Non-assistance à citoyen en danger à l'étranger - Le Canada menacé de poursuite

Johanne Durocher estime que le Canada n’en fait pas assez pour aider sa fille à se sortir du pétrin.
Photo: Jacques Nadeau Johanne Durocher estime que le Canada n’en fait pas assez pour aider sa fille à se sortir du pétrin.

La famille de la Québécoise Nathalie Morin, séquestrée en Arabie saoudite par son mari depuis des mois, menace de poursuivre le gouvernement canadien si ce dernier ne porte pas davantage assistance à Mme Morin et à ses trois enfants.

Ottawa — Nathalie Morin, 24 ans, veut revenir au Canada avec ses trois enfants en bas âge. Elle est mariée à un Saoudien, Saïd, qui refuse de la laisser repartir depuis qu'elle a fait un voyage en Arabie saoudite en 2005. Dans ce pays, une femme peut quitter les frontières seulement si son mari l'y autorise. Le mari doit aussi autoriser le départ des enfants.

La mise en demeure a été envoyée hier matin au ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, par l'avocat Julius Grey, qui représente la famille de Nathalie Morin. «Dans un pays où les lois locales ne respectent pas notre Charte des droits et libertés, comme l'Arabie saoudite, le Canada a l'obligation d'aider ses ressortissants en difficulté. La Charte doit passer avant les lois du pays», a dit Julius Grey au Devoir.

Celui-ci affirme que la procédure sera probablement entamée devant la Cour fédérale. Pour l'instant, la somme de 500 000 $ est réclamée, mais le montant pourrait augmenter si les efforts du Canada ne sont pas plus importants.

La mère de Mme Morin, Johanne Durocher, a témoigné du calvaire de sa fille hier matin, lors d'une conférence de presse. Elle a fait entendre un message enregistré de sa fille: «Je voudrais retourner au Canada le plus tôt possible avec mes trois enfants», lance Mme Morin sur la bande audio.

Selon Johanne Durocher, sa fille est séquestrée dans sa maison depuis 18 mois, soit depuis qu'elle aurait tenté d'entreprendre des procédures de divorce. «Elle est enfermée sous clé toute la journée. Elle a été battue. Ma fille et ses enfants sont maltraités. Ils sont mal nourris. Les enfants sont battus avec des fils électriques», a dit Mme Durocher au Devoir, lors d'un entretien téléphonique.

À l'occasion d'une visite chez sa fille, en décembre 2005, Johanne Durocher affirme avoir vu son mari, Saïd, battre Nathalie Morin. Elle a montré des photos qui prouvent les agressions.

Un viol conjugal?

Johanne Durocher a également laissé entendre que la dernière-née de sa fille, la petite Sarah, âgée de quatre mois, a été conçue sous les menaces et que Nathalie Morin a été forcée de tomber enceinte.

«J'ai honte de mon gouvernement, qui défend les lois saoudiennes au lieu de défendre ma fille», dit Johanne Durocher. «Ottawa permet que quatre personnes soient retenues en otage et maltraitées.»

Aux Affaires étrangères, on soutient que le cas de Nathalie Morin est «complexe». «Nos agents consulaires ont avisé Mme Morin qu'elle et le père de ses enfants doivent régler la question de la garde des enfants en utilisant les voies juridiques saoudiennes avant que nous ne puissions faciliter le retour des enfants au Canada», a dit Natalie Sarafian, porte-parole du ministre Lawrence Cannon.

Aux Affaires étrangères, on fait valoir que Mme Morin n'a peut-être pas fait toutes les démarches juridiques possibles, comme une plainte à la police. Une affirmation ridiculisée par Johanne Durocher. «Elle ne peut pas sortir de chez elle! Elle ne peut même pas parler au téléphone quand elle veut», dit la mère de Mme Morin.

Une source au ministère a affirmé au Devoir avoir été surprise d'apprendre que le dernier enfant du couple aurait pu être conçu lors d'un viol conjugal. «C'est la première fois qu'on entend ça», a dit cette source.

Des lois aberrantes, dit le NPD

Le ministère affirme que les agents consulaires ont fait «100 appels téléphoniques ou courriels» à Mme Morin depuis février 2008. Ils lui ont aussi rendu visite à quelques occasions. Mais Mme Durocher affirme que ces chiffres ne sont que de la poudre aux yeux. «Ma fille peut parler au téléphone seulement si son mari le veut. Les 100 appels n'ont pas été faits à ma fille, mais au domicile. Ils ont parlé à Saïd, son mari, la plupart du temps.»

Trois députés fédéraux sont montés aux barricades pour aider Nathalie Morin et sa famille: Francine Lalonde du Bloc québécois, Bernard Patry du Parti libéral et Thomas Mulcair du NPD.

«Le Canada doit être plus ferme dans ses négociations avec le gouvernement saoudien et invoquer clairement le respect de la Charte pour exiger le rapatriement de Nathalie et de ses enfants», a soutenu la bloquiste Francine Lalonde.

De son côté, Thomas Mulcair dit trouver aberrant que le Canada «fasse l'apologie de lois qui briment le droit des femmes». «Pourquoi on met nos gants blancs? Mme Morin est prisonnière de son mari, mais aussi d'un État qui n'accorde pas de droits aux femmes», dit-il.

Au ministère, on réplique que le Canada est signataire de la Convention de La Haye sur les enlèvements civils. «Le Canada estime qu'il est dans l'intérêt de l'enfant de régler les litiges concernant la garde dans le pays de résidence habituelle de ce dernier», a affirmé Natalie Sarafian par voie de courriel.

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