Un autre oubli embarrassant pour Lisa Raitt

Lisa Raitt (à gauche) et son ex-attachée de presse, Jasmine McDonnell.
Photo: Agence Reuters Lisa Raitt (à gauche) et son ex-attachée de presse, Jasmine McDonnell.

Les ministres fédérales Lisa Raitt et Leona Aglukkaq sont-elles capables de gérer ensemble la crise médicale provoquée par l'arrêt du réacteur nucléaire de Chalk River? Un enregistrement laisse croire que non.

Ottawa — Après la liasse de documents secrets, l'enregistrement. La ministre fédérale des Ressources naturelles, Lisa Raitt, se retrouve encore dans l'embarras à cause des oublis de son ex-attachée de presse. Cette fois, il s'agit d'un magnétophone égaré au Parlement qui contient des commentaires désobligeants de Mme Raitt à l'endroit d'une collègue du cabinet. Son entourage a vainement tenté d'empêcher la publication du contenu de la bande.

L'histoire est croustillante à souhait, et l'opposition s'en est emparée avec avidité hier. L'ex-attachée de presse de la ministre Raitt, Jasmine McDonnell, n'a pas seulement oublié des documents secrets dans un studio de télévision à Ottawa. Elle a aussi égaré son petit magnétophone au Parlement. Selon les rumeurs, quelqu'un l'aurait retrouvé dans une salle de toilettes et l'aurait rapporté au journaliste du Halifax Chronicle Herald, Stephen Maher, qui connaît bien Mme McDonnell. Les deux sont originaires de Nouvelle-Écosse.

Le journaliste a téléphoné à Mme McDonnell pour qu'elle reprenne possession de son bien, ce qu'elle n'a pas fait. Ce n'est que lorsqu'elle a perdu son emploi la semaine dernière que le journaliste a écouté la bande.

Selon les informations circulant sur divers blogues politiques et relayées par les partis d'opposition, on y entend la ministre Raitt critiquer sa collègue Leona Aglukkaq, la ministre de la Santé.

Cette critique s'inscrit dans le contexte de la crise médicale que les deux femmes doivent gérer ensemble. L'arrêt — peut-être définitif — du réacteur nucléaire de Chalk River a engendré une pénurie d'isotopes médicaux et a provoqué la grogne du milieu médical et des patients en attente de soins diagnostics. Il semblerait que l'enregistrement ait été fait accidentellement.

Le journaliste a écrit une nouvelle, mais après qu'il eut fait des appels pour obtenir des commentaires, la publication de son article a été suspendue. Mme McDonnell s'est adressée aux tribunaux à Halifax pour obtenir une injonction interdisant toute publication.

Mais en fin de journée hier, le juge chargé de l'affaire a décrété que le Chronicle Herald de Halifax pouvait publier les détails de la conversation enregistrée entre la ministre des Ressources naturelles, Lisa Raitt, et son ancienne attachée de presse.

Dans sa décision, le juge Gerald Moir a indiqué que Mmes Raitt et MacDonnell discutent de manière critique des compétences politiques de la ministre Aglukkaq à gérer la crise des isotopes médicaux. Le juge a précisé que la ministre Raitt souhaitait recevoir le crédit de la gestion de la crise, un dossier «vendeur» à ses yeux.

Selon le Chronicle Herald, Mme Raitt affirme dans l'enregistrement que sa collègue à la Santé est une femme compétente, mais qu'il lui est difficile de travailler dans un Parlement où règne la confrontation. «J'espère qu'elle n'aura jamais un dossier chaud entre les mains», aurait dit Mme Raitt.

Plus tôt, à Ottawa, l'opposition a accusé le gouvernement de vouloir museler la presse et d'en faire porter l'odieux à JasmineMcDonnell, cette fois encore.

«Les conservateurs nous feraient croire que la même jeune femme qu'ils ont déjà utilisée comme bouc émissaire la semaine dernière et qui n'a plus d'emploi serait en train de payer des avocats devant un tribunal d'Halifax aujourd'hui pour tenter de bloquer Radio-Canada et le Chronical Herald de publier le tape. Moi je pense qu'ils nous prennent pour les valises», a lancé le député néodémocrate Thomas Mulcair.

La semaine dernière, Mme McDonnell, 26 ans, a dû démissionner parce que les documents secrets égarés étaient sous sa responsabilité. «J'imagine qu'elle avait accumulé un joli pécule avec son emploi pour pouvoir engager trois avocats», a lancé sur un ton sarcastique le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.

Hier, le bureau du premier ministre a nié catégoriquement être impliqué dans cette histoire. «Ce n'est pas le gouvernement [qui demande l'injonction], nous ne payons pas. Le parti ne paye pas non plus. Je n'ai pas entendu l'enregistrement et nous ne tentons pas d'en empêcher la diffusion. Si nous étions préoccupés par son contenu, je suis certain que nous nous opposerions à sa diffusion, mais nous ne nous y opposons pas», a déclaré au Devoir le directeur des communications du premier ministre, Kory Teneycke.

Le libéral David McGuinty estime que la ministre Raitt doit expliquer le fond de sa pensée. «Il est clair que la ministre n'a pas confiance en sa collègue pour gérer cette crise médicale.»

Il s'agit d'une seconde malchance pour la ministre des Ressources naturelles. Elle s'est trouvée en mauvaise posture la semaine dernière lorsqu'un dossier classé secret d'environ 150 pages portant sur le nucléaire a été laissé dans un studio de télévision. Contrairement à Maxime Bernier, qui avait dû quitter le cabinet prétendument pour avoir laissé des documents chez sa conjointe de l'époque, Julie Couillard, Mme Raitt est restée en poste. Le premier ministre Stephen Harper a refusé sa démission.

Avec La Presse canadienne

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