Deux diplomates en poste à Moscou expulsés - Le Canada victime de représailles russes contre l'OTAN

«Ce n’est pas la guerre froide, mais ce n’est pas une relation idéale» – Stephen Harper
Photo: Agence Reuters «Ce n’est pas la guerre froide, mais ce n’est pas une relation idéale» – Stephen Harper

L'expulsion par la Russie de deux diplomates canadiens travaillant à l'OTAN a créé une onde de choc à Ottawa. Le gouvernement Harper a jugé ce geste «inacceptable» et a demandé à Moscou de mieux se comporter sur la scène internationale.

Ottawa — Ce n'est peut-être plus la guerre froide, mais la tension entre Ottawa et Moscou depuis quelques mois est bien visible. L'incident diplomatique d'hier ne fait qu'ajouter à la rhétorique musclée entre les deux pays.

Tôt hier matin, l'ambassadeur canadien à Moscou, Ralph Lysyshyn, a été convoqué au ministère russe des Affaires étrangères pour se faire dire que deux diplomates canadiens au service de l'OTAN étaient expulsés du pays. Il s'agit de la directrice du bureau d'information de l'OTAN à Moscou, Isabelle François, et de son adjoint, Mark Opgenorth.

La Russie dit avoir fait ce geste en guise de représailles contre l'OTAN, qui avait elle aussi expulsé deux diplomates russes de ses bureaux à Bruxelles la semaine dernière. L'Alliance atlantique accusait les deux diplomates russes d'avoir trempé dans une affaire d'espionnage.

Plus précisément, il s'agit de l'affaire Herman Simm, du nom de ce haut fonctionnaire de l'Estonie condamné à 12 ans de prison en février dernier par la justice de son pays pour avoir livré près de 2000 documents secrets de l'OTAN à la Russie. Herman Simm a dit avoir fourni les documents à des membres du service de renseignement russe. Moscou a toujours nié ces allégations.

Le geste du Kremlin a fortement indisposé le Canada hier. Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a rencontré vers 17h hier soir l'ambassadeur de Russie au Canada, Georgyi Mamedov, pour obtenir des explications. «Nous avons de très sérieuses objections à cette façon de procéder», a-t-il dit, ajoutant qu'il trouvait cette décision de la Russie «bizarre» étant donné que l'OTAN et Moscou tentent de rebâtir les ponts brisés par la guerre en Géorgie l'été dernier.

Pas une relation idéale, dit Harper

En voyage à Prague pour le Sommet Canada-Union européenne, le premier ministre Stephen Harper n'a pas mâché ses mots, affirmant que la Russie doit commencer à se comporter de manière plus «acceptable» sur la scène internationale. «Nous sommes préoccupés par certains comportements des Russes, a-t-il dit. Nous voudrions que les Russes se comportent de façon plus acceptable.»

Selon le premier ministre, la Russie a le droit de procéder à des représailles diplomatiques, mais il a laissé entendre que sa cible était mauvaise. «La Russie a le droit de répliquer, mais cela ne change rien au fait que les diplomates ne faisaient rien d'illégal ou de contraire à l'éthique.»

Ottawa, qui est en froid avec Moscou depuis plusieurs mois sur les questions de l'Arctique et des vols militaires russes près de l'espace aérien canadien, estime que cette tension va se poursuivre encore un moment. «C'est la réalité, a dit Stephen Harper. Ce n'est pas la guerre froide, mais ce n'est pas une relation idéale.»

Il a néanmoins réaffirmé sa volonté de rapprochement avec la Russie «tout en communiquant clairement les messages sur plusieurs dossiers, y compris ceux des droits de l'homme, de la démocratie et de l'espionnage».

À l'ambassade de Russie à Ottawa, on tentait de minimiser l'incident hier. Un porte-parole, Vladimir Lapshin, a soutenu que la cible des représailles était l'OTAN et non le Canada. «De ce que je comprends, les Canadiens étaient les seuls représentants de l'OTAN à Moscou, a-t-il dit au réseau CTV. Ç'aurait pu être des Français, des Allemands ou n'importe qui travaillant au centre d'information de l'OTAN à Moscou.» M. Lapshin a soutenu que c'est avant tout l'OTAN qui est responsable de cette guerre diplomatique.

L'OTAN regrette le geste de Moscou

À Bruxelles, le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a dit «profondément regretter» la décision russe d'expulser les deux diplomates canadiens, la qualifiant «d'injustifiée».

«La mesure prise par la Russie est très malheureuse et contre-productive au regard de nos efforts pour restaurer le dialogue et la coopération avec la Russie», a affirmé Jaap de Hoop Scheffer dans une déclaration écrite. En effet, l'Alliance atlantique avait décidé à son sommet de Strasbourg-Kehl, début avril, de relancer le dialogue avec la Russie malgré la guerre en Géorgie à l'été 2008.

La décision de renouer avec la Russie «reste valide», a néanmoins déclaré Jaap de Hoop Scheffer, qui a ajouté que le Bureau d'information de l'OTAN à Moscou, qui sert à renseigner les Russes sur l'Alliance atlantique, resterait ouvert même s'il est «très affecté» par la sanction russe.

Les relations entre la Russie et l'OTAN sont marquées par de fortes tensions. Plus tôt cette semaine, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé qu'il ne participera pas au Conseil Russie-OTAN, prévu fin mai. La décision de l'OTAN de mener des exercices militaires en Géorgie a aussi soulevé l'ire de Moscou. Ces exercices s'ouvraient officiellement hier.

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Avec l'Agence-France Presse

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