L'opposition digère mal le lunch d'affaires de Sabia chez Power Corp.

Michael Sabia
Photo: Jacques Nadeau Michael Sabia

Michael Sabia continue de soulever la controverse, cette fois-ci pour avoir pris un premier contact dans ses nouvelles fonctions avec des dirigeants de Québec inc. au siège social de Power Corporation. L'opposition n'a guère apprécié la chose.

Québec — La rencontre au siège social de Power Corporation entre le nouveau patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), Michael Sabia, et la crème de Québec inc. a suscité des réactions négatives de la part des trois partis d'opposition à l'Assemblée nationale.

Au Parti québécois, on trouve «très étrange» que le premier contact de Michael Sabia, à titre de président de la Caisse, avec une quinzaine de dirigeants de grandes entreprises québécoises se fasse dans le décor feutré du siège social de Power Corporation à Montréal. À l'Action démocratique du Québec, on voit dans cette rencontre un manquement à l'éthique, tandis que chez Québec solidaire, on craint même que Power Corporation exerce un contrôle sur la CDPQ.

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, le porte-parole péquiste en matière de finances, François Legault, s'adressant à la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a versé dans l'ironie. «Est-ce que la ministre des Finances ne peut pas convenir qu'actuellement, M. Sabia devrait mettre toutes ses énergies à prendre connaissance des dossiers, rencontrer les dirigeants importants du Québec, céduler [sic] lui-même les rencontres? On pourrait lui dire aussi qu'il y a des salles de conférence à la Caisse de dépôt, qu'il n'est pas obligé d'aller ailleurs», a lancé M. Legault.

Selon l'information diffusée sur la chaîne Argent et publiée dans des journaux de Quebecor, c'est le président de Power Corporation, André Desmarais, qui a invité Michael Sabia à venir rencontrer des dirigeants de Québec inc. au siège social du holding. Le vice-président de Power et ex-président et chef de la direction de la Caisse, Henri-Paul Rousseau, était présent lors de ce lunch d'affaires offert par l'empire Desmarais, tout comme le président du conseil de Transcontinental, Rémi Marcoux, le président du Groupe Jean Coutu, François Jean Coutu, l'ancien p.-d.g. de la chaîne d'alimentation Metro, Pierre Lessard, ainsi que les têtes dirigeantes du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, et de la Banque Nationale, Louis Vachon. Il y avait un grand absent: Pierre Karl Péladeau, le président de Quebecor, une entreprise dans laquelle la CDPQ a pourtant investi massivement.

Le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'institutions financières, le député de Nicolet-Yamaska Jean-Martin Aussant, s'est demandé, hier, pourquoi ce sont M. Desmarais et Power Corporation «qui devraient faire accepter le choix de M. Sabia aux décideurs de Québec inc».

Si M. Sabia avait été mieux reçu au départ, «il n'y aurait pas tout ce travail d'acceptation à faire», a avancé M. Aussant. «Et surtout, si le nouvel arrivant à la tête de la Caisse connaissait déjà le Québec et ses institutions économiques, il n'aurait pas à se faire présenter.»

Pour le porte-parole adéquiste en matière de finances, le député de Shefford François Bonnardel, il y a une «question d'éthique» qui se pose. «Je pense que ça aurait pu se faire ailleurs», a-t-il livré au Devoir. «On dirait un casse-tête qui déboule tous les jours, a-t-il illustré. C'est une répercussion totale d'une nomination qui s'est faite à la sauvette.»

Amir Khadir, de Québec solidaire, estime qu'«on assiste à ce qui a l'apparence d'une espèce de prise de contrôle de la Caisse de dépôt à un moment où elle est très fragile». Selon le député de Mercier, la famille Desmarais a déjà «réussi à neutraliser le seul allié international qu'avait le Québec» dans l'éventualité où les Québécois choisiraient l'indépendance. La Caisse est «un autre outil pour que le Québec puisse assumer ses choix», estime M. Khadir. Or MM. Sabia et Desmarais font partie de «l'élite d'affaires canadienne» qui cherche à intégrer l'économie du Québec à celle des États-Unis, a-t-il déploré.

Talonnée par François Legault, Mme Jérôme-Forget a révélé qu'on n'avait toujours pas mis la dernière main aux conditions d'embauche de M. Sabia. Des négociations ont toujours cours avec le service des emplois supérieurs du Conseil exécutif. Après avoir défendu la semaine dernière l'idée que M. Sabia peut détenir des options d'achat d'actions de BCE, options auxquelles M. Sabia a décidé de renoncer, la ministre est revenue sur sa position en affirmant que le président du conseil de la Caisse, Robert Tessier, l'avait informée «il y a longtemps» que M. Sabia se déferait de ces options.
 
8 commentaires
  • Sophie Maheu - Abonné 8 avril 2009 00 h 43

    C't'une grosse blague !

    Oubliez tout ça, c'est une bonne grosse blague. Un gros poisson d'avril. Regardez bien sa photo, Sabia est en fait le célèbre Groucho Marx qui a laissé tomber la moustache ( passée de mode ). Nous n'assistons pas à du cafouillage, c'est pour nous distraire de la crise. C'était dans les journaux l'autre jour, les humoristes font des affaires d'or
    pendant les crises. Il y en a une belle palette à Québec d'ailleurs : il y a Patapouf mais il s'emmerde un peu de ce temps-ci; il y a la dame à la sacoche, très versatile celle-là; un qui performe vraiment et on voit que ça vient tout naturellement c'est Jacques Dupuis, indéniablement un doué.

    R Lachance

  • Yves Côté - Abonné 8 avril 2009 03 h 36

    Désaccord...

    Je suis en entier désaccord avec le PQ lorsqu'il qualifie "étrange" la rencontre chez Power corp. entre Monsieur Sabia et les plus gros dirigeants d'entreprises du Québec. Mon petit doigt me porte à croire que pour en déterminer l'importance, il aurait mieux valu user des mots "significatif", voir "prévisible", "librement scandaleux". Ou encore mieux, pour le peuple du Québec, de l'expression "significativement suicidaire pour le peuple"...
    Faut-il en croire que nos politiciens d'opposition concèdent aux gens d'affaires un pouvoir qu'eux-mêmes osent de moins en moins revendiquer? Celui de représenter un peuple souverain sur son territoire et libre de ses décisions?
    Je me le demande souvent lorsque je mesure la distance qui sépare l'indépendance d'esprit du Parti Québécois d'hier de celui d'aujourd'hui...
    Hier, ses chefs s'entendaient pour dire que non-seulement il ne devait pas y avoir dans l'administration de l'Etat de conflit d'intérêts, mais qu'il ne devait même pas y avoir de doute sur l'existence d'un conflit possible. Aujourd'hui, malgré la protection d'opinion que leur apporte le fait qu'ils aient été élu, aux oreilles des électeurs, ils en sont à trouver "étrange" ce qui de toute évidence est proprement scandaleux.
    De peur de perdre quelques petits acquis confortables, serions-nous donc décidément bel et bien redevenus massivement les "french pea soup" qu'on nous accusait si souvent d'être à une autre époque? Le portrait de nos élus, de tous nos élus pris dans l'ensemble qu'ils forment, opposition incluse, n'est-il pas le reflet en tout de la société dont nous faisons partie?
    En commençant par cette part qui repose sur ceux qui ont baissé les bras et qui ne votent plus...

  • Stéphane Doré - Inscrit 8 avril 2009 08 h 07

    Ça a aucun bon sens...

    Coudon! Est-ce que le clan Desmarais va pouvoir se servir de la Caisse pour ses propres fins par personne interposée tout simplement?

    - Clan Desmarais: "Nous avons besoin d'appuis pour prendre le contrôle de l'entreprise X."

    - Sabia: "Pas de problème, la Caisse va en acheter des tas et votera dans le même sens que vous, par la suite."

    - Clan Desmarais: "Parfait. Nous avons besoin de liquidité. On voudrait vendre des actions de la compagnie Y mais le cours de son action ordinaire végète dans les bas fonds."

    - Sabia à la Caisse: "Pas de problème la Caisse va en acheter de façon soutenu et régulière à compter de maintenant. Ça va faire beaucoup monter le cours."

    - Clan Desmarais: "Excellent. On est en business."

    Ce ne sont que de deux petits exemples simplistes, mais qui illustre l'immense avantage d'avoir les "deux mains sur le gouvernails" de la Caisse en ayant sur place des alliés fidèles.

    Les médias ont un devoir de dénonciation et de surveillance majeur à faire dans ce dossier. Le Devoir débute fait bien.

  • Maco - Abonné 8 avril 2009 08 h 55

    Québec Inc.

    Filiale de Power Corp.

  • roger montreal - Inscrit 8 avril 2009 11 h 23

    Charest et les décisions de Desmarais

    J espere que les gens qui ont refusés de voter a la derniere élection se mordent les pouces.
    Oui CHAREST le manipulateur continu ses basses oeuvres,/COMMANDÉ PAR DESMARAIS/pour afaiblir le QUÉBEC .
    POWER CORP. veut controler tout le QUÉBEC INC. contre un futur référendum meme la C D P Q.
    Il y a certain députés libéraux qui devraient avoir la fiertés pour traverser la chambre et sieger comme indépandents.
    Pour que CHAREST et le parti libéral soient minoritaires, empecher le menteur /CHAREST/ d accomplir les commandes de DESMARAIS .
    ROGER MONTREAL