Harper, le sauveur du PLC?

Michael Ignatieff est arrivé à Vancouver hier, afin de participer au congrès du PLC, qui le couronnera chef du parti.
Photo: Agence Reuters Michael Ignatieff est arrivé à Vancouver hier, afin de participer au congrès du PLC, qui le couronnera chef du parti.

Le congrès du Parti libéral du Canada qui doit officiellement couronner Michael Ignatieff s'est ouvert hier à Vancouver. Avec seulement le quart des délégués prévus au départ, ce rassemblement se veut surtout une séance de reconstruction et de préparation électorale.

Vancouver — Le premier ministre Stephen Harper célébrait son 50e anniversaire hier, et pour cadeau, il a reçu les remerciements de son rival, Michael Ignatieff. Selon le chef libéral, c'est grâce au leader conservateur si le PLC a pu sortir de son bourbier organisationnel et se préparer sérieusement pour la prochaine joute électorale.

«Quand on y repense, c'est M. Harper qui a fait rouler la petite boule de neige qui a dévalé la pente et a finalement déclenché l'avalanche. Soudainement, ce maître stratège s'est retrouvé devant un Parti libéral unifié avec un chef. Personne le 1er novembre dernier n'aurait pu prédire que le 12 décembre, cela serait le résultat», a déclaré hier Michael Ignatieff au cours de la conférence de presse d'ouverture du congrès du PLC, qui se déroule jusqu'à dimanche à Vancouver.

Selon M. Ignatieff, la tentative automnale de Stephen Harper de mettre un terme au financement gouvernemental des partis politiques (à raison de 2 $ par vote obtenu) a eu pour effet «d'unifier le Parti libéral et d'en faire un parti sans dette». «Nous sommes pour ainsi dire prêts pour une élection. Qui aurait dit que ce serait le résultat? Ironiquement, nous devons en donner en partie le crédit à mon adversaire en chef, Stephen Harper.» Rappelons que c'est cet énoncé économique, ne contenant par ailleurs aucune mesure pour venir en aide à l'économie vacillante, qui a débouché sur la création d'une coalition de l'opposition, la prorogation du Parlement, le départ de Stéphane Dion et l'avortement de la longue course au leadership qui aurait dû avoir lieu. Sans adversaire, M. Ignatieff s'est retrouvé chef de facto à la mi-décembre.

Hommage à Dion

Le congrès de cette semaine sera l'occasion de rendre hommage à l'ancien chef Stéphane Dion. D'ailleurs, les John Turner, Jean Chrétien et Paul Martin sont tous au rendez-vous. M. Ignatieff sera confirmé dans ses fonctions demain. L'adoption de résolutions politiques ne constituera pas cette fois-ci le moment fort du congrès. Les quelque 1500 délégués attendus y consacreront à peine deux heures demain matin. Les militants parleront surtout de préparation électorale et de reconstruction du parti: comment recruter de nouveaux membres et les motiver, comment faire des activités de financement, comment rebâtir les organisations dans chacune des 308 circonscriptions.

Les militants devront aussi décider si le PLC imitera enfin les autres formations politiques dans le choix de ses chefs en adoptant la formule d'un vote par membre en règle (au lieu de la coûteuse formule des délégués). Une telle formule avait été rejetée à Montréal en décembre 2006, mais M. Ignatieff s'est prononcé en sa faveur cette semaine. L'establishment libéral croit en outre qu'une telle formule contribuera à ce que les militants participent de façon plus active.

À ce sujet, d'ailleurs, John Turner, a émis le souhait que les candidats libéraux soient choisis par les militants locaux et non par le chef. «Le parti ne sera pas reconstruit du sommet à la base. Le parti doit être rebâti à partir de la base», a-t-il dit, recueillant les applaudissements. «Je ne veux pas voir des candidats nommés par le chef, je veux voir des candidats qui connaissent leur circonscription et vont vers les gens. Et je veux davantage de politiques débattues au niveau local et des associations engagées dans leur communauté.» M. Ignatieff n'a pas tout à fait pris d'engagement à cet égard.

Quant aux résolutions, deux d'entre elles feront jaser. Provenant respectivement de Colombie-Britannique et du Québec, elles proposent le recours à une forme de taxation, même une taxe sur le carbone, pour combattre les gaz à effet de serre responsables des changements climatiques. On attribue à cette taxe impopulaire, dont M. Dion s'était fait le défenseur et qui est devenue synonyme de son leadership douteux, les mauvais résultats électoraux de l'automne dernier.

Par ailleurs, M. Ignatieff a déclaré hier que le PLC n'avait plus de dette, grâce aux collectes de fonds organisées depuis le début de l'année. «Les autres partis devraient en prendre bonne note», a-t-il dit. Selon le parti, 1,8 million de dollars aurait été amassé au cours du premier trimestre 2009, une nette augmentation par rapport aux trimestres de l'ère Dion. Le Devoir avait révélé en février dernier que les dons au PLC avaient augmenté de façon significative à partir du 9 décembre, date à laquelle le dernier adversaire de M. Ignatieff s'était retiré de la course pour lui laisser la voie libre. En trois semaines, l'effet Ignatieff avait permis d'amasser autant d'argent qu'en presque trois mois sous Stéphane Dion.

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Avec la collaboration de Manon Cornellier

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