G20: pour un «nouvel ordre mondial»

Barack Obama, le président italien Sylvio Berlusconi et le président russe Dmitri Medvedev, à l’issue du Sommet du G20 à Londres.
Photo: Agence Reuters Barack Obama, le président italien Sylvio Berlusconi et le président russe Dmitri Medvedev, à l’issue du Sommet du G20 à Londres.

Qualifiant leur geste de «tournant historique», les pays du G20 ont convenu, hier, à Londres, de renforcer la régulation financière internationale et d'injecter 1000 milliards de plus en prêts aux économies en difficulté et en aide au commerce.

Les dirigeants des 20 plus grandes économies industrialisées et émergentes ont notamment annoncé la création d'une nouvelle autorité de surveillance internationale ainsi que la mise en place de nouvelles règles communes en ce qui a trait à la rémunération des dirigeants de banque, aux paradis fiscaux, ou encore à l'ensemble des acteurs importants du marché financier, y compris les fonds spéculatifs et les agences de notation. À défaut de s'entendre sur le besoin de mettre encore plus d'argent dans leurs plans de relance économique, ils ont également promis de tripler le financement du Fonds monétaire international (FMI) et d'allouer 250 milliards de plus à l'aide au commerce.

Les 20 chefs de gouvernement sont sortis presque euphoriques de leur réunion, qui n'aura pas duré 24 heures. Leur hôte Gordon Brown, premier ministre britannique, a salué l'avènement «d'un nouvel ordre mondial» marqué par «une nouvelle ère de coopération internationale».

Barack Obama a qualifié l'événement de «tournant» dans l'actuelle crise économique. «Nous avons appris les leçons de l'Histoire», a poursuivi le président américain, qui effectuait sa première grande sortie officielle à l'étranger. «Après des semaines de négociations prudentes, nous nous sommes mis d'accord sur une série de mesures sans précédent pour rétablir la croissance et empêcher une crise comme celle-ci de se produire à nouveau.»

La chancelière allemande, Angela Merkel, a parlé d'un «compromis historique pour une crise exceptionnelle». Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, du «plus grand plan de relance coordonné jamais décidé».

Certains se sont même avoués surpris d'un tel succès. «Pour dire la vérité, c'est au-delà de ce qu'on avait imaginé», a déclaré le président français, Nicolas Sarkozy. «Pour toutes les mesures, il y a une méthode, il y a un calendrier et un responsable.» Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a qualifié les résultats de «plus ambitieux qu'attendu».

Le Canada s'est joint au concert d'autocongratulations. «On n'a jamais vu de réaction aussi rapide et aussi coordonnée de la part de la communauté internationale», a déclaré le premier ministre, Stephen Harper. «Je crois que les pires aspects de l'instabilité [économique mondiale] sont derrière nous.»

De la confrontation à l'entente

On avait beaucoup parlé, ces dernières semaines, de l'opposition qu'il y avait entre, d'un côté, les États-Unis, le Japon et le Royaume-Uni, et de l'autre, la France et l'Allemagne, à propos de ce qui devait constituer la priorité de ce sommet. On disait que les uns réclamaient d'abord et avant tout plus d'argent pour la relance économique mondiale, mais que les autres voulaient surtout un resserrement des règles internationales de la finance afin d'éviter que ne se répète une pareille crise.

Dans leur communiqué final, les pays du G20 n'ont pris hier aucun nouvel engagement en matière de relance économique. Les mesures déjà annoncées devraient totaliser 5000 milliards $US d'ici la fin de 2010, ont-il assuré. On a quand même promis de «fournir tous les efforts budgétaires nécessaires pour restaurer la croissance».

On s'est toutefois engagé à ajouter 500 milliards aux 250 milliards de financement dont dispose déjà le FMI pour venir en aide aux pays en difficulté sous forme de prêts. L'institution internationale sera aussi autorisée à émettre des droits de tirage spéciaux (DTS) afin de pouvoir offrir, presque gratuitement, jusqu'à 250 milliards de nouvelle liquidité aux pays qui en auront besoin, notamment les plus pauvres. Un autre 250 milliards sera offert sous forme de crédits à l'exportation et d'aide à l'investissement pour stimuler le commerce. On parle au total d'environ 1100 milliards supplémentaires.

Resserrement de la régulation

D'importants engagements ont également été pris en matière de resserrement de la régulation des marchés financiers. Les membres du G20 ont annoncé le remplacement du Forum de stabilité financière du G8 par un nouveau Conseil de stabilité financière du G20 aux pouvoirs élargis en matière de détection et d'alerte en cas de pratiques économiques ou financières dangereuses. Ils ont réitéré leur promesse d'accorder plus d'influence au sein du FMI aux puissances émergentes, comme la Chine, en échange d'une contribution financière plus généreuse à son fonctionnement.

Les 20 pays ont aussi promis d'élargir leurs régulations financières nationales à tous les acteurs et les marchés importants, y compris les fonds spéculatifs et les agences de notation. Ils ont annoncé que les grandes entreprises financières devront dorénavant conserver des réserves plus importantes afin de faire face à d'éventuels coups durs. Ils se sont engagés à mettre en place des principes «fermes» sur la rémunération dans les compagnies. Ils ont dit avoir convenu d'une approche commune sur la manière de libérer les banques de leurs «actifs toxiques».

On a aussi déclaré la guerre aux pays qui recourraient au protectionnisme ainsi qu'aux paradis fiscaux qui refuseraient de dévoiler des informations à la demande. Dans les deux cas, on entend faire pression sur eux en instaurant un système de dénonciation public qui pourrait ensuite mener à des sanctions.

On n'a d'ailleurs pas tardé à passer de la parole aux actes, l'OCDE dévoilant immédiatement après la fin du Sommet de Londres une première liste noire de paradis fiscaux comprenant le Costa Rica, la Malaisie, les Philippines et l'Uruguay. Les paradis fiscaux les plus connus, comme la Suisse ou le Luxembourg, ont échappé de justesse à la liste de déshonneur grâce à des changements apportés à leurs législations au cours des dernières semaines.

Les marchés sont contents

Les dirigeants politiques du G20 n'étaient pas les seuls, hier, à être euphoriques. Les conclusions du Sommet de Londres ont aussi eu l'heur de plaire aux principales places boursières du monde. À New York, le Dow Jones a gagné 2,8 %, alors qu'à Toronto, l'indice S&P/TSX s'est apprécié de 1,5 %. Les gains ont été encore plus marqués à Londres (+ 4,3 %), Francfort (+ 6,1 %), Paris (+ 5,4 %), Tokyo (+ 4,4 %) et Hong Kong (+ 7,4 %). Le prix du pétrole a suivi le même chemin, avec une hausse de 4,25 $, à 52,64 $ le baril.

Les organismes humanitaires et les écologistes ont dit vouloir attendre de voir ce que valaient vraiment toutes ces promesses avant de se prononcer. «Des paroles seules ne peuvent sauver la vie d'un enfant, mais le sommet offre une lueur d'espoir», a commenté Adrian Lovett, porte-parole de l'organisation Save the Children.

Le Sommet de Londres était la deuxième réunion des dirigeants des pays du G20. La première s'était tenue en novembre à Washington et avait servi à établir les grands principes de ce qui allait venir. Une troisième réunion devrait se tenir en septembre à New York pour faire une première évaluation du chemin parcouru.

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Avec l'Agence France-Presse, la BBC, La Presse canadienne

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