Aide internationale - L'opposition dénonce le changement de cap

Ottawa — Les partis d'opposition à la Chambre des communes se sont dit «très inquiets» du virage canadien dans le domaine de l'aide internationale. La décision de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) de délaisser plusieurs pays d'Afrique très pauvres au profit de certains pays de l'Asie et de l'Amérique du Sud mieux nantis a fait réagir l'opposition.

«Je suis très troublé par la décision de la ministre [Bev Oda], a dit Bob Rae, critique libéral en matière d'affaires étrangères. Cette décision a été prise sans aucune consultation. Il y a beaucoup de pays africains, à la fois francophones et anglophones, qui ont été coupés et ça n'a pas de bon sens.»

Lundi en fin de journée, l'ACDI a annoncé une nouvelle liste de 20 pays qui recevront en priorité l'aide au développement d'Ottawa. Ces pays recevront dorénavant 80 % du montant annuel de

1,5 milliard de dollars consacré à l'aide bilatérale. Les 20 % restants seront répartis entre 40 pays.

Mais la nouvelle liste prioritaire laisse de côté huit pays africains (Malawi, Burkina Faso, Kenya, Zambie, Rwanda, Niger, Cameroun, Bénin) et un pays d'Asie (Cambodge). En revanche, parmi les nouveaux pays financés en priorité par Ottawa, on retrouve le Pakistan, l'Indonésie, la Colombie et le Pérou.

Pour le chef du Bloc québécois, le choix des pays a été dicté par les intérêts économiques du Canada plutôt que par la pauvreté des endroits. Il en veut pour preuve l'apparition du Pérou et de la Colombie, avec qui Ottawa vient de signer des accords de libre-échange. Le Pakistan, lui, est le voisin influent de l'Afghanistan, où les soldats canadiens se battent.

«L'Afrique est certainement le continent le plus pauvre et voilà qu'on diminue l'aide en enlevant huit pays de cette liste. [...] Quand je pense au Burkina Faso ou au Niger, c'est parmi les pays les plus pauvres au monde. On semble lier essentiellement l'aide internationale au commerce international, puisqu'apparaissent le Pérou et la Colombie», a soutenu Gilles Duceppe.

La ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, interrogée en Chambre hier, s'est défendu de laisser tomber l'Afrique. «On va maintenir notre engagement de doubler notre aide à l'Afrique», a-t-elle dit, ajoutant que la nouvelle liste de pays visait à concentrer les efforts du Canada pour avoir un impact maximal. Bev Oda a affirmé qu'il y a aussi «des besoins importants au Pérou et en Colombie».

Au bureau de la ministre, on précise que trois critères ont guidé le choix des pays prioritaires: les besoins du pays, la capacité de mettre en place des programmes efficaces et la cohérence avec la politique étrangère canadienne. La nouvelle approche proactive du gouvernement envers les Amériques a pesé dans la balance, dit-on.

Mais les accords de libre-échange avec la Colombie et le Pérou n'ont pas joué, a soutenu Jean-Luc Benoît, directeur des communications de Bev Oda. «Il n'y a pas de lien commercial à faire là», a-t-il dit.

Le chef du NPD, Jack Layton, aurait souhaité plus de sensibilité envers les pays africains. «Il nous semble que les décisions du gouvernement sont arbitraires. On cherche la logique, mais on ne la trouve pas», a-t-il dit.

Lundi soir, Gerry Barr, président du Conseil canadien pour la coopération internationale, avait dit trouver «franchement inquiétant» le virage d'Ottawa.

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