Revue de presse - Doutes budgétaires

Il n'y en avait que pour le budget cette semaine dans la presse anglophone et pas un seul journal n'a approuvé le budget sans bémols. Le Winnipeg Free Press dit qu'il s'agit «d'un budget qui mérite d'être débattu, pas défait». Sceptique à l'égard de l'intervention de l'État, le Calgary Herald estime que le gouvernement Harper a trouvé, avec ce budget «davantage politique qu'économique», un juste équilibre entre réductions d'impôt, mesures de relance et politique de renforcement du système financier. Le Vancouver Sun note que le budget a passé le test de la popularité auprès du public et qu'il a permis de restaurer une certaine confiance dans les conservateurs. Il reste maintenant au fédéral à prouver que sa bureaucratie est capable de mettre ce plan en oeuvre rapidement. Le Victoria Times Colonist note tout de même que «la conversion de Harper aux déficits budgétaires est un signe de la sévérité de la récession et de la fragilité politique de son gouvernement».

Les lacunes observées sont nombreuses. Le Vancouver Province en relève dans le volet sur les infrastructures. Paula Arab, du Calgary Herald, trouve gentil qu'on aide les gens à construire un patio mais pense qu'il aurait été plus utile de financer le logement social. Le Saskatoon Star-Phoenix estime que tous ces milliards «auraient sûrement pu viser un meilleur objectif national que celui de financer des rénovations de cuisine d'un océan à l'autre».

Le manque de vision est un thème souvent repris. Le Globe and Mail déplore le manque d'investissements dans des mesures destinées à créer une économie moderne. Selon le Globe, il est prudent que le gouvernement dépense davantage maintenant, mais il «a aussi le devoir de dépenser judicieusement et avec imagination. Il n'y a que cela qui pourrait justifier une telle augmentation de la dette». Le quotidien aurait voulu voir des mesures ciblées pour améliorer la productivité, la compétitivité, la recherche.

James Travers, du Toronto Star, pense que les conservateurs, trop préoccupés par leur survie, ont oublié de transformer ce flot de dépenses en véritable occasion. Avec l'appui des libéraux, ils «seront satisfaits si vous rénovez votre patio, achetez une fournaise ou empochez une maigre baisse d'impôt». Passer à travers ne suffit pas, dit Travers. S'il fallait effacer dix ans de surplus, mieux eût valu le faire pour préparer l'avenir.

Ça grogne à droite

Bien des conservateurs ont le sentiment d'avoir été trahis par le gouvernement Harper. Furieux, Tom Brodbeck, du Winnipeg Sun, a aussitôt espéré la défaite du budget. «Si le conservatisme fiscal n'était pas déjà mort au Canada, il est certainement 10 pieds sous terre à la suite du budget du gouvernement Harper.» Le chroniqueur ne peut croire à cette «orgie de déficits». À ceux qui disent que les conservateurs n'avaient pas le choix s'ils ne voulaient pas être défaits, il répond que cela démontre «qu'ils ont fait passer leurs intérêts politiques avant ceux du pays».

Dans son éditorial pour la chaîne SunMedia, Roy Clancy, inquiet, espère simplement que «ce délire ne soit pas pure folie». Le National Post, lui, juge ce plan de relance inutile. Il ne croit pas que le gouvernement doive, par ses investissements, choisir les gagnants ou les perdants de la crise. De plus, le Post ne pense pas qu'il sache le faire. Dans l'Edmonton Sun, Neil Waugh écrit sur un ton amer: «Dans un cimetière quelque part en Alberta, une couronne symbolique est déposée au pied d'une discrète pierre tombale portant l'inscription "Reform Party".»

Terence Corcoran, du Financial Post, calcule qu'il en coûtera 273 000 $ par emploi sauvé ou créé grâce au plan conservateur. Le chroniqueur de droite estime que le monde traverse un «épisode psychotique» durant lequel «tous les citoyens du monde sont poussés à la folie par des économistes vendant des théories et des combines délirantes afin de trouver une façon d'utiliser le pouvoir de l'État pour générer la prospérité économique». À son avis, les analyses qui appuient ces initiatives sont des écrans de fumée.

R. I. P. coalition

Selon l'Ottawa Citizen, le chef néodémocrate, Jack Layton, est le grand perdant de ce dernier épisode budgétaire. Fini le rêve de participer au pouvoir. Le Citizen estime qu'une défaite de ce budget, même imparfait, n'aurait pas été dans l'intérêt des Canadiens car cela aurait ravivé l'instabilité politique en plus de retarder la mise en oeuvre de mesures de relance. Cela aurait toutefois servi les intérêts du NPD et, selon le quotidien, c'est tout ce qui préoccupait Jack Layton, comme le démontrait son intention de voter contre le budget peu importe son contenu. «Cela n'est pas du leadership, mais de l'arrogance et du dogmatisme», tranche le Citizen. Le Star-Phoenix accuse d'ailleurs Layton de s'être laissé aveugler par ses propres ambitions ministérielles.

Les deux quotidiens approuvent la décision du chef libéral, tout comme le Toronto Star. Le Globe and Mail, de son côté, croit qu'en mettant un terme à la crise politique et à la coalition, Ignatieff a «peut-être contribué à un regain de maturité» dans la réponse aux défis économiques. Le Halifax Chronicle-Herald croit aussi que les libéraux ont «fait ce qu'il fallait pour le Parti libéral et le pays», bien que l'amendement proposé n'ait servi qu'à sauver la face, les gouvernements minoritaires étant toujours sous surveillance.

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mcornellier@ledevoir.com

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