Invité à réagir hier aux révélations du Devoir, qui divulguait les notes préparées par les Affaires extérieures et Environnement Canada au profit des négociateurs canadiens en vue de la conférence sur le climat de Poznan, en décembre dernier, le ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, a confirmé l'élément central de ces documents inédits de négociation.

Ces derniers précisaient que le Canada n'entend pas négocier un accord qui situerait l'effort international de réduction des GES d'ici à 2020 quelque part entre 25 et 40 % par rapport au niveau historique des émissions de 1990. Cet objectif a été fixé par la conférence de Bali aux négociateurs de la Phase 2 de Kyoto lors de la conférence de Copenhague en décembre prochain.

À sa sortie des Communes, le ministre Prentice a tenté de minimiser l'importance de cet objectif de négociation en y voyant un objectif de l'Europe, et non celui de la communauté internationale.

«L'objectif de 25 à 40 %, a déclaré Jim Prentice, est principalement défendu par l'Union européenne. Notre position, c'est que ce n'est pas une cible réaliste pour le Canada, compte tenu de notre contexte. Ça ne reflète pas la voie qu'il nous faut emprunter, en tant que Canadiens, d'ici 2050 et ça ne reflète pas les réalités de notre base industrielle, de notre géographie et de notre économie.»

À Bali, en 2007, les 2000 délégués de la conférence sur le climat ont approuvé l'objectif général de réduction des émissions de GES préconisé par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Ce dernier suggérait dans son quatrième rapport quinquennal de fixer l'objectif de réduction planétaire entre 25 % et 40 % sous le niveau de 1990 si l'humanité voulait avoir une chance sérieuse de stabiliser le réchauffement autour d'une hausse de 2 °C du climat moyen de la planète.

Comme les États-Unis, le Canada s'est battu tout au long de la conférence de Bali pour un objectif sensiblement moindre. Mais les États-Unis s'étant fait dire ouvertement de quitter la conférence plutôt que de paralyser le consensus international sur cette question, ce pays ainsi que le Canada se sont alors ralliés. Un an plus tard, à Poznan en décembre dernier, les écologistes de toute la planète ont accusé le Canada de tenter de saboter une fois de plus les négociations en tentant de renégocier les fourchettes de réductions déjà acceptées.

Quant au ministre Prentice, il a ajouté hier qu'il n'avait jamais vu les documents préparatoires à la négociation, dévoilés par Le Devoir. Ces documents ont suscité plusieurs interventions du Bloc québécois et du NPD aux Communes hier. Ils indiquent que les ministères fédéraux avaient préparé des stratégies pour diviser les Européens et pour exiger des réductions contraignantes des pays émergents malgré le blocage que cela allait inéluctablement susciter. C'est dans ce document que l'on précisait aussi que le Canada rejetait la fourchette de réductions de 25 à 40 % sous le niveau de 1990, agréé à Bali.

Pour sa part, le ministre Prentice a soutenu qu'il n'avait jamais vu ces documents et que lui-même et l'ambassadeur Michael Martin avaient tous deux affiché une attitude «constructive» aux tables de négociation de Poznan.

Invité à dire s'il continuait quand même d'exiger des réductions contraignantes des pays émergents, il a alors déclaré en dehors de la Chambre: «Eh bien, c'est clair que notre position, c'est que ces cibles, autant pour les pays en développement que pour les économies développées, doivent être des cibles significatives, incluses dans un protocole, et qui vont orienter l'évolution des émissions domestiques en Chine, en Inde et dans les autres pays. C'est clairement un enjeu de négociation, et c'en est un à propos duquel nous avons été clairs. C'est un des principes à la base de notre position.»

Le Canada, un leader?

Aux Communes, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a reproché au gouvernement de «se vanter sur toutes les tribunes internationales d'être un leader en matière de changements climatiques alors que le Canada n'a jamais eu l'intention d'atteindre les cibles de réduction de GES que les pays industrialisés présents à Bali s'étaient fixés». Gilles Duceppe a aussi accusé le ministre Prentice d'avoir à Poznan tenté de «saboter la position commune» adoptée à Bali.

Pour la critique néodémocrate en matière de climat, la députée Linda Duncan, le ministre Prentice peut bien affirmer qu'il n'a pas vu les documents dévoilés par Le Devoir, «mais c'est très clair pour moi que c'est exactement l'approche qu'a prise le gouvernement. Chaque fois qu'on lui a demandé d'adopter des mesures plus strictes, plus rapides et plus en profondeur, ils ont répondu: qu'est-ce que vont faire la Chine et l'Inde?».

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Harper a renoncé à respecter ses engagements inscrits dans le protocole de Kyoto. Il s'est par ailleurs donné un objectif de réduction de 20 % de ses GES par rapport au niveau de 2006. Mais si l'on revoit ses objectifs à la lumière de l'année de référence internationale, soit 1990, le Canada cible tout juste une réduction de 3 % d'ici à 2020, soit 3 % de moins que le niveau qu'il s'est engagé à atteindre entre 2008 et 2012.

Avec Alec Castonguay

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