Environnement: une décennie de retard à rattraper

Les partis d'opposition aux Communes ainsi que les groupes environnementaux estiment que le premier ministre Harper résiste encore, mais qu'il a été déstabilisé hier par l'énorme pression politique subtilement exercée par le président Obama sur la politique canadienne de lutte aux changements climatiques.

En entrevue au Devoir, le chef du NPD, Jack Layton, s'est dit convaincu que le dossier avait certainement progressé quand le président Obama a invité le Canada à s'intégrer dans une politique continentale basée sur un plafond et un marché d'émissions de gaz à effet de serre.

«Quand le premier ministre Harper dit que des réductions en chiffres absolus ou en intensité, c'est la même chose, explique Jack Layton, il faut comprendre qu'il commence à changer de position parce qu'on sait que ce n'est pas la même chose. Et c'est tant mieux pour nous, car ce n'est pas le président Obama qui va changer de position là-dessus. De plus, j'ai noté que le président Obama n'a pas parlé, comme l'a fait M. Harper, de captage et de stockage de CO2. Mais il a cependant évoqué la nécessité de mettre l'accent sur les économies d'énergie et sur les énergies renouvelables, le contraire de ce que font les conservateurs. Quand il dit que les États-Unis et le Canada, en tant que pays riches, ont un devoir de leadership, il invite clairement le gouvernement canadien à revoir toute sa politique.»

Pour Bernard Bigras, porte-parole du Bloc québécois en environnement, «le premier ministre canadien a manqué une grande occasion de faire un pas en avant» en ne se rapprochant pas ouvertement du nouveau modèle mis en place par l'administration Obama, soit de miser sur l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables comme moteurs de relance économique.

Pour Steven Guilbeault, d'Équiterre, «le captage de CO2, c'est moins sale mais c'est pas propre. Investir dans une solution qui ne sera pas fonctionnelle avant 15 ou 20 ans, selon les experts, c'est une hypocrisie majeure quand, en même temps, on désinvestit dans les économies d'énergie et les énergies renouvelables».

Pour Christian Simard, de Nature Québec, «on doit parler d'un pas très timide» quand on voit les chefs de gouvernement s'engager à travailler au développement de technologies propres et à l'harmonisation future des politiques de lutte aux changements climatiques. Le vrai changement, dit-il, est à venir dans la mesure où les deux gouvernements vont devoir rattraper une décennie de retard dans le dossier du climat. Mais lui aussi estime «que le Canada devra suivre parce qu'il n'aura pas le choix, y compris sur le plan économique», en raison de l'équité nécessaire pour le maintien d'une saine concurrence.

Du côté de l'institut Pembina, Matthew Bramley se déclarait «déçu de constater que le premier ministre Harper s'est contenté de s'engager dans des discussions sur la recherche de technologies et sur des projets-pilotes. Le Canada ne pourra pas s'engager dans un véritable processus de coopération avec les États-Unis sans mettre sur la table des politiques plus crédibles».

Aaron Freeman, du groupe Environmental Defence, expliquait en entrevue que la volonté avouée de Stephen Harper de vendre plus de pétrole de l'Ouest aux États-Unis va susciter d'importants problèmes économiques et politiques dans l'Est du Canada. Dans un marché continental régi par un plafond d'émissions, dit-il, toute augmentation des émissions dans l'Ouest va imposer un lourd fardeau aux entreprises de l'Ontario et du Québec.
2 commentaires
  • Michelle Bergeron - Inscrit 20 février 2009 02 h 38

    Harper ou Bigras ou Layton?

    Il y a des points en commun. Harper c'est vers la pollution de l'air et la santé et les deux autres vers la planète. Aussi borner des deux côtés. Disons que le premier c'est clair sa position. Les deux autres évitent certains sujets et militent en hypocrites. Sauver la foresterie et non des vies il faut le faire. 400 projets au Québec pour chauffer des hôpitaux, écoles les plus sensibles aux particules fines pas croyable. Le temps des hypocrites... avec des complices, ceux que le fraudeur de Strong à réunit d'un peu partout dans le monde. Pourtant ces gens là nagent dans le pétrôle, le gaz et vogue la galère... C'est comme les fédéralistes et souverinistes

  • Chryst - Inscrit 24 février 2009 12 h 03

    Aurons-nous le choix ?

    Les USA s'étant donné un nouveau président aux idées plus progressistes, nous n'aurons pas le choix que de les suivre. À moins de transformer radicalement notre économie.