Assurance-emploi - Harper rejette la demande d'Ignatieff

Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper a opposé une fin de non-recevoir à son rival libéral hier en laissant entendre qu'il n'est pas question de bonifier davantage le programme d'assurance-emploi, crise économique ou pas. Michael Ignatieff n'est pas encore prêt à déterrer la hache de guerre, mais prévient qu'il ne reculera pas.

Le nouveau chef libéral, Michael Ignatieff, a déclaré ce week-end qu'il lutterait d'ici à l'été pour abaisser les critères d'admissibilité au programme. Il propose que les chômeurs n'aient besoin d'avoir travaillé que 360 heures (ou neuf semaines à temps complet) pour toucher des prestations. Les conservateurs ne sont pas d'accord.

«Le Canada a un programme d'assurance-emploi qui est très généreux et qui, en fait, a été bonifié dans le cadre du récent plan d'action économique de ce gouvernement», a lancé Stephen Harper lors de la période de questions hier. «Je suis perplexe devant cet intérêt soudain du Parti libéral et du NPD pour l'assurance-emploi. J'imagine qu'il s'agit d'une diversion pour faire oublier qu'au congrès libéral, la taxe sur le carbone a été ressuscitée.»

Les ministres conservateurs se sont également levés pour défendre les critères actuels du programme avec ses normes d'admissibilité différentes selon la région et le niveau de chômage qui l'affecte. Ils ont aussi rappelé que, dans le dernier budget, les prestations ont été allongées de cinq semaines (sans jamais dépasser le maximum de 50 semaines). Le ministre du Revenu, Jean-Pierre Blackburn, a été le plus direct avec les journalistes. «Nous ne sommes pas ouverts. Nous sommes intervenus avec les cinq semaines supplémentaires. Nous croyons que c'est plus utile.»

La question de l'assurance-emploi a occupé une grande portion de la période de questions hier. Sentant que Michael Ignatieff avait touché une corde sensible, autant le Bloc québécois que le NPD ont senti le besoin de rappeler que l'idée avait initialement été la leur.

«Cela fait des années que le Bloc québécois demande à ce que le seuil d'admissibilité à l'assurance-emploi soit de 360 heures. Cette proposition se retrouve dans la phase 2 de notre plan d'aide. Lors de leur congrès, les libéraux ont soudainement réalisé l'importance d'une telle mesure», a déclaré le chef Gilles Duceppe. M. Duceppe doute de la sincérité libérale d'autant plus que c'est un gouvernement libéral qui avait restreint l'accès au programme en 1995-96.

Jack Layton a rappelé que le NPD avait déjà déposé un projet de loi privé établissant à 360 le nombre d'heures pour se qualifier. En ce moment, ce niveau varie de 420 à 700 heures selon la région.

Au cours du congrès du Parti libéral, qui s'est déroulé ce week-end à Vancouver, M. Ignatieff a laissé entendre qu'il serait prêt à aller aux urnes si jamais le gouvernement conservateur ne mettait pas en place la réforme proposée. «Si le gouvernement veut travailler avec nous pour faire cela, nous réussirons. S'il ne veut pas, alors nous devrons avoir une élection», a-t-il dit en conférence de presse dimanche. Il n'a pas adopté de discours combatif pour autant hier. «Je crois que nous sommes au début d'un processus», a-t-il dit. «Ça avance à petits pas, mais je suis très ferme. Je ne recule pas.»

On ignore comment les trois partis d'opposition pourraient forcer la main du gouvernement. Une motion, par exemple, n'est pas contraignante. À moins, évidemment, que les trois partis ne votent une motion de censure prétextant l'assurance-emploi. L'élection aurait alors lieu au printemps. Ni Gilles Duceppe ni Jack Layton n'ont voulu discuter d'un scénario électoral, considérant ces questions comme «hypothétiques». Au Bloc, on estime par ailleurs que seul l'intérêt du Québec prime et que les conséquences électorales n'entrent pas en ligne de compte.

350 millions ou 1,5 milliard de dollars?

M. Ignatieff a par ailleurs demandé la tenue d'un examen indépendant par des experts du programme d'assurance-emploi d'ici au 15 juin afin de proposer d'autres changements que le nombre d'heures. M. Harper n'a pas semblé plus chaud à cette idée.

Réduire à 360 le nombre d'heures nécessaires permettrait à 150 000 chômeurs supplémentaires de se qualifier au programme, estiment les libéraux. Le Bloc québécois évalue que le pourcentage de chômeurs pouvant toucher des prestations passerait de 46 à 65 %. Pour ce qui est du prix de la mesure, les versions varient énormément. Le Bloc québécois avait évalué le mois dernier qu'elle coûterait 350 millions de dollars par année au trésor public. M. Ignatieff a dit hier que la Banque TD parlait plutôt de 1 milliard, mais que le PLC, par mesure de précaution, préférait prévoir une somme de 1,5 milliard.

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