Un citoyen canadien coincé à l'ambassade au Soudan - L'opposition réclame le retour d'Abdelrazik

Les trois partis d'opposition à Ottawa ont demandé hier au gouvernement fédéral de permettre à Abousfian Abdelrazik, un citoyen canadien d'origine soudanaise, de rentrer au pays après un long exil forcé au Soudan, où il affirme avoir été torturé par les autorités.

Le gouvernement a jusqu'ici multiplié les obstacles au rapatriement de M. Abdelrazik, qui est hébergé depuis 11 mois à l'ambassade canadienne à Khartoum. Ottawa exige depuis vendredi dernier que son ressortissant réussisse à faire radier son nom d'une liste de présumés membres d'Al-Qaida et de talibans, tenue par un comité du Conseil de sécurité de l'ONU.

Auparavant, le ministère des Affaires extérieures avait promis de lui délivrer un nouveau passeport s'il se procurait un billet d'avion pour le Canada. Environ 200 citoyens canadiens se sont entre-temps cotisés pour payer son passage sur un vol en partance du Soudan ce vendredi.

«Chaque jour où il est au Soudan, c'est un autre jour où ses droits sont violés», a affirmé le député libéral Irwin Cotler, lors d'une conférence de presse conjointe avec les députés Paul Crête, du Bloc québécois, et Paul Dewar, du Nouveau Parti démocratique.

M. Cotler a ajouté: «Il n'y a rien dans les faits ou selon le droit qui justifie qu'on refuse à ce citoyen de rentrer au Canada.»

«C'est totalement absurde! [...] La résolution 1390 du Conseil de sécurité des Nations unies stipule qu'un État ne peut refuser l'entrée sur son territoire à ses propres citoyens», a affirmé le député Paul Crête.

Abousfian Abdelrazik s'est rendu au Soudan en 2003 pour y visiter sa mère malade. Il y a été emprisonné à deux reprises pendant un total de neuf mois.

La police soudanaise n'a finalement rien trouvé à lui reprocher. La Gendarmerie royale du Canada le considère également innocent. Cela ne l'empêche pas de figurer, depuis juin 2006, sur une liste de suspects dressée en 1999 en vertu d'une résolution du Conseil de sécurité, et considérablement «enrichie» après le 11 septembre 2001. Ces personnes n'ont pas le droit de voyager en avion, à quelques exceptions près, dont les cas de rapatriement.

L'avocat de M. Abdelrazik, Yavar Hameed, a déposé en Cour fédérale, début mars, une requête visant à obliger Ottawa à rapatrier son ressortissant, en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Déclaration universelle des droits de l'homme. L'audition de la cause n'est prévue que le 7 avril.

«Nous soupçonnons que le gouvernement va nous donner de nouvelles excuses. Il n'avait jamais dit que [le fait d'être inscrit sur la liste du Conseil de sécurité] empêcherait son retour», a soutenu M. Hameed.

«Les partis d'opposition ont repris la position exacte que nous soutenons devant la cour. C'est lancé dans l'arène politique. Ils n'accepteront pas de nouvelles excuses», a-t-il ajouté.

Interrogé au cours d'une conférence téléphonique qu'il faisait depuis les Pays-Bas, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a refusé de commenter le dossier.

Avec la Presse canadienne

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