Congrès du Parti libéral du Canada - Merci quand même...

Vêtu d’un chandail des Canucks de Vancouver, Michael Ignatieff marche avec sa conjointe.
Photo: Agence Reuters Vêtu d’un chandail des Canucks de Vancouver, Michael Ignatieff marche avec sa conjointe.

Le Parti libéral a rendu hommage à son ancien chef Stéphane Dion, mais les troupes pensent surtout à se préparer à la prochaine élection. Sentant la soupe chaude, Stephen Harper a invité les partis d'opposition à collaborer avec lui.

Vancouver — Stéphane Dion passera peut-être à l'histoire comme le chef libéral ayant obtenu un des pires résultats électoraux, mais son parti lui a quand même rendu hommage hier à Vancouver, où se déroule le congrès à la direction. Les libéraux disent vouloir se souvenir de son combat pour l'unité nationale, la cause environnementale et la place des femmes en politique.

Au moment de mettre sous presse, hier soir, la cérémonie n'avait pas encore débuté. Des allocutions de Jean Chrétien, Paul Martin et Michael Ignatieff étaient prévues, de même qu'un message préenregistré d'Aline Chrétien, celle qui, la première, avait remarqué M. Dion en 1995 et qui avait suggéré à son mari, alors premier ministre, de le recruter. M. Chrétien s'apprêtait à rappeler les faits d'armes de son ancien ministre de l'unité nationale, tandis que M. Martin voulait souligner la préoccupation verte de Stéphane Dion.

Michael Ignatieff, lui, avait déjà eu de bons mots pour son prédécesseur plus tôt dans la journée. «Ce parti se souviendra de Stéphane Dion avec affection, a-t-il déclaré aux journalistes. Pour deux raisons. La première, c'est son engagement inébranlable envers la participation d'un plus grand nombre de femmes en politique. C'est un grand accomplissement, que je devrai atteindre à mon tour. La seconde, c'est d'avoir placé l'environnement au coeur des idées que défend ce parti. Ce sont deux accomplissements énormes.»

M. Dion s'était fixé comme objectif que le tiers de ses candidats à l'élection de 2008 soient des femmes, objectif qu'il avait dépassé. Ici, à Vancouver, Stéphane Dion s'est fait discret. On ne l'a vu qu'à la fin de la journée, dans le cadre d'un cocktail-bénéfice tenu en son honneur. Il s'est installé dans le parti et le caucus une certaine pudeur à parler de son règne cahoteux: on lui est reconnaissant d'être parti sans avoir tenté de s'accrocher. «Il a eu des moments difficiles en politique, a concédé Michael Ignatieff. C'était parfois brutal. Et une des choses que j'admire de lui face à cette brutalité, c'est son courage. Sa résilience. Son patriotisme, sa détermination, sa dévotion envers le pays en 1995, en 1996. Je crois que les Canadiens ne devraient pas oublier cela.»

Dans les coulisses de l'aile québécoise du PLC, on dit ignorer si M. Dion se présentera à la prochaine élection. Le principal intéressé refuse de discuter de son avenir. S'il devait quitter le parti, sa circonscription de Saint-Laurent-Cartierville permettrait d'attirer un candidat-vedette.

Vivement des élections

Jeudi soir, Jean Chrétien a relancé les spéculations électorales en affirmant qu'il souhaitait un scrutin «le plus tôt possible». Printemps? Automne? Dans les corridors du congrès, certains militants du Québec se montrent impatients d'y aller après les vacances. Surtout que le dernier sondage Crop-La Presse place les libéraux en avance devant le Bloc québécois.

La grande question est de savoir si le Bloc québécois acceptera de voter contre le gouvernement conservateur (avec les libéraux et le NPD) et ainsi forcer la tenue d'une élection. Déjà cette semaine, Gilles Duceppe a présenté un plan de relance économique qui lui permettrait, si les conservateurs le mettent en application, d'appuyer le gouvernement et ainsi d'en assurer la survie.

Selon un ancien député libéral rencontré hier, le Bloc québécois pourrait vouloir déclencher quand même les élections cet automne pour minimiser les dommages. «Ce qu'ils vont perdre dans des coins comme les Cantons-de-l'Est ou en Gaspésie, ils pourront le récupérer dans des endroits comme la ville de Québec, dit-il. À Québec, le Parti libéral n'est pas encore assez reconstruit pour bénéficier des pertes des conservateurs. Le Bloc pourrait donc aller chercher trois ou quatre sièges qui compenseraient.»

De passage en Saskatchewan, Stephen Harper a d'ailleurs appelé les partis de l'opposition à travailler en collaboration plutôt que de penser à des stratégies électorales. Le Parti conservateur est encore nettement plus riche que son adversaire libéral. Le PLC se vante depuis quelques jours d'avoir amassé 1,8 million de dollars au cours du premier trimestre 2009, mais Élections Canada a publié les chiffres officiels hier: la formation de Stephen Harper, elle, a récolté... 4,3 millions.

Par ailleurs, le congrès s'est déroulé sans anicroche ni moment phare hier. Des discussions sur des thèmes généraux ont été organisées: le Canada dans le monde, l'environnement, le développement rural et la justice sociale. Après avoir écouté de courts discours de personnalités importantes dans ces domaines, les militants ont pris la parole pour indiquer leurs priorités. Cela a donné lieu à des discussions très libres, mais allant dans toutes les directions. Celle portant sur le Canada dans le monde, par exemple, a permis de discuter de Cuba, des femmes en Afghanistan, du commerce de la drogue et de la construction d'une voiture «made in Canada».

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