La veille de la visite d'Obama à Ottawa - Deux F-18 canadiens chassent un bombardier russe au-dessus de l'Arctique

L’avion présidentiel américain s’est posé à Ottawa sans incident, mais la veille, l’armée de l’air canadienne avait pris en chasse un bombardier russe au-dessus de l’Arctique.
Photo: Agence Reuters L’avion présidentiel américain s’est posé à Ottawa sans incident, mais la veille, l’armée de l’air canadienne avait pris en chasse un bombardier russe au-dessus de l’Arctique.

La veille de la visite de Barack Obama à Ottawa, les avions F-18 canadiens ont dû intercepter un bombardier russe qui se rapprochait de l'espace aérien canadien en Arctique. C'était la 20e incursion russe du genre depuis le milieu de l'année 2007.

Ottawa — Le ministre de la Défense, Peter MacKay, a confirmé hier qu'un bombardier russe s'était approché de l'espace aérien canadien en Arctique, tout juste 24 heures avant l'arrivée du président américain Barack Obama à Ottawa.

L'avion a été repéré par le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD), puis escorté dans l'espace aérien international.

En conférence de presse, le ministre a confié ne pas savoir s'il s'agissait d'une simple coïncidence, mais il a indiqué que ces tentatives d'incursions de la Russie étaient de plus en plus fréquentes.

Le porte-parole des forces aériennes russes, le lieutenant colonel Vladimir Drik, a rétorqué que le vol avait été planifié à l'avance dans le cadre d'une patrouille de routine. Il a également affirmé, selon l'agence de presse russe Ria Novosti, que l'équipage avait agi conformément aux ententes internationales et qu'il n'avait pas violé l'espace aérien canadien.

Le ministre de la Défense russe a quant à lui réagi par voie de communiqué, affirmant que «les déclarations par le ministre canadien de la Défense au sujet de nos vols et de nos appareils sont absolument incompréhensibles. Cela ressemble à une mauvaise plaisanterie.»

Une partie importante de la sécurité canadienne était concentrée dans la capitale fédérale ces jours-là en vue de la visite du nouveau président américain, alors la Russie aurait pu conclure qu'il aurait été facile de pénétrer l'espace aérien du Canada, a supposé le ministre McKay.

«Je ne vais pas accuser les Russes d'avoir fait cela délibérément durant la visite présidentielle, a assuré le ministre MacKay, mais c'était une grosse coïncidence.»

Le bombardier russe a été intercepté par deux avions F-18 qui ont décollé de Cold Lake, en Alberta, lorsqu'il a été confirmé par NORAD qu'un Tupolev Tu-95, surnommé «bear», se dirigeait vers le Canada. Des signaux ont été lancés par les pilotes pour demander à cet avion de l'ère soviétique de rebrousser chemin. Le bombardier a finalement obtempéré.

En conférence de presse à Saskatoon, hier, le premier ministre Stephen Harper a affirmé que l'incident était pour lui une source de préoccupation.

«Nous avons vu une augmentation des activités des Russes dans l'Arctique et dans notre espace de souveraineté. Évidemment, c'est une préoccupation majeure. Ce gouvernement a réagi chaque fois contre ces activités et nous allons continuer de le faire», a-t-il assuré.

La Russie, comme d'autres pays nordiques, a l'oeil sur l'Arctique, une région géographiquement stratégique et dont les fonds sous-marins regorgent d'hydrocarbures.

Selon M. MacKay, cette opération de l'armée russe visait à démontrer la capacité militaire de cette ex-grande puissance, mais surtout à tenter de prouver sa souveraineté sur la région. Il a soutenu que le Canada devait occuper au maximum le Grand Nord pour affirmer à l'ensemble de la planète que cet espace lui revenait.

À ses côtés, le commandant du NORAD, Gene Renuart, a ajouté qu'il était important que le Canada et les États-Unis maintiennent une position de défense solide et intégrée à l'égard de l'Arctique.

Pas inhabituel

Ce genre d'exercice est cependant loin d'être isolé, si l'on en croit le porte-parole du NORAD, joint dans ses quartiers généraux, au Colorado.

Desmond James estime qu'au moins une vingtaine d'événements similaires se seraient produits depuis le milieu de l'année 2007.

Pour les partis d'opposition, ce qui est particulier dans cette affaire est plutôt que le ministre ait tenu une conférence de presse à ce sujet.

«Ce n'est pas inhabituel que ces choses arrivent. Ce qui est un peu inhabituel, c'est de se faire dire qu'elles ont eu lieu», a avancé le libéral Bob Rae, à la sortie de la période de questions.

Pour le politologue de l'Université de l'Alberta, Greg Anderson, le ministre MacKay s'est lancé dans ce qu'il qualifie d'opération de relations publiques parce que la souveraineté du pays dans le Grand Nord prend de plus en plus d'ampleur avec la fonte des glaciers.

«Pour une audience nationale, ici au pays, il veut s'assurer que les gens sachent que le Canada peut riposter aux incursions dans son espace aérien», a-t-il noté. «D'autre part, il voulait peut-être démontrer aux États-Unis que les capacités de défense canadiennes sont assez robustes pour faire face à ce genre de choses», a ajouté le professeur.

M. Anderson croit néanmoins que peu de progrès ont été faits concrètement sur le terrain pour assurer la souveraineté canadienne en Arctique au cours des dernières années.

À voir en vidéo