Recherche sur le sida - Le départ du Dr Sékaly n'émeut guère le ministre Clement

Ottawa — Le ministre fédéral de l'Industrie, de la Science et de la Technologie, Tony Clement, a accueilli avec un haussement d'épaules le départ vers les États-Unis du chercheur de renommée internationale Rafick Pierre Sékaly, qui oeuvre dans le domaine du VIH/SIDA.

Le ministre Tony Clement a dit être «désolé» de cet exode, mais il a soutenu que ce départ médiatisé ne reflète pas la réalité. «Il y a tout le temps des chercheurs qui partent aux États-Unis, alors que d'autres quittent les États-Unis vers le Canada. Notre gouvernement a fait beaucoup d'investissements dans la recherche contre le sida», a dit le ministre à sa sortie d'un comité parlementaire où le thème de la recherche scientifique a occupé une grande place.

Le Dr Sékaly a dit quitter Montréal vers la Floride en partie en raison du manque de soutien dans la recherche scientifique au Canada. Il a mentionné lundi les «coupes fédérales» de plus de 150 millions de dollars dans la recherche en général et a dit espérer que son départ réveille le gouvernement conservateur.

Le nouveau projet de Rafick Pierre Sékaly aux États-Unis recevra 100 millions $US, alors que son équipe pouvait compter sur 3 millions par année au CHUM. Il amène avec lui 25 chercheurs de son équipe.

Il s'agit du dernier épisode de la saga des compressions fédérales dans la recherche scientifique qui agite la communauté des chercheurs depuis des semaines.

Les compressions à l'Observatoire du Mont-Mégantic — que le ministre Christian Paradis a promis d'annuler — ont lancé le bal. Une lettre signée par plus de 2000 chercheurs a ensuite été envoyée au premier ministre pour se plaindre des compressions plus importantes, qui oscillent entre 150 et 162 millions de dollars, dans les quatre grands organismes subventionnaires fédéraux (CRSNG, CNRC, CRSH et IRSC).

Le Parti libéral a ouvert la période de questions aux Communes sur le cas de Rafick Pierre Sékaly. «Une sommité mondiale sur le sida quitte l'Université de Montréal pour les États-Unis. Le Dr Sékaly dit espérer que son départ sonne l'alarme. [...] Où est la stratégie de ce gouvernement pour empêcher le départ de nos meilleurs scientifiques?» a demandé le chef libéral, Michael Ignatieff.

En l'absence du premier ministre, en voyage en République tchèque pour le sommet Canada-Union européenne, c'est le ministre d'État à la Science et à la Technologie, Gary Goodyear, qui a donné la réplique. «Le gouvernement conservateur a investi 94 millions de dollars cette année dans la recherche sur le VIH/SIDA. On a également promis 111 millions de dollars à la Fondation Bill et Melinda Gates sur le VIH-SIDA. Et je peux vous dire que les fonds pour ce chercheur n'ont pas été coupés», a dit M. Goodyear.

Les députés du Parti libéral ont été particulièrement incisifs dans leurs questions hier. Tout en faisant référence au départ de Rafick Pierre Sékaly, la députée libérale Siobhan Coady a demandé au ministre Tony Clement s'il s'attendait à d'autres départs semblables dans la communauté scientifique, étant donné que le président Obama vient d'annoncer un investissement de 10 milliards de dollars dans la recherche aux États-Unis.

«Les États-Unis investissent 2,6 % de leur PIB dans la recherche et le développement, et Obama a annoncé son intention d'amener le financement à 3 % du PIB. Au Canada, on dépense 1,9 % de notre PIB dans la recherche. Comment on va faire pour maintenir une position compétitive?» a demandé Siobhan Coady.

Tony Clement a soutenu que «plusieurs chercheurs adorent travailler au Canada» et qu'il ne faut pas généraliser un cas isolé. «C'est toujours dommage de voir quelqu'un partir, mais il faut aussi savoir que plusieurs chercheurs canadiens font l'envie du monde entier», a dit le ministre.

Selon Tony Clement, penser que le gouvernement conservateur n'encourage pas la science est une «mauvaise impression» qui ne repose sur «aucun fait». «J'ai parcouru le pays, j'ai parlé avec des chercheurs et des dirigeants d'universités. Ils ont tous dit que notre gouvernement faisait un bon travail. Ils nous ont dit de ne pas écouter les oiseaux de malheur qui disent qu'on ne peut pas être parmi les meilleurs au monde», a-t-il dit en comité parlementaire.

«Est-ce que plus de 2000 chercheurs ont une mauvaise impression?» a répliqué la libérale Siobhan Coady, en faisant référence à la lettre des scientifiques. «Ce n'est pas la réalité», a répété Tony Clement.

Le ministre a soutenu que la révision des programmes qui a mené aux compressions de 150 à 162 millions de dollars dans les grands organismes de recherche publics était nécessaire. «Il faut toujours être responsable avec l'argent des contribuables et s'assurer que tout est bien dépensé», a-t-il dit, ajoutant que plusieurs ministères doivent régulièrement revoir leurs dépenses.

Tony Clement a soutenu, comme c'est le cas depuis le début des remous dans ce dossier, que le gouvernement s'est engagé à investir 5,1 milliards de dollars sur deux ans dans la science et la recherche. La majeure partie de cette somme est toutefois destinée aux infrastructures des laboratoires, et non pas au fonds de roulement pour la recherche.

Un rapport muet sur le débat

Un rapport du Conseil des sciences, de la technologie et de l'innovation (CSTI) rendu public hier montre d'ailleurs que le Canada est au milieu du peloton des 30 pays de l'OCDE en matière de recherche et développement.

Le comité, formé de 18 personnalités du monde de la recherche, demande au gouvernement de redoubler d'ardeur. «Le Canada s'améliore, mais d'autres pays le font plus rapidement que lui. Le Canada se place en milieu de peloton et affiche de solides résultats, mais étant donné l'importance de l'innovation pour notre avenir, ce n'est pas suffisant», a affirmé Howard Alper, président du CSTI. Ce comité a le mandat de conseiller le gouvernement.

Aucun des quatre membres du comité présents hier à la conférence de presse n'a souhaité commenter le débat sur les investissements du fédéral. Le rapport n'en fait d'ailleurs pas mention. «On ne peut pas se permettre de politiser le débat», a dit Heather Munroe Blum, la principale de l'Université McGill, qui a préféré parler des conditions favorables à la recherche à long terme.

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