Afghanistan - Le Canada n'aura pas d'émissaire spécial

Le Canada n'imitera pas ses principaux alliés en Afghanistan, qui ont récemment nommé des émissaires spéciaux dans la région pour coordonner une nouvelle stratégie dans ce conflit. Par ailleurs, Ottawa a annoncé hier qu'il augmentait ses fonds pour payer le salaire des policiers afghans, question de tenter de faire diminuer la corruption.

Ottawa — Le gouvernement canadien y a réfléchi, mais n'ira finalement pas de l'avant avec la nomination d'un envoyé spécial en Afghanistan. Cette position va à contre-courant de la tendance actuelle, alors que les principaux alliés du Canada dans ce pays en guerre ont nommé un émissaire aux pouvoirs spéciaux pendant les dernières semaines.

Les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la France et l'Italie ont nommé un émissaire spécial pour l'Afghanistan. Ces personnes se rapportent directement à leur président ou premier ministre. Le refus canadien d'emboîter le pas aux autres pays étonne, alors qu'une conférence spéciale sur l'Afghanistan, prévue le

31 mars aux Pays-Bas, vise à améliorer la stratégie de la coalition dans ce pays en guerre.

Mais le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a soutenu hier qu'un envoyé spécial aux pouvoirs élargis n'était pas nécessaire. «On a assez de gens prêts à répondre à la demande. Plusieurs pays n'ont pas d'envoyé spécial. On a tous les outils nécessaires», a soutenu

M. Cannon au cours d'une conférence téléphonique depuis Kandahar, où il est en visite. Le sous-ministre dédié à la mission canadienne en Afghanistan, David Mulroney, l'ambassadeur canadien à Kaboul, Ron Hoffman, et le ministre Stockwell Day, responsable de l'Afghanistan au cabinet, demeurent les figures de proue du Canada pour l'Afghanistan.

Payer les policiers afghans

Par ailleurs, le ministre Lawrence Cannon a profité de son passage à Kandahar pour annoncer hier que le gouvernement canadien contribuera, pendant les deux prochaines années, à la rémunération des policiers et des agents correctionnels afghans. Une somme de 20 millions de dollars sera dépensée dans l'espoir de faire diminuer la corruption qui ronge la police en Afghanistan.

Le montant sera confié à l'ONU, qui administre une fiducie qui aide à payer les salaires des policiers afghans. Les Nations unies n'ont aucune obligation de dépenser l'argent canadien spécifiquement dans la province de Kandahar.

Le ministre Cannon a toutefois soutenu que les 20 millions de dollars représentent l'équivalent de la rémunération de 3000 policiers et agents de prison à Kandahar pendant deux ans. Si l'ONU veut concentrer l'argent dans la province de Kandahar, elle pourra donc combler tous les besoins, a soutenu le ministre.

«La Police nationale afghane joue un rôle crucial pour maintenir l'ordre en Afghanistan et le Canada s'est engagé à aider les Afghans à assumer de plus en plus leur propre sécurité», a soutenu le ministre Lawrence Cannon, arrivé dimanche soir à Kandahar dans le plus grand secret pour assurer sa sécurité.

La majeure partie du montant — 19 des 20 millions — ira à la rémunération de la police afghane, alors que le reste sera consacré aux agents correctionnels. En décembre dernier, il y avait 914 policiers actifs dans les districts les plus populeux de Kandahar, soit ceux sous contrôle canadien (Zhari, Panjawi, Arghandab et la ville de Kandahar) et 86 agents correctionnels.

La communauté internationale met de plus en plus l'accent sur la formation de la police afghane, réputée beaucoup plus corrompue et sous-équipée que l'Armée nationale afghane. La population locale ne fait pas confiance à la police, qui a tendance à soutirer de l'argent aux citoyens.

Selon Jocelyn Coulon, directeur du Réseau francophone sur les opérations de paix de l'Université de Montréal, financer les salaires des policiers afghans est une bonne décision du Canada. «Ça fait des années que la communauté internationale demande ça. Le but est de s'assurer que les policiers sont convenablement payés pour tenter de faire diminuer la corruption. C'est un problème pour tous les pays pauvres, pas seulement ceux en guerre», dit-il.

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