Commission Oliphant - B. M. pour Beth Moores ou pour Brian Mulroney?

Elizabeth Moores
Photo: Agence Reuters Elizabeth Moores

Ottawa — La commission Oliphant, chargée de faire la lumière sur les liens d'affaires entre Brian Mulroney et le lobbyiste Karlheinz Schreiber, s'est intéressée hier à un compte de banque en Suisse marqué des initiales «B. M.». La veuve du conservateur Frank Moores, un ami de l'ancien premier ministre, est venue dire que ce compte lui appartenait à elle et non à M. Mulroney, mais a aussi reconnu qu'elle n'avait aucun contrôle dessus, faisant renaître les suspicions.

Elizabeth Moores a affirmé hier que le compte de banque suisse numéro 34117 intitulé «Devon» était le sien, même s'il a été ouvert en son absence le 3 février 1986. «Frank l'a ouvert. J'étais à Zurich avec eux et je suis retournée [à la banque] le lendemain ou quelques jours plus tard, je ne me souviens plus, pour signer les documents nécessaires afin d'avoir un pouvoir de signature sur le compte», a-t-elle raconté.

Son témoignage a toutefois soulevé des doutes lorsqu'elle a été questionnée sur son pouvoir véritable sur le compte. Y faisait-elle des dépôts? «Non.» Des retraits? «Non.» Recevait-elle des relevés réguliers? Négatif, une fois de plus. «J'étais sous l'impression que c'était mon compte, que c'était, disons, l'fun», a-t-elle expliqué. Elle a admis qu'au moment de l'ouverture du compte, M. Schreiber était présent, tout comme le comptable de celui-ci, Giorgio Pelossi.

Ce compte intéresse la commission parce que Giorgio Pelossi (qui s'est violemment brouillé avec son ancien patron) a allégué que M. Schreiber lui avait confié qu'il verserait des pots-de-vin à Frank Moores et Brian Mulroney à la suite de l'achat par Air Canada de 34 appareils Airbus. Le comptable avait désigné le compte «Devon», portant les fameuses initiales, comme étant celui devant recevoir l'argent destiné à l'ancien premier ministre. Mme Moores a répété hier qu'elle se faisait appeler Beth et que «B. M.» faisait donc référence à ses initiales à elle. En bout de piste, le compte n'a pas été utilisé. Mme Moores a expliqué qu'il n'a jamais contenu plus de 500 $. Son mari l'a fermé quelques années plus tard parce que les frais bancaires en grugeaient le capital.

Frank Moores, ancien premier ministre de Terre-Neuve mort en 2005, dirigeait la puissante firme de lobbying CGI dans les années 1980. Elle a représenté les intérêts de Karlheinz Schreiber et de Bear Head Industries, qui voulait implanter une usine de véhicules militaires à Cap Breton.

Par ailleurs, la commission a déposé des documents hier démontrant que c'est à la suite de la signature d'une entente de principe entre le gouvernement conservateur à Ottawa et Bear Head Industries à l'automne 1988 sur cette usine que Karlheinz Schreiber a versé des commissions à quatre lobbyistes. Frank Moores a touché 340 000 $ le 15 novembre de cette année-là, tandis que Fred Doucet, Gerry Doucet et Gary Ouellet ont tous touché, à la même date, 90 000 $.

À voir en vidéo