Reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham - Juneau s'expliquera devant les députés

André Juneau
Photo: Clément Allard André Juneau

C'est aujourd'hui que le président de la Commission des champs de bataille nationaux, André Juneau, comparaît devant les députés fédéraux. A-t-il voulu livrer une bataille de visibilité fédérale au Québec? Chose certaine, les libéraux de Jean Chrétien l'avaient nommé, lui et les sept autres membres du conseil d'administration, en septembre 1995, un mois avant le référendum sur la souveraineté.

Ottawa — Maintenant que la reconstitution de la bataille de 1759 sur les plaines d'Abraham a été abandonnée, la comparution d'André Juneau en comité parlementaire risque d'attirer moins l'attention. La question qui est sur toutes les lèvres à Ottawa est: conservera-t-il son poste encore longtemps?

Hier, le directeur des communications du premier ministre a refusé de spéculer sur le sort d'André Juneau, qui dirige la Commission depuis 14 ans. Dans les coulisses conservatrices, toutefois, on souligne que le gouvernement envoyait un message lorsqu'il a donné instruction à ses députés siégeant au comité du Patrimoine canadien de voter avec le Bloc québécois pour la comparution de M. Juneau. On voulait qu'il vienne expliquer sa gestion, dit-on.

Les huit membres du conseil d'administration de la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN) sont bénévoles: ils ne reçoivent aucune rémunération. Leur mandat n'a aucune durée fixe. Outre M. Juneau, on y trouve Marcel Bédard (comptable), André Hétu (directeur de banque), Florence Lanthier, Jacques Mathieu (historien ayant rédigé un livre sur les plaines d'Abraham), Carmen Montpetit (elle provient du milieu médical), Guy Paquin (ingénieur) et Robert Tremblay (enseignant).

M. Tremblay a été nommé par le gouvernement du Québec, tandis que tous les autres l'ont été par Ottawa. Historiquement, l'Ontario a aussi le droit de désigner un commissaire, mais ne l'a pas fait depuis quelques décennies.

Fait intéressant à noter, tous les membres du conseil d'administration ont été nommés par Ottawa le 26 septembre 1995, soit un mois avant le référendum sur la souveraineté du Québec.

(M. Tremblay s'est joint au groupe en 1998, après le décès de Roger Touchette, arrivé en 1995 lui aussi.) Le coup d'envoi officiel de la campagne référendaire allait être donné cinq jours plus tard.

Le directeur général de la Commission, Michel Leullier, estime qu'il ne faut y voir aucun lien. «Pas du tout, je ne vois pas de rapport», répond-il en entrevue avec Le Devoir. De mémoire, M. Leullier ne se rappelle pas que le conseil d'administration ait été remplacé d'un coup. L'ancien président, Jacques Villeneuve, avait été nommé en 1988, tandis qu'au moins deux de ses commissaires avaient été remplacés en 1992.

Les commandites

La Commission a été accusée d'avoir joué un rôle dans la bataille de relations publiques que se livraient Ottawa et Québec en ces périodes troubles où Jean Chrétien et Jacques Parizeau régnaient dans leur capitale respective. Dans une lettre adressée au ministre Alfonso Gagliano en 1999, M. Juneau avait décrit le rôle de son organisme comme un instrument politique: «La pression politique dans la capitale de la province de Québec est considérable avec un gouvernement obsédé par ses "conditions gagnantes" et qui utilise tous les moyens pour amenuiser les initiatives fédérales», écrivait-il en réclamant 200 000 $ pour les célébrations de l'an 2000.

En 2001, M. Juneau avait sollicité auprès de ce même ministre «une aide précieuse sous forme de commandite», pour assurer la visibilité du Canada, d'une valeur de 500 000 $. La CCBN s'était aussi dotée d'un «plan de commandite 2001-02» où l'on affirmait que «les budgets réguliers de la Commission ne lui permettent pas d'assurer une visibilité suffisante du gouvernement du Canada» et demandait par conséquent l'aide des Travaux publics.

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