Nouvel essai conservateur au Québec

Le premier ministre, Stephen Harper
Photo: Agence Reuters Le premier ministre, Stephen Harper

Dans l'espoir de calmer la grogne de ses militants québécois depuis les dernières élections et de relancer sa formation sur des bases plus solides, Stephen Harper, chef du Parti conservateur, vient d'approuver un plan de restructuration de son équipe au Québec. Selon les informations obtenues par Le Devoir, la nouvelle structure, particulière au Québec, comprendra 12 conseils régionaux, le nombre d'organisateurs sur le terrain doublera et une nouvelle stratégie de financement sera mise en place.

Ottawa — Certains militants auraient voulu voir renaître une aile québécoise du Parti conservateur dotée de pouvoirs élargis, mais la nouvelle stratégie de Stephen Harper et de ses représentants au Québec — le ministre Christian Paradis et la directrice des opérations Claude Durand — vise plutôt une approche régionale décentralisée pour concurrencer le Bloc québécois, très actif sur le terrain, a appris Le Devoir.

Ainsi, le Parti conservateur entend regrouper les associations de comté dans une douzaine de conseils régionaux, une structure qui n'existe pas à l'heure actuelle. Par exemple, les circonscriptions du Saguenay seront réunies sous un même chapeau, alors qu'un autre conseil regroupera la région de Québec. Et ainsi de suite pour les Cantons-de-l'Est, la Rive-Sud de Montréal, l'Outaouais...

Il reste encore quelques décisions à prendre en ce qui concerne l'île de Montréal, a-t-on appris. Celle-ci pourrait être divisée en deux, notamment en raison de la langue et de la densité de population.

Selon le ministre Christian Paradis, qui est le lieutenant de Stephen Harper au Québec, l'objectif est de faire travailler les régions en «synergie» pour éviter un certain «isolement» qui nuisait souvent au parti. «Les autres provinces ont des partis conservateurs provinciaux, ce qui aide. Mais pas au Québec. Il fallait donc trouver une manière de mobiliser nos militants à l'année et pas seulement lors des élections. Il fallait aussi trouver un moyen de rester plus en contact avec ce qui touche les régions, question d'avoir une bonne lecture du terrain et de développer des idées qui collent à la réalité», a affirmé Christian Paradis lors d'une entrevue avec Le Devoir hier.

Les conseils régionaux permettront aux associations de comtés de partager des ressources, des idées, des bénévoles, et d'organiser des événements de plus grande envergure, notamment en ce qui concerne le financement. «Ils seront nos antennes sur le terrain», explique Christian Paradis. Avoir une structure qui met à contribution la base du parti et permet d'acheminer facilement les idées vers le haut de la pyramide décisionnelle était une demande des militants, selon M. Paradis.

Une source conservatrice donne l'exemple des Cantons-de-l'Est, où le Bloc québécois a fait un bon travail pour mobiliser la région derrière le projet de construction d'un train entre Sherbrooke et Montréal. Ce projet passe par plusieurs circonscriptions, de sorte que la coordination entre les intervenants est importante. Le Parti conservateur, avec ses associations qui travaillent «en silo», n'a jamais été en mesure de prendre position dans la région et de créer une mobilisation en faveur du projet. À l'inverse, lors de la dernière élection, le Bloc a récolté les fruits de son travail en recevant l'appui de plusieurs gros noms de la région.

Ajout de ressources

Pour encadrer les conseils régionaux, le Parti conservateur augmentera sa force sur le terrain. Actuellement, à peine quatre employés permanents du parti sont à l'oeuvre au Québec. Ce chiffre devrait au minimum doubler dans les prochaines semaines. «J'ai le feu vert pour augmenter les ressources de manière importante», explique Christian Paradis, qui a fait approuver son plan par Stephen Harper au début du mois de mars. L'argent sera également au rendez-vous, dit-on.

Selon le ministre, qui a fait une tournée complète du Québec avant d'accoucher de son plan de restructuration, il est «ridicule» de prétendre que le Parti conservateur a largué la province. «Le moral des troupes est bon», dit-il. Hier, La Presse faisait état d'une grogne des militants québécois, qui reprochent au PC de n'avoir rien fait de bien concret et de bien concluant dans la province pour renverser la vapeur depuis les dernières élections. «Ce n'est absolument pas représentatif de la réalité», réplique Christian Paradis.

Si le mécontentement était en effet très fort au lendemain du dernier scrutin, l'arrivée de Claude Durand, qui porte le titre de directrice des opérations au Québec, et la nouvelle structure qui sera mise en place sous peu ont «changé l'ambiance», soutient le ministre Paradis. «Nos changements sont très bien reçus», dit-il.

Financement

Les nouveaux sénateurs Leo Housakos (Montréal) et Michel Rivard (Québec) seront quant à eux actifs en ce qui a trait aux collectes de fonds, avec deux grands pôles de financement dans les deux grandes villes de la province. Les deux hommes ont un bon réseau de contacts et de l'expérience dans le domaine. Leo Housakos était notamment responsable du financement auprès des communautés ethniques de Montréal pour le maire Gérald Tremblay.

Leo Housakos et Michel Rivard, en partenariat avec Claude Durand, seront responsables de former les associations de comté afin d'améliorer l'efficacité des collectes de fonds. «Il faut un financement plus efficace au Québec», dit une source. Pour donner un coup de main, plusieurs ministres, du Québec mais aussi des autres provinces, viendront faire leur tour durant ces activités.

Une grande activité de financement aura d'ailleurs lieu à Montréal le 20 mai prochain, alors qu'on attend entre 500 et 800 personnes. Plusieurs ministres du gouvernement Harper seront sur place.

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