Ignatieff finalement couronné

Vancouver — C’est maintenant chose faite: Michael Ignatieff est officiellement devenu chef du Parti libéral hier soir à Vancouver, au terme d’un vote symbolique des délégués libéraux lui ayant accordé leur confiance dans une proportion de 97 %. Ce vote marque la fin d’une époque alors que les militants ont accepté plus tôt dans la journée de modifier la méthode de sélection de leurs futurs leaders. Le PLC fera désormais comme les autres formations politiques fédérales en permettant à chacun de ses militants de voter.

L’ambiance était à la fête hier pour les quelques 2400 délégués qui savouraient l’unité retrouvée. Dans un scénario lourd de sens, c’est l’ancien rival de Michael Ignatieff, Bob Rae, qui a livré le discours de présentation du leader. «J’ai un message clair, direct et simple à livrer», a lancé M. Rae à la foule qui lui a réservé un accueil très enthousiaste. «Je veux que Michael Ignatieff devienne le prochain grand premier ministre du Canada. Et je veux que ce grand Parti libéral renouvelé forme le prochain grand gouvernement du Canada.»

Ensuite, Dominic LeBlanc, lui aussi candidat à la chefferie s’étant désisté pour laisser la voie libre, a officiellement proposé la candidature de M. Ignatieff. Puis, le député montréalais Justin Trudeau, le fils de celui avec qui on compare de plus en plus Michael Ignatieff, a officiellement annoncé l’élection du nouveau chef.

Savoir, science et apprentissage

Michael Ignatieff a été accueilli par une foule en liesse, dans une atmosphère digne d’une assemblée électorale. Son discours, d’une durée de 30 minutes, a tourné autour d’un message essentiel: le Canada doit devenir un pays du savoir, de science et d’apprentissage. «Si vous me demandez ce que je veux pour le Canada, c’est que nous nous surprenions nous-mêmes. Que nous nous épatons, que nous épations le monde entier. Je sais que nous pouvons réaliser tous nos rêves. Il y a une condition. Notre formation doit être la meilleure du monde, nos chercheurs doivent être les meilleurs eux aussi. Si nous réalisons cet objectif, les technologies vertes nécessaires pour notre planète seront inventées ici au Canada.»

M. Ignatieff a aussi réitéré son message envers les Québécois, à l’effet qu’ils pouvaient à la fois être Québécois et Canadiens «dans l’ordre qui [leur] semble bon». Ensuite, il s’est adressé directement au premier ministre Stephen Harper. «M. Harper, vous avez failli. Et si vous êtes incapable d’unir les Canadiens et de faire appel à ce qu’ils ont de meilleur, nous, nous le pouvons.»

Sur cette note, Michael Ignatieff s’est engagé dans une conclusion aux relents très «obamaesques». «Si nous offrons un message d’espoir empreint de générosité à nos concitoyens, ils nous choisiront comme prochain gouvernement du Canada.» Il a lancé un «we can! [nous pouvons]», auquel il ne manquait qu’un «yes» pour imiter parfaitement la fameuse formule du président américain. D’ailleurs, une personne dans la salle n’a pas eu peur de crier à tue-tête la phrase complète. «Lorsqu’un grand peuple se donne un grand leadership, rien ne lui est impossible», a terminé M. Ignatieff. La foule s’est dispersée sur fond de musique disco tandis que le nouveau logo du PLC s’affichait sur les écrans géants: un fondu entre «libéral» et «Michael» ayant en commun un «l» final traversé d’une feuille d’érable.

Fin d’une époque

En matinée, les délégués ont accepté de changer les règles du jeu lors de la sélection d’un futur chef. Au terme d’un débat musclé, les libéraux ont accepté de mettre au rancard la vieille formule de vote par délégués (qui donnait lieu à des congrès mouvementés avec ralliements entre candidats à la clé) pour adopter celle plus directe octroyant un droit de vote à chaque membre. Désormais, à l’instar du Parti conservateur, du NPD et du Bloc québécois, chaque membre du PLC aura droit de vote lors d’une course au leadership. Un système de pondération sera mis en place de manière à conférer aux 308 circonscriptions le même poids: qu’une circonscription ait 100 ou 20 000 membres, elle aura le même poids dans la balance nationale.

Les gros canons libéraux se sont présentés aux micros pour faire la promotion de cette réforme: Bob Rae, Belinda Stronach ainsi que le député Navdeep Bains, qui a présidé le comité du changement du PLC. Les opposants ont plutôt parlé d’une «fausse démocratie», dans la mesure où le vote est pondéré, et du risque que le PLC devienne un «parti virtuel» vulnérable aux prises de contrôle par l’achat massif de cartes de membres lors des courses à la chefferie. Le changement a été accepté par une écrasante majorité. Il avait été refusé en 2006, au congrès de Montréal.

Jeunes déçus

Les éléments jeunes étaient déçus, car ils avaient tenté de monnayer leur appui contre la garantie d’une pondération de leur vote à eux. Ils auraient voulu que les votes des jeunes, quel qu’en soit le nombre total, comptent pour 25 % du résultat final, question de préserver leurs acquis. Cette proposition, qu’a combattue notamment Justin Trudeau, a été défaite.
Par ailleurs, une trentaine de résolutions politiques ont été adoptées en plénière. Seulement six ont donné lieu à des débats entre militants. Une d’entre elles, portant sur les changements climatiques et proposée par les libéraux du Québec, pressait un futur gouvernement libéral de «créer une taxe sur le carbone, un système de limitation et d’échange, ou une combinaison des deux». Elle a été adoptée, même si la taxe sur le carbone a fait très mal au PLC lors de la dernière campagne électorale.

Une résolution similaire qui demandait à un gouvernement libéral de favoriser les énergies de remplacement, dont le nucléaire, a aussi été adoptée. Certains militants ont fait valoir que l’énergie nucléaire n’était pas une énergie propre, mais plusieurs autres se sont levés pour dire qu’au contraire, «aucun problème de santé n’est relié à l’opération des réacteurs». Personne n’a cru bon mentionner les déchets nucléaires persistants. Par une très courte majorité (256 contre 217), les libéraux ont aussi voté pour que des crédits d’impôt soient accordés aux acheteurs de véhicules électriques ou hybrides. Ils ont aussi voté pour protéger le réseau public de télévision SRC-CBC.

Le Devoir

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