Rénovation domiciliaire - Les conservateurs pèchent-ils par excès d'optimisme?

Photo: Agence Reuters

Ottawa — Les familles canadiennes vont-elles vraiment dépenser trois milliards de dollars pour rénover leur maison, leur condo ou leur chalet, comme le prévoit le budget fédéral? Lorsqu'on examine les chiffres en détail, il est loin d'être certain que la cagnotte fédérale trouvera entièrement preneur.

Le crédit d'impôt pour la rénovation domiciliaire (CIRD) est en place pour un an seulement. Les travaux devront avoir commencé après le 27 janvier 2009 et se terminer avant le 1er février 2010. Un crédit d'impôt de 15 % s'applique sur les dépenses qui oscilleront entre 1000 $ et 10 000 $. La déduction fiscale maximale est donc de 1350 $.

Pour avoir droit au crédit d'impôt, il faut toutefois faire des rénovations qui transforment la propriété, comme l'aménagement du sous-sol, la réfection de la cuisine, l'ajout d'un patio au chalet ou le terrassement extérieur d'une maison neuve.

Ottawa estime que 4,6 millions de ménages pourront bénéficier du CIRD. Pour épuiser la somme de trois milliards de dollars mise de côté par le gouvernement, il faudrait que tous les ménages admissibles dépensent en moyenne

5 350 $ chacun pour des rénovations cette année.

Un million de familles au Québec

En divisant le nombre de ménage par province, c'est un peu plus d'un million de ménages au Québec qui devraient rénover leur maison ou leur chalet à hauteur de 5350 $ cette année, si on se fie aux calculs d'Ottawa.

En ces temps d'incertitude économique et de chômage à la hausse, c'est beaucoup, estime Luc Godbout, professeur de fiscalité à l'Université de Sherbrooke. «Normalement, les fonctionnaires font des projections pour savoir qui utilisera la mesure. Mais c'est vrai que ça semble beaucoup», dit-il.

Le gouvernement aurait-il pu avancer le chiffre de trois milliards de dollars pour faire un beau gros montant rond en sachant très bien que le programme ne coûterait en réalité qu'un ou deux milliards de dollars, faute de ménages qui rénovent suffisamment?

Luc Godbout estime qu'il faut présumer de la bonne foi du gouvernement. «On saura seulement dans deux ans si le programme a atteint son but», dit-il.

Pierre Fortin, économiste à l'UQAM, ajoute que les calculs du gouvernement sont généralement «prudents». «Mais est-ce qu'ils sont bons chaque fois? Non», dit-il.

L'économiste ajoute que beaucoup de travaux se font sur le marché noir. Ces rénovations ne sont évidemment pas admissibles au crédit d'impôt. Autant de ménages qui ne déclareront pas les travaux.

Si la moitié seulement des ménages admissibles (2,3 millions de familles — 525 000 au Québec) font des rénovations, il faudrait qu'ils dépensent tous le maximum permis de 10 000 $ pour que la cagnotte fédérale serve entièrement.

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