L'Ontario mise sur les énergies renouvelables

Photo: Agence Reuters

Au moment où le Québec s'apprête à déposer un budget, dont on se demande s'il sera vert, l'Ontario aligne sa stratégie énergétique sur le modèle d'économie verte du président Obama.

L'Ontario a déposé cette semaine un projet de loi qui le place en avant d'à peu près tout le monde en Amérique du Nord en matière d'énergies renouvelables, ce qui pourrait inciter des entreprises d'ici à aller profiter sur place de l'immense marché que cette stratégie va créer.

Le projet de loi, qui adopte le modèle allemand de financement des énergies vertes renouvelables, fait obligation aux distributeurs d'électricité d'acheter toute l'énergie verte — à des prix tarifés par le gouvernement — que les individus, municipalités et bandes autochtones vont leur proposer.

Les prix seront garantis par règlement et ils devraient refléter les coûts plus élevés de certaines filières afin d'inciter les gens à s'équiper pour produire en tout ou en partie leur propre électricité, une énorme économie à long terme pour l'Ontario.

Au Québec

En comparaison, au Québec, les municipalités, MRC et bandes autochtones se voient offrir un programme plafonné à 500 MW, dont les gagnants seront choisis par appel d'offres afin de leur offrir le moins possible. Quant aux individus, ils peuvent désormais fournir de l'électricité au réseau d'Hydro-Québec, mais l'intérêt de la formule est limité par le fait que la société d'État ne débourse jamais un sou et se contente de soustraire les kilowatts produits par ses clients de ceux qu'ils consomment. Comme les tarifs se situent entre 4,6 et 6,1 cents du kWh, très peu de gens arrivent à rentabiliser une installation à ce prix.

Selon Louis-Olivier Batty d'Hydro-Québec, seulement neuf personnes se sont effectivement branchées pour fournir des kWh, dont sept produisent avec des panneaux photovoltaïques et deux avec des éoliennes. Douze autres demandes sont en examen, dont cinq dossiers éoliens et cinq dossiers photovoltaïques et deux dossiers avec des filières combinées.

Mais en Ontario, il n'y aura pas de limite aux propositions des individus et des corps publics en plus de leur fournir des prix garantis pour leur électricité. C'est exactement ce que réclament à cor et à cri les municipalités, coops et MRC du Québec qui se revendiquent de ce modèle qui domine le marché européen de la production individuelle.

Un chantier éclaté

La province voisine entend d'ailleurs faciliter l'expansion du marché des énergies «renouvelables vertes», soit l'éolien, le solaire et le géothermique, en créant un guichet unique pour faciliter la conception, le financement conjoint avec l'État et l'évaluation environnementale des projets. Quant à l'aide offerte aux particuliers, on entend mettre de l'avant des prêts sans intérêt et pour les économies d'énergie, un financement dont les remboursements seront effectués à même les économies réalisées grâce aux mesures d'isolation ou de fenestration.

L'Ontario espère ainsi obtenir non seulement des milliers de mégawatts additionnels, mais aussi créer un gigantesque chantier de restauration énergétique qui stimulera l'économie de toutes ses régions et offrira un marché énorme aux producteurs et aux distributeurs d'équipements. On espère attirer dans cette province fabricants et distributeurs qui y consolideront leurs activités.

Cette province dépense annuellement sept milliards pour électrifier ses résidences. C'est une réduction de 10 % de cette facture, expliquait le ministre Smitherman, soit 700 M$, que cible l'Ontario, qui profitera par ailleurs des bénéfices économiques de l'opération.

La nouvelle loi imposera une révision tous les cinq ans du niveau d'efficacité énergétique des bâtiments importants. Comme on le fait aux États-Unis, le gouvernement ontarien exigera une vérification du niveau d'efficacité énergétique au moment de la vente des maisons et des édifices, ce qui obligera les acheteurs à faire face en toute lucidité aux coûts possibles de leur facture d'énergie et de leurs futures obligations de modernisation.

La future loi ontarienne imposera la norme LEED argent à tout nouvel édifice public. La norme Energy Star sera par ailleurs exigée pour les équipements installés dans les résidences, y compris pour ceux liés à l'utilisation de l'eau.

Les distributeurs locaux d'énergie se verront imposer des objectifs de conservation de l'énergie. Et les personnes à faibles revenus pourront obtenir une aide gouvernementale pour se conformer aux exigences réglementaires si elles leur imposent un fardeau financier trop lourd.

L'Ontario espère créer 50 000 emplois avec ce chantier provincial d'ici trois ans, ce qu'il estime économiquement et socialement plus rentable que d'investir dans des mégaprojets, comme on le fait encore au Québec.

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