La bataille contre l'embargo européen s'engage - Le Bloc veut habiller les athlètes canadiens avec des peaux de phoque

Nos athlètes pourraient devenir les porte-étendard des chasseurs de phoques devant les caméras du monde entier aux Jeux de Vancouver. Hier, la Chambre des communes a adopté à l'unanimité une motion du Bloc québécois qui demande qu'on incorpore des produits du loup-marin aux vêtements officiels de l'équipe canadienne en 2010.

«Le Canada défendra avec vigueur son industrie du phoque, tant au pays que devant les tribunaux internationaux», a indiqué M. Harper à Prague. Le spectre d'une poursuite devant les tribunaux de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a laissé l'Union européenne de glace. Elle estime que sa motion n'est pas une «mesure protectionniste».

M. Harper a joué de prudence, craignant manifestement que le dossier du phoque entrave les négociations en vue d'un accord commercial entre l'UE et le Canada. Pour lui, «si nous devions fonder nos relations commerciales avec l'Union européenne uniquement sur les enjeux reliés à la chasse aux phoques, nous n'aurions jamais de liens commerciaux». L'embargo européen sur les produits du phoque voté avec une forte majorité par le Parlement européen mardi doit encore obtenir l'aval des différents gouvernements avant de prendre effet en octobre.

À l'Assemblée nationale, le ministre des Relations internationales, Pierre Arcand, a déposé une motion condamnant la décision du Parlement européen. «Nous avons mis notre réseau à contribution, a-t-il dit, en particulier notre délégation générale à Bruxelles.» Rappelons que mardi, tous les députés à l'exception d'Amir Khadir ont appelé le Canada à contester la décision de l'UE devant l'OMC.

À l'instar du premier ministre Jean Charest, qui considère que la décision repose sur des émotions plutôt que sur des faits, Lyne Morisette, biologiste à l'UQAR, s'étonne que l'Union européenne agisse en mettant la science de côté. «La gestion de la chasse aux phoques est impeccable, dit-elle, bien mieux que d'autres chasses commerciales. Comment des arguments aussi émotifs ont-ils pu se frayer un chemin aussi haut dans les structures gouvernementales?» Cette année, les quotas de chasse ont été établis à 280 000 phoques du Groenland sur une population de 5 millions et demi. Seules 60 000 bêtes ont été abattues ce printemps.

Quelles conséquences auraient une baisse de la chasse pour les écosystèmes du golfe? Selon Lyne Morissette, la population de phoques se stabilisera d'elle-même. Elle rejette que les stocks de morue, déjà très mal en point, en souffrent davantage. «C'est l'homme qui a entraîné le déclin de la morue, pas le phoque», rappelle-t-elle. Malheureusement, les morues, observe la biologiste, «ne sont pas aussi mignonnes que les phoques avec leurs grands yeux, l'UE ne s'outre pas contre les océans qui se vident.» Pour elle, le problème de l'embargo réside dans son impact pour les 6000 chasseurs qui vivent de cette «industrie importante, en accord avec les principes de développement durable».

À voir en vidéo