Entretien avec Jim Prentice, ministre de l'Environnement - GES: le Canada mise sur l'approche Obama pour rétablir sa crédibilité

Pour le Canada, l'atteinte des objectifs de Kyoto n'est plus à l'ordre du jour. Ottawa vise plutôt d'étaler ses efforts éventuels de réduction sur la période 2012-2020 en s'intégrant dans une «politique continentale» avec les États-Unis.

La non atteinte des objectifs de Kyoto ainsi que les conséquences financières d'un éventuel rattrapage constituent pour le gouvernement fédéral «une question importante, mais c'est une question [qui se pose] dans le contexte des négociations du nouveau protocole» qui sera négocié à Copenhague en décembre prochain.

C'est ce qu'a affirmé hier au Devoir le ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, dévoilant ainsi une partie de la stratégie du gouvernement Harper en matière de changements climatiques. Le Devoir demandait au ministre comment le Canada allait assumer les exigences légales de Kyoto, ce qui pourrait lui coûter des milliards en achats de crédits d'émissions pour atteindre son objectif de réduction.

«Notre priorité, c'est le nouveau protocole international, et nous avons comme politique de participer» aux négociations en vue précise le ministre, qui était de passage dans la métropole où il a participé à l'ouverture du Salon Americana au Palais des Congrès. Hier après-midi, il annonçait aussi une subvention de 10 millions pour la restauration du parc fédéral du canal de Lachine.

Le Canada, insiste Jim Prentice, entend être une «nation constructive» à Copenhague. Mais d'ici là, un important travail doit être fait à trois niveaux. Sur le plan domestique, dit-il, le Canada doit préciser ses objectifs et ses moyens de mise en oeuvre. Il doit aussi s'impliquer dans une politique «continentale» de gestion des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui devra, elle aussi, s'insérer dans une «politique internationale», en gestation pour l'instant.

Même si le Canada boude l'effort international convenu à Kyoto et que les conservateurs ont mis la hache dans le maigre plan des libéraux sans le remplacer par un plan de rattrapage musclé, le ministre Prentice soutient que le Canada demeure «crédible» dans cette négociation en raison de son alliance stratégique avec les États-Unis, qui se sont clairement engagés à plafonner leurs émissions et faire un retour dans une stratégie internationale.

Le ministre Prentice relève le fait que le Canada s'est donné des objectifs pour l'instant plus ambitieux que ceux des États-Unis. Le Canada cible une réduction de 3 % de ses émissions pour 2020 par rapport au niveau de 1990 alors que les États-Unis ciblent 1990 sans plus. Le ministre de l'Environnement note aussi que l'administration Obama a retenu dans tous ces énoncés budgétaires l'année 2005 comme année de référence, et non plus 1990 comme dans Kyoto. Le Canada a retenu pour sa part l'année 2006.

Enfin, il estime que le Canada est nettement en avance dans le dossier, car il a abondamment consulté ses milieux industriels et les provinces alors que les États-Unis en sont à définir leurs objectifs et à amorcer leurs consultations.

Jim Prentice n'est pas impressionné par ceux qui accusent Ottawa d'avoir dépensé, per capita, six fois moins que les États-Unis dans les énergies renouvelables, consacrant plutôt la moitié des 2 milliards alloués à l'environnement pour subventionner les pétrolières dans la mise au point des techniques de séquestration du carbone.

Le Canada, répond-il, produit 73% de son électricité avec des énergies sans émissions, alors que c'est à peu près l'inverse aux États-Unis. Ce «contexte» impose donc aux États-Unis d'investir davantage dans les filières vertes comme l'énergie solaire et l'éolienne. Quant au Canada, il se donne comme objectif pour 2020 de pouvoir produire 90 % de son électricité avec des «sources sans émissions de carbone», principalement grâce aux forces hydrauliques et au nucléaire, ce qui en ferait «le producteur de l'électricité la plus propre de la planète».

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