Soudan: l'opposition recourt à une ruse pour forcer Ottawa à rapatrier Abdelrazik

Les services secrets canadiens ont tenu le gouvernement dans le noir à propos d'Abousfian Abdelrazik. Les députés veulent maintenant faire la lumière sur son histoire.

Ottawa — Le comité permanent des Affaires étrangères de la Chambre des communes a voté hier pour qu'Abousfian Abdelrazik, ce Canadien coincé au Soudan, soit convoqué à comparaître à Ottawa. L'idée derrière cette initiative est de forcer le gouvernement conservateur à ramener l'homme au pays. Les six députés de l'opposition ont voté en faveur de cette motion tandis que les cinq élus conservateurs se sont abstenus. La motion n'a aucun effet dans l'immédiat, mais son auteur, le député néodémocrate Paul Dewar, croit qu'elle fera son chemin.

«Nous pourrions demander au président du comité de faire ce qui a été fait avec Karlheinz Schreiber, soit de demander au gouvernement de mettre en oeuvre la volonté du comité.» Dans le cas de l'homme d'affaires germano-canadien, les forces de l'ordre étaient allées le chercher en prison. M. Dewar espère-t-il envoyer des policiers jusqu'à Khartoum? «J'espère que nous n'aurons pas à le faire, mais oui, absolument, et pour être franc, c'est dans cette optique que j'ai eu cette idée.»

Le député libéral Bob Rae espère que cette motion forcera à tout le moins le gouvernement àexpliquer ce qui s'est passé. «Car moi, je ne comprends pas pourquoi nous en sommes arrivés à cette situation absurde.» Les députés conservateurs s'opposaient à cette motion. «Ceci n'est rien d'autre qu'une tentative déguisée de forcer le gouvernement à ramener cet homme au Canada», a lancé Jim Abbott.

Abousfian Abdelrazik est ce Canadien coincé au Soudan depuis 2003 et à qui le gouvernement canadien interdit de rentrer au pays. M. Abdelrazik avait rendu visite à sa mère malade en mars 2003. En août, il est arrêté et incarcéré. Il prétend avoir été torturé. Depuis, ses documents de voyage ont expiré, et les États-Unis l'ont inscrit sur la liste internationale de personnes soupçonnées de terrorisme. Le Canada refuse de lui délivrer des documents d'urgence sous prétexte qu'il pose un risque à la sécurité nationale, mais le laisse vivre à l'ambassade depuis un an.

Hier, une lettre écrite de sa main a été remise au bureau du premier ministre Stephen Harper.

Nouveaux documents

De nouveaux documents obtenus par le NPD démontrent que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) n'a pas joué franc jeu à propos de M. Abdelrazik. Le SCRS affirme qu'il a interrogé l'homme au Soudan dès le mois d'octobre 2003. Or, à ce moment, le gouvernement canadien disait ignorer où il se trouvait.

La note de service, destinée au ministre des Affaires étrangères de l'époque, Maxime Bernier, dit ceci: «Nous n'avons pas été informés de son arrestation avant novembre 2003, quand les autorités soudanaises nous ont informés qu'il avait été arrêté à la demande du gouvernement du Canada.»

Le SCRS maintient depuis le début de cette histoire qu'il n'a jamais demandé l'arrestation à l'étranger de citoyens canadiens. Il a demandé à son comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS) d'ouvrir une enquête pour le prouver.

Notons que de récents documents déposés en cour tendent à démontrer que M. Abdelrazik est devenu suspect aux yeux des États-Unis quand Abu Zubaydah l'a identifié comme un de ses alliés. M. Zubaydah est ce cerveau d'al-Qaïda qui a subi la simulation de noyade plus de 80 fois aux mains de ses interrogateurs américains. On ignore s'il a identifié le Montréalais après s'être fait montrer des albums de photos, ce qui est la procédure habituelle. M. Abdelrazik était suivi par les services de renseignements canadiens depuis des années parce qu'il fréquentait la même mosquée qu'Ahmed Ressam. Jamais aucune accusation n'a été portée contre lui. Récemment, le SCRS et la GRC ont reconnu ne rien avoir contre l'homme.

À voir en vidéo