«De la poudre aux yeux», croient les syndicats

«À côté de la cible», «un échec», «inacceptable», «de la poudre aux yeux»: les syndicats ont tenus de durs propos sur le budget présenté hier par le gouvernement conservateur minoritaire. Au-delà des critiques parfois acerbes, plusieurs demandent carrément aux partis de l'opposition de renverser Stephen Harper sur cette question.

«Les mesures annoncées sont l'équivalent d'un diachylon sur une plaie béante. Pour les victimes de la récession, c'est désespérant», a résumé hier le secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), René Roy, par voie de communiqué. Le syndicat appelle carrément la formation d'un gouvernement de coalition, tout comme la CSN, qui estime également que «le programme de la coalition demeure infiniment plus juste, plus pertinent et plus équitable». Le syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) demande également aux partis de l'opposition de voter contre le budget. «Ces grosses sommes mal dépensées ne sont pas à la hauteur des défis à relever en temps de crise», de résumer en entrevue la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Chômeurs et aînés délaissés

Les principales doléances des syndicats concernent l'aide aux personnes mises à pied dans la foulée de la crise économique, particulièrement les travailleurs de plus de 55 ans. Avant le dépôt du budget, la FTQ, la CSN, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et le Conseil national des chômeurs et des chômeuses (CNC) avaient exhorté le gouvernement à améliorer le régime d'assurance-emploi.

La prolongation des prestations de cinq semaines et l'investissement dans la formation à long terme sont nettement insuffisants, ont-ils décrété en coeur hier. Selon Claudette Carbonneau, «La cible est ratée», alors que le président de la CSQ, Réjean Parent, qualifie ces mesures de «petit boni». «Les chômeurs sont une fois de plus oubliés par les conservateurs. Le gouvernement refuse toujours de bonifier les prestations de l'assurance-emploi. C'est 50 % des travailleurs et des travailleuses qui ont perdu leur emploi qui ne pourront toucher de prestations, c'est inadmissible», a renchéri René Roy. Toutes les centrales ont déploré des baisses d'impôts qui auraient peu d'impact sur les victimes de la crise, estimant que «ce budget est un échec quant à la priorité numéro un: protéger les Canadiens les plus vulnérables», comme le soulignait le président national de la SCFP par voie de communiqué.

Le budget «nous place sur le respirateur artificiel, la crise va nous rattraper», a prédit Réjean Parent au Devoir. Il accorde une note de 4 sur 10 aux conservateurs pour les points positifs comme les investissements dans les infrastructures. En ce domaine, si elle se réjouit des sommes débloquées, Claudette Carbonneau considère que M. Harper a manqué le bateau battant pavillon vert que Barack Obama n'a pas hésité à prendre, au sud de notre frontière. «On rate complètement la coche sur l'environnement. On dépense 7 milliards pour des infrastructures sans donner d'orientation verte, ce qui aurait été un beau signal. C'est un vrai désastre», a-t-elle dit.

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