Le budget qui n'a pas fait d'une pierre deux coups

On se rend compte à quel point la politique des conservateurs handicapera le développement technologique de notre industrie «verte», aujourd’hui laissée pour compte.
Photo: Jacques Grenier On se rend compte à quel point la politique des conservateurs handicapera le développement technologique de notre industrie «verte», aujourd’hui laissée pour compte.

Le budget Harper dévoilé cette semaine traduit un choix idéologique qui distingue le Canada des autres pays de l'OCDE. En effet, il cible une seule crise, la crise économique, alors que partout ailleurs dans le monde on tente de faire en sorte que l'argent du public investi dans la relance serve aussi à résoudre la deuxième crise qui menace la planète: la crise écologique.

Le budget conservateur prévoit des investissements tout au plus marginaux à des fins environnementales. Selon le NPD, les vraies solutions environnementales de ce budget représentent tout au plus 15 des 40 milliards annoncés.

Mais ce budget n'assigne aucun objectif de protection environnementale précis, contrairement à celui du président Obama, tout comme il ne prévoit pas un sou pour la protection des écosystèmes marins, la protection des ressources hydriques, l'agrandissement des parcs nationaux et des sanctuaires d'oiseaux migrateurs, etc. Tout au plus, le budget prévoit 75 millions pour la réfection des routes et campings des parcs fédéraux.

Pis que tout, le budget prévoit la levée des contrôles environnementaux fédéraux pour les projets de 10 millions de dollars ou moins, ce qui indique que les règles d'évaluation habituelles auraient écarté ou retardé plusieurs projets des conservateurs en raison de leurs impacts environnementaux, un processus perçu comme un obstacle plutôt que comme une clé maîtresse du progrès. Ottawa préfère s'en remettre ici à des processus provinciaux où la consultation publique est minimale ou à des règles d'évaluation pipées, qui assurent un feu vert quasiment automatique aux projets gouvernementaux, ce que réclament en sourdine les milieux municipaux, qui rêvent d'envahir à nouveau les milieux humides et naturels. En retour, les conservateurs savent qu'ils vont se faire de nouveaux alliés dans plusieurs régions.

Priorité à l'automobile

Les transports illustrent mieux que tout l'absence de vision intégrée des conservateurs en matière d'économie, d'environnement et de climat.

Ainsi, le budget accorde 2,7 milliards pour la seule année 2009 aux constructeurs d'automobiles, mais seulement 200 millions par année sur cinq ans aux infrastructures vertes, soit aux transports en commun. C'est cinq fois moins que ce qui serait nécessaire pour rattraper l'avance des États-Unis dans ce domaine, a calculé Transport 2000 Québec. Les villes canadiennes ont pourtant établi qu'il leur faudrait entre 24 et 31 milliards sur cinq ans pour répondre à leurs besoins les plus criants.

Une étude de la Chambre de commerce de Montréal a par ailleurs démontré que les dépenses en transports collectifs génèrent deux fois plus de retombées économiques que dans le secteur de l'automobile. En plus, elles font épargner annuellement aux seuls Québécois 600 millions par année tout en assurant un retour de 45 % sur les investissements publics aux deux gouvernements et en réduisant la balance des paiements du pays. Un investissement massif dans les transports collectifs était d'autant plus impératif que les transports sont responsables de 40 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) au Québec et d'environ 25 % à l'échelle canadienne.

Certes, le budget fédéral prévoit un fonds de restauration des infrastructures de quatre milliards sur deux ans. Mais ce programme n'accorde aucune priorité aux projets de transports en commun qui tenteraient de s'en prévaloir. Ce programme risque fort de financer plutôt une augmentation des émissions de GES et nombre de projets destructeurs d'écosystèmes en multipliant les routes et autoroutes tout en intensifiant l'étalement urbain.

Enfin, ce budget ne prévoit aucun déblocage du projet de train à haute vitesse entre Québec et Windsor, qui fait pourtant l'objet d'un consensus croissant à cause de la place marginale occupée par le transport des humains et de la vétusté technologique des trains de passagers sur nos réseaux ferroviaires.

Pas d'énergies vertes

C'est au chapitre du développement des énergies vertes que le budget Harper se démarque le plus de celui du président Obama, qui entend orienter la relance économique vers l'atteinte d'objectifs sociaux et environnementaux et non simplement enrichir des pirates de fonds publics en habits rayés.

Aux États-Unis, le président Obama entend investir près de 60 milliards pour créer 500 000 emplois dans les énergies vertes, d'abord dans les économies d'énergie, où l'aide gouvernementale atteindra 30 % des investissements, et ensuite dans les productions solaire, éolienne et géothermique, qui devront doubler leur production d'ici trois ans.

En comparaison, les conservateurs investiront 1,6 milliard en deux ans dans les «énergies vertes», un vocable qui dissimule près de 300 millions dans la restauration du réacteur nucléaire de Chalk River et qui prévoit près d'un milliard à divers titres pour le captage et le stockage du carbone même si la technologie est loin d'être au point. Quant aux pétrolières, elles récupèrent sur le plan fiscal l'amortissement accéléré, ce qui refilera près de la moitié de la facture de leurs nouvelles installations aux contribuables.

Le budget Flaherty prévoit d'améliorer l'efficacité énergétique de 200 000 maisons au Canada, mais avec un remboursement de 15 % des investissements, plusieurs doutent qu'il suscite les investissements prévus. Le programme de rénovation des maisons, pour sa part, n'est pas axé sur les économies d'énergie. Il pourra donc servir à augmenter la facture d'énergie des bâtiments, maisons et chalets, qu'on pourra agrandir de façon disproportionnée en partie aux frais des contribuables.

À contre-courant

Par habitant, selon la Coalition pour un budget vert, les 1,6 milliard de dollars consacrés à des solutions vertes aussi douteuses que le nucléaire et le captage du carbone représentent un investissement de quatre fois inférieur à l'effort autorisé par le Congrès étasunien cette semaine. Mais d'un point de vue économique, l'investissement planifié par le président Obama étant 37 fois plus important, il attirera de l'autre côté de la frontière même les investisseurs d'ici, puisque c'est là que se concentrera la masse critique continentale. Et ce n'est pas assez, selon les entreprises et les syndicats de la construction des États-Unis, qui ont réclamé avec les écologistes de pouvoir optimiser l'efficacité énergétique de 50 millions de bâtiments d'ici 2020 et, à court terme, d'en moderniser quatre millions en deux ans avec un budget gouvernemental de 20 milliards!

On se rend compte à quel point la politique des conservateurs handicapera le développement technologique de notre industrie «verte», aujourd'hui laissée pour compte, quand on sait que le Japon y investira de son côté un trillion (mille milliards) d'ici 2020 pour y créer 2,2 millions d'emplois adaptés aux défis technologiques du XXIe siècle, notait Équiterre en réaction au budget. La Corée du Sud s'est pour sa part dotée d'un plan vert budgétaire de 36 milliards pour créer 140 000 emplois de haut niveau en 12 mois.

Le dernier budget fédéral met aussi la hache, en ne renouvelant pas son enveloppe, dans le programme ecoENERGY, qui devait financer des projets de production d'énergie verte déjà tout fin prêts à produire 1500 MW grâce à des investissements privés de 3,5 milliards. De plus, le non-renouvellement du programme de soutien à la production éolienne, qui fournissait antérieurement 1 ¢ du kWh, va tout particulièrement frapper le Québec, où 3000 MW sont en chantier.

À voir en vidéo