Ignatieff adopte la stratégie de Dion

Les adversaires de Stéphane Dion lui reprochaient de critiquer les politiques de Stephen Harper, mais de ne rien faire pour s’opposer à leur mise en oeuvre. Autre chef, même approche. Les libéraux de Michael Ignatieff ont refusé hier d’appuyer u
Photo: Agence Reuters Les adversaires de Stéphane Dion lui reprochaient de critiquer les politiques de Stephen Harper, mais de ne rien faire pour s’opposer à leur mise en oeuvre. Autre chef, même approche. Les libéraux de Michael Ignatieff ont refusé hier d’appuyer u

Stéphane Dion ou Michael Ignatieff, les pratiques de vote des libéraux fédéraux n'ont pas beaucoup changé. Ils ont avalé hier les changements à l'équité salariale, pourtant dénoncés sur toutes les tribunes, pour ne pas risquer de précipiter le pays en élections.

Ottawa — Les députés libéraux s'y disent peut-être opposés, mais ils ont donné hier leur imprimatur à la réforme de l'équité salariale introduite dans le budget fédéral par le gouvernement conservateur. La raison est la même que d'habitude: ils craignent comme la peste de retourner en élections s'ils changent ne serait-ce qu'une virgule du budget.

Le NPD a présenté une motion en comité parlementaire hier pour retirer du budget les changements au régime d'équité salariale, qui n'ont aucune incidence budgétaire pour Ottawa, et les placer dans un projet de loi distinct afin d'en faire une analyse approfondie. Les députés conservateurs s'y sont opposés tandis que les libéraux se sont abstenus de voter. La motion a donc été battue.

«Nous ne l'avons pas appuyée parce que si le gouvernement n'est pas d'accord, nous pourrions avoir une élection. On a une crise économique aujourd'hui. Cela doit être la priorité», a expliqué John McCallum, le critique libéral en matière de Finances. Selon lui, «ce serait mettre le doigt dans l'engrenage». Thomas Mulcair a accusé une fois de plus les libéraux de manquer de principes. Il a rappelé que l'énoncé économique de l'automne, qui avait déclenché une crise parlementaire, avait été jugé inacceptable à cause des changements apportés à l'équité salariale ainsi que la fin du financement étatique des partis politiques. Les libéraux prouvent, selon lui, qu'ils n'étaient au fond que préoccupés par leur «bifteck».

Le budget fédéral prévoit que, désormais, l'employeur et les syndicats seront conjointement responsables de négocier les rajustements en vertu de l'équité salariale. Les employés se sentant lésés par le règlement ne pourront plus s'adresser à la Commission des droits de la personne pour obtenir réparation. Leur recours sera limité à un tribunal du travail et il leur sera interdit d'obtenir de l'aide financière de leur syndicat pour être représentés. Enfin, seules les catégories d'emplois dont tionnaires sont d'un sexe donné pourront déposer des demandes d'équité salariale alors que ce pourcentage pouvait aller jusqu'à 55 % avant.

«Cela fera en sorte que des dix groupes actuellement en processus, seulement cinq, et peut-être moins, pourront maintenant réclamer un rajustement pour l'équité salariale», explique John Gordon, le président de l'Alliance de la fonction publique du Canada.

Marie-Thérèse Chicha, une spécialiste internationale de l'équité salariale à l'Université de Montréal, estime que la loi d'Ottawa marquera «un recul très net et très clair» du Canada en matière de l'équité salariale. «Cette loi vient placer la négociation au coeur du processus, mais on ne négocie pas un droit fondamental, pas plus qu'on ne négocie lorsqu'il y a du racisme envers une personne.»

La loi budgétaire d'Ottawa sera débattue et votée à la vitesse de l'éclair. Les groupes d'intérêt divers ont été invités en catastrophe au cours du week-end et ont comparu à la queue leu leu hier jusqu'à 22 heures.

Le budget est aussi critiqué parce qu'il prévoit la réouverture des conventions collectives des fonctionnaires fédéraux en ces temps de crise. L'Institut professionnel de la fonction publique du Canada, qui dit avoir plusieurs avis juridiques en main, estime que cette mesure est inconstitutionnelle. «Avant de voter une loi, je crois qu'il est opportun que les députés sachent qu'il existe un risque réel de poursuite judiciaire», a déclaré Geoffrey Greenville-Wood, le conseiller aux affaires juridiques de l'Institut. Il n'est pas allé jusqu'à dire que l'IPFPC initierait une telle poursuite, mais il ne l'a pas exclu non plus.

Les députés conservateurs n'ont pas été émus par les critiques entendues hier. Le secrétaire parlementaire du ministre des Finances, Ted Menzies, a rappelé que plusieurs travailleurs se retrouveront sous peu sans emploi. «L'argument selon lequel vos droits de négociation ne seront pas aussi forts qu'avant ne risque pas d'avoir beaucoup de résonance», a-t-il prédit.

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