Ignatieff: priorité aux chômeurs

Michael Ignatieff inondé de confettis après s’être adressé aux militants du PLC qui lui ont accordé leur confiance à 97 % et l’ont couronné chef du parti.
Photo: La Presse canadienne (photo) Michael Ignatieff inondé de confettis après s’être adressé aux militants du PLC qui lui ont accordé leur confiance à 97 % et l’ont couronné chef du parti.

Vancouver — Le nouveau chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, a donné un aperçu hier de la réforme du programme d'assurance-emploi qu'il envisage pour venir en aide aux victimes de la crise économique. Il proposera d'en abaisser temporairement les normes d'admissibilité de manière à ce qu'un plus grand nombre de chômeurs se qualifient, mais il refuse de dire ce qu'il fera si le gouvernement conservateur n'obtempère pas.

M. Ignatieff présentera à la Chambre des communes dès ce printemps une réforme faisant en sorte qu'un travailleur n'aurait besoin d'avoir travaillé que 360 heures pour recevoir des prestations en cas de perte d'emploi, et ce, où qu'il se trouve au pays (la norme varie d'une région à l'autre à l'heure actuelle). Une fois la crise passée, la norme nationale serait rehaussée à un niveau que les experts détermineraient. Le chef libéral pense pouvoir compter sur le NPD et le Bloc québécois pour faire passer sa réforme. Est-il prêt à défaire le gouvernement s'il n'obtient pas ce qu'il souhaite?

«Je ne fais pas de menace, moi, parce que ce n'est pas mon style en politique, mais il faut que ça passe, Bon Dieu, parce que c'est urgent pour les travailleurs du Canada!», a-t-il dit hier en conférence de presse au terme du congrès au leadership de trois jours s'étant déroulé à Vancouver.

Le chef libéral laisse donc planer le doute sur ses intentions à l'endroit du gouvernement minoritaire de Stephen Harper. Une chose est certaine, il a demandé à son parti que le programme électoral soit terminé en juin, un programme qu'il veut «ciblé et précis». «Pas 110 pages, pas un livre rouge.» Quant aux mesures concrètes pour faire face à la crise économique, il veut attendre de voir les effets de celles adoptées dans le dernier budget avant de déclarer qu'il en faut davantage. Il se donne jusqu'en septembre ou en octobre pour poser ce jugement. «Si ça ne fonctionne pas, je serai tout à fait prêt lorsque nous reviendrons en septembre à faire des propositions concrètes de relance.»

Chef confirmé

Michael Ignatieff est officiellement devenu chef du Parti libéral samedi soir, au terme d'un vote symbolique des 2033 délégués libéraux lui ayant accordé leur confiance dans une proportion de 97 %. Ce vote marque la fin d'une époque alors que les militants ont accepté de modifier la méthode de sélection de leurs futurs chefs.

Au terme d'un débat musclé, ils ont mis au rancart, par une écrasante majorité, la vieille formule de vote par délégués (qui donnait lieu à des congrès mouvementés avec ralliements entre candidats à la clé) pour adopter celle plus directe octroyant un droit de vote à chaque membre. Désormais, à l'instar du Parti conservateur, du NPD et du Bloc québécois, chaque membre du PLC aura droit de vote lors d'une course au leadership. Un système de pondération sera mis en place de manière à conférer aux 308 circonscriptions un poids égal, qu'elles aient 100 ou 20 000 membres. Les délégués jeunes étaient déçus de ne pas avoir obtenu en contrepartie une pondération similaire leur garantissant 25 % du vote.

L'ambiance était à la fête samedi pour les délégués qui savouraient l'unité retrouvée. Dans un scénario lourd de sens, c'est l'ancien rival de Michael Ignatieff, Bob Rae, qui a livré le discours de présentation du chef. «J'ai un message clair, direct et simple à livrer», a lancé M. Rae à la foule qui lui a réservé un accueil très enthousiaste. «Je veux que Michael Ignatieff devienne le prochain grand premier ministre du Canada.» Ensuite, Dominic LeBlanc, qui s'était lui aussi désisté de la course, a officiellement proposé la candidature de M. Ignatieff. Le député montréalais Justin Trudeau, le fils de celui à qui l'on compare de plus en plus Michael Ignatieff, a annoncé l'élection du nouveau chef.

Michael Ignatieff a été accueilli par une foule en liesse, dans une atmosphère digne d'une assemblée électorale. Notons que le gouvernement conservateur a retardé la tenue d'une séance d'information sur la grippe A prévue cet après-midi-là de manière à ce qu'elle coïncide avec le discours du chef libéral. Certains réseaux de nouvelles en continu n'ont pas joué le jeu et ont poursuivi la diffusion du congrès, mais CBC Newsworld a entrecoupé sa couverture.

Le discours de 30 minutes de Michael Ignatieff a tourné autour d'un message essentiel: le Canada doit devenir un pays du savoir, de science et d'apprentissage d'ici 2017, date de son 150e anniversaire. «Je sais que nous pouvons réaliser tous nos rêves. Il y a une condition. Notre formation doit être la meilleure du monde, nos chercheurs doivent être les meilleurs eux aussi. Si nous réalisons cet objectif, les technologies vertes nécessaires pour notre planète seront inventées ici au Canada.»

M. Ignatieff s'est adressé directement au premier ministre Stephen Harper. «M. Harper, vous avez failli. Et si vous êtes incapable d'unir les Canadiens et de faire appel à ce qu'ils ont de meilleur, nous, nous le pouvons.» Sur cette note, Michael Ignatieff s'est engagé dans une conclusion aux relents très «obamaesques». «Si nous offrons un message d'espoir empreint de générosité à nos concitoyens, ils nous choisiront comme prochain gouvernement du Canada.» Il a lancé un «we can! [nous pouvons]», auquel il ne manquait qu'un «yes» pour imiter parfaitement la formule du président américain. «Lorsqu'un grand peuple se donne un grand leadership, rien ne lui est impossible», a conclu M. Ignatieff.

Par ailleurs, une trentaine de résolutions politiques ont été adoptées. Celle pressant un futur gouvernement libéral de «créer une taxe sur le carbone, un système de limitation et d'échange, ou une combinaison des deux» a été adoptée. Une autre qui demandait à un gouvernement libéral de favoriser les énergies de remplacement, dont le nucléaire, a aussi été adoptée. Certains militants ont fait valoir que l'énergie nucléaire n'était pas une énergie propre, mais plusieurs autres se sont levés pour dire qu'au contraire, «aucun problème de santé n'est relié à l'opération des réacteurs». Personne n'a cru bon de mentionner les déchets persistants.

Le congrès de Vancouver a aussi été l'occasion de rendre hommage à l'ancien chef, Stéphane Dion, vendredi soir. Toutefois, celui-ci a créé un grand malaise avec son discours de 28 minutes au cours duquel il a tenté de réhabiliter sa vision politique. Il a fait un long exposé sur les orientations que devrait prendre le PLC et a détaillé les politiques qu'il devrait défendre. Il a aussi réitéré qu'une taxe sur le carbone était «inévitable». De nombreux militants ont quitté la salle en secouant la tête. Le lendemain, de très nombreux autres se demandaient pourquoi il jouait ainsi aux belles-mères. «Il a eu deux ans!», disait-on.

La soirée-hommage a été si longue qu'il ne restait plus qu'environ 250 personnes dans l'immense salle lorsque les quatre conférenciers invités ont pris la parole, notamment Louise Arbour, l'ancienne Haute Commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme. Les gens qui l'avaient convaincue de s'adresser à l'auditoire étaient furieux d'un tel affront.

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